CONTES ET PARABOLES BOU1 DH1QUI
et, puisque j'en ai le pouvoir, comment n'agirais* je pas? Si. le pouvant, je ne sauvais jusqu'à
mon ennemi mortel plongé dans l'infortune, ma pensé ■. comme si j'avais causé le mal, se tordràil bous
le remords, i ime la brousse sous l'incendie. — Je
vais donc précipiter mon corps du haut de la falaise, el par sa morl je sauA erai cette bête «lu crime de tuer ses petits, ces petits de la fureur de leur mère... » — Ayant dit, joyeux de quitter la vie pour le salul d'autrui, prodige don I s'effara le cœur impassible des dieux, il se précipita*.
(Prose.) Au bruit de sa chute, la tigresse curieuse, distraitede la pensée de tuer ses petits, leva les yeux: elle aperçut le corps sans vie du Bôdhisattva, se jeta dessusel se mil à le dévorer... {Jâtaka-Mâlâ sanscrite, publiée par 11. Kern, 1" récit .)
Sur ces entrefaites, le disciple re\ ienl el consacre à la mémoire de sod maître quelques stances émues.
Ce conte n'existe point en pâli, et toutefois il appartient à an type que la littérature pâlie a prodigieusement développé, celui desJâtakas, comme qui dirait « renaissances ». Qu'on imagine, si l'on peut, tout le folklore sacré ou profane qui pouvait circuler de par le monde hindou dans les premiers siècles après le Buddha : superstitions populaires ;
l. Dans une version chinoise, qui est sûrement de provenance hindoue par le Tibet, il se couche auprès de la
n.i ; puis, réfléchissant que, dans l'étal de faiblesse où
elle est, elle ne pourra mê l'entamer, il prend un bambou desséché, el se tait au cou une large blessured'oû jaillit le sang.
lui LES lll ll.liv M m> DE L'INDE
histoires facétieuses et parfois licencieuses; contes d'animaux ; anecdotes de la cour el de la \ ille, etc. Qu'od imagine, dis je, toul cela ramassé en six Eorts volumes de texte continu, et chacune de ceshis toires mise sur If compte du Bôdhisattva dans quel qu'une de ses existences antérieures, de façon, bien entendu, qu'il y joue toujours le beau rôle: c'est le Jâtaka pâli, livre étrange, piquant el fastidieux, révélateur, en toul cas, de l'état d'âme des pieuses gens qui le compilèrent. Ces bons moines durent s'amuser, comme des enfants, de ces enfantillages; mais il- se seraient fait scrupule d'un divertissement --ans profit. De là des disparates continuelles: les récit-, malgré de- longueurs, sont jolis souvent et joliment contés: les adaptations artificielles, qui forment le prologue et l'épilogue, sont d'une gaucherie et d'une platitude écœurantes. Voici, par exemple, accommodée au goût bouddhiste, lapins ancienne version connue d'une fable mille fois redite jusqu'à notre La Fontaine.
« C'est elle qui s'est tuée » : cette histoire fut contée par le Maître, alors qu'il résidait dans le boisJêtavana. Elle visait Kôkâlika, et l'on en verra le sujet au conte du grand arbre takkâri*. « Ce n'est pas aujourd'hui
1. Peu importe ce sujet : il suffit de savoir que, dans tous ces récits, Kôkâlika est le type du disciple sot et bavard. comme Ânanda du disciple docile et fidèle!]). 106), Dêvadatta du disciple traître (p. 107:, etc. Ce dernier est l'Iscariote du canon bouddhique, mais il échoue en ses desseins. Sa femme se nomme Ciûcamânavikâ (p. 108).
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seulement, ô moines », dil le Maître, ■ que le bavardage a fait périr Kôkâlika : cela lui étail déjà arrivé : el il conta cette histoire 'lu temps jadis.
Au temps jadis, quand Brahmadatta régnail a Béna
1'' Bôdhisatta1, né dans une famille M.' gens de
cour, hit son conseiller temporel el spirituel. Or ce roi
était bavard: quand il parlait, personne ne pouvait
placer un mot. I.'' Bôdhisatta >-n\ voulu 1'- corriger de
• ■tant, el il allait Bongeanl au moyen d'j parvenir.
Or. en ce temps-là, dans an étang de la région du Himalaya vivait une tortue. Deux jeunes flamants en quête de pâture lièrenl connaissance avec elle. Devenus ses amis, ils lui dirent : « Ma mie tortue, uous habitons dans le Himalaya, Bur le flanc dn Pic Luisant, le site délicieux de la Grotte d'Or: viens-j avec nous. Mais comment ferais je pour \ aller? Nous t'j emport< rons ; mais il te faudra tenir bouche close el ae dire mot à personne. Voilà qui est fait, emportezmoi. - Bon ! » dirent-ils, el ils lui mirent en bouche un bâton., en prirenl les deux bouts dans leurs heca, et les voilà partis en l'air. En la voyant emportée par les flamants, les petits villageois s'écrièrent : Tiens, deux
flamants enlèvent i tortue suspendue à an bâton!»
Kllc \dulut répondre : a Si mes amis m'emportent, que \ mis en chaut-il, canaille? » A ce moment, les oiseaux, dans leur vol fougueux, avaient atteint Bénarèsetse trouvaient au-dessus du palais : elle desserra les dents, lâcha le bâton, tomba dans la cour à ciel ouvert et Be brisa en deux.... Le roi, escorté de Bes ministres et du Bôdhisatta, passant parla, lui dit: ti Révérend, comment cette tortue est-elle tombée? » Celui ci pensa : • Voilà longtemps que je vais cherchant an moyen de