‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 70 sur 130 · Évidemment, dans la pens lu i te, l'âme s'on · texte numérisé non relu

Évidemment, dans la pens lu i te, l'âme s'on

retourne toute seule au corps, comme un fauve lâché ;■ son gîte.

156 LES l.ll l'I.llMl Kl.s DE L'INDU

comment on donne sa vie pour un animal ; Çibi Uçinara n'es! point bouddhiste', mais ne lui cédera point en magnanimité. Une colombe poursuivie par un faucons'est réfugiée en songiron. Lefaucon la réclame.

« Noble oiseau ». «lit le roi, a cette pauvre créature

est venue ; i. effarée el tremblante, pour sauver sa

vie. Ne vois-tu pas, ô faucon, que ce sérail criante iniquité d'abandonner à son sort la suppliante? Tu la vois, ô faucon, palpitante el éperdue: si je trahissais la confiance qu'elle m'a témoignée, j'en encourrais blâme sévère; car c'est un égal forfait, de tuer un brahmane, ou une vache, la mère universelle, ou de livrer qui nous a demandé refuge. - <> roi », répondil le faucon. <( les êtres ne subsistenl que de par la nourriture: c'esl par elle qu'ils croissent tous et vivent; on peut vivre longtemps, privé des biens les plus précieux, niais non pas sans aliments. Que si, ô prince. tu m'en prives aujourd'hui, mon esprit quittera mon corps et prendra le chemin du repos suprême, et, moi mort, mes enfants et mon épouse mourront aussi : ainsi, ô juste, pour sauver une colombe, tu feras périr plusieurs créatures. La justice qui fait tort à la justice n'est pas justice, mais iniquité: la justice, ô véridique, c'est ce qui ae contredit à aucune autre justice; lorsqu'un devoir esl en conflit avec un autre, il faut, pesant le pour et le contre, se décider pour l'aeeomplissemenl du devoir d'où résulte pour autrui le

1. Cela revient a redire (p. 89) que le bouddhisme n'a rien inventé, car la légende de Çibi lui esl certainement antérieure; mais il a fait pénétrer dans l'âme populaire un idéal qui avant lui n'était que le luxe d'une élite.

moindre mal. Considère «lune, ô roi, quel est ici Le devoir le plus proche, el celui-là, résigne-toi à le remplir. »

( 'V-t ;'i dessein que je n'élague pas ces longueurs : Hic- sont toul à fait caractéristiques de l'esprit ergoteur et casuiste de l'Inde lettrée, qui ne peut se tenir d'argumenter jusque dans les situations les plus pathétiques.

« Tu tiens de fort beaux discours, très excellent oiseau : serais-tu d'aventure Suparna, le roi des volatiles?Certes tu connais à i* > 1 1 « l le droit, el je vois bien que oui détail ne t'échappe eu matière de justice, que tusais envisager tous les aspectsd'un débat. Mais commenl croirai-je que ce soil chose louable de li\ rer un suppliant '.' Tu as faim, ô faucon : à la bonne heure; mais nous pouvons ici t'offrir d'autres mets, et plus plantureux. On va te Bervir de la viande de bœuf, de sanglier, de gazelle ou il" buffle, ou telle autre qu'il te plaira. .le ne veux manger chair de sanglier ni de bœuf, ni d'autre quadrupède. Laisse-moi, ô roi, me repaître de ce qui m'appartient de par la l«»i divine: livre-moi cette colombe. Le faucon dévore la colombe: telle esl la l"i éternelle; point de vaines arguties, û prince, pour violer l'esprij de la l"i ! Je suis prêt à te livrer mon royaume, mes richesses, ô faucon, et tout ce que tu exigeras de moi: tout, hors cet oisillon qui a imploré de moi le Balut. S'il est quelque chose au monde qui te puisse décider- à j renoncer, dis-le mm', et je le ferai; mais tu n'auras pas la colombe. Eh bien, Uçlnara, h tu lui veux tant de bien, mets-la sur une balance, et taille de ta propre chair de 'i'1"' en faire le contrepoids : à ce prix je te l'abandonne. —

158 LES I.IÏTKItAïl RES DE L'INDE

Merci de la grâce que lu m'accordes, ô Faucon... > Alors ce roi très juste porta La colombe sur le plateau d'une balance el coupa de sa chair ungros morceau qu'il mit sur l'autre plateau ; mais la colombe pesait bien davantage. El le roi allait se dépeçanl toujours et jetanl sa chair saignante dans la balance, el toujours les plateaux demeuraient immobiles... Enfin Uçînara s'y coucha tout entier. Le taueon lui dit-." Je suis [ndra, ô mi juste, et cette colombe, «''est Agni : nous sommes venus ici pour éprouver ta vertu. O prince des hommes, ta gloin- resplendira dans tout l'univers, parce que «le tes mains In as dépecé ton corps, et ta renommée vivra à jamais parmi les hommes, et toujours ils loueront tes liants laits, et dans notre ciel t'attendra la joie éternelle ! »

En fait, à partir de ce jour, toutes les fois qu'un poète hindou veut célébrer un acte de dévouement extraordinaire, c'est le nom de Çibi qui vient sur ses lèvres. Mais je dois m'aceuser d'être un traducteur infidèle : pour soutenir l'intérêt du récit, je n'ai dit qu'à la fin qui étaient le faucon et la colombe ; le narrateur nous en avait prévenus dès le seuil même. Ainsi, point de pierre précieuse de l'Inde où notre goût ne découvre au moins une petite tare. Mais le spectateur athénien ne savait-il pas bien qu'Œdipe avait tué son père et épousé sa mère? et Y Œdipe-Roi en est-il moins dramatique ?

En somme: un superbe monument, devant lequel on se pâme d'étonnement plus que d'admiration ;

et, par places, quelques motifs envers lesquels la simple admiratiou semblerait presque de l'ingratitude: tel est le Mahâbhârata- Le Râmâyana, plus (Vr;il et plus un, ae laissera pas de nous inspirer des sentiments beaucoup plus tempérés.

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