LE STYLE BRAHMANIQUE H
l'Aitarêya (VII, 13-18), de cette admirable légende de Çunahçèpha, qui ainspiréà Leronto de Lislc nu de ses plus beaux Poèmes barbares, ci où l'on se bornera ;'i cueillir ce trait superbe dans -<>n énergique concision. Des parents réduits à l'extrême détresse ont trois lil-; <>m leur propose la richesse «■n échange de l'un d'eux à sacrifiera Varuna. « l'as celui-ci ». tlit le père en étreignant l'aîné. «Ni celui <-i », dit la mère en étreignant le plus jeune. Le sanscrit cl i t cela en moitié moins de mots que le français !
Mais c'est presque donner des Bràhmanas une idée fausse, que d'en extraire, à titre de spécimen, de semblables légendes. Ordinairement, le récit, -i récit il y a, tient en quelques lignes, en une seule phrase, noyée dans le fatras de technologie théologique qui y a donné prétexte : autant, dus lors, le Brâhmana, nu l'Àranyaka, qui lui ressemble entièrement, intéresse l'historien de la liturgie, autant H doit laisser froid celui (!«• la littérature.
Quant a l'Upanisad, sa naïve physique du globe, sa prose tourmentée, la lo.uiqur plutôt latente de ses déductions, ne L'empêchent pas d'atteindre à la beauté du style et au sublime de la pensée; mais c'est par éclairs brusques, aveuglants de splendeur.
« Yni< ce grand arbre, mon lils : qu'on l'entaille à Ifl racine, la Bève jaillira ; au milieu, la sève jaillira; au
somme! . la &è\ e jaillira. ( "esl qu'il se dresse là, gonflé de m-\ c. d'âme, de \ ie, heureux de \ i\ re. M;iis que la vie quitte une de ses branches, elle séchera ; une autre, elle séchera ; nue t roisième, elle séchera ; qu'elle le quitte toul entier, il séchera toul entier. Apprends par là, mon Mis. la vérité, » lui dit-il: « t < m t ce <|iii s'imprègne de vie meurl ; mais la vie ne meurt pas Cette essence ténue, e'esi l'âme de tout eei univers, c'est la réalité, c'est l'unique vivant ; et cela, c'est toi, mon enfant.- Révérend, daignez m'en enseigner davantage. — Je le veux bien, mon Bis, »> lui dit-il... (Chûndôgya-Up., VI, 11.)
Et la leçon continue, tantôt puérile, tantôt profonde, parfois grotesque de sophistique inconsciente, jamais banale. Ce n'est pas le fond seul, c'est la forme aussi des Upanisads, qui arrache des cris d'admiration aux deux philosophes qui les ont le plus ardemment méditées: Schopenhauer, et son disciple immédiat, M. Deussen.
Nous retombons de haut avec les Sûtras ; maisici, par définition même, il ne peut plus être question de style; encore moins dans les Vêdâùgas, c'est-àdire dans les angâni ou « membres » du Véda, accessoires scientifiques ou techniques de la grande compilation. Nous sortirions entièrement de la littérature, si nous nous arrêtions aux traités, en général sensiblement postérieurs, qui les enseignent. Il ne faut qu'énumérer en fin de chapitre ces six ordres de connaissances, indispensables à l'exercice du sacerdoce, savoir : phonétique [çiksâ), métrique [chandas), grammaire (rr/àkarana)> étymo-
LK STYLE BRAHMANIQ1 E i!i
logie [nirukta), astronomie [jyôtiça), et cérémonial
kalpa). Tandis que le prêtre s'enferme de plus en
plus dans les arcanes compliqués du sanctuaire,
voici que, timidement, les lettres commencent à se
ciser.