CHAPITRE III
LES PURANAS
A part les pastiches de date récente, donl nous a'avons pas àtenir compte, les Purânas sonl les produits les plus tardifs du génie épique de l'Inde; et, s'ils figurent déjà dans la présente section de cette histoire, — il- auraient pu même, à ia rigueur, prendre place dans la première, — c'est à leur caractère religieux qu'ils le doivent, et au renom d'immémoriale antiquité qu'ils ont usurpé. Le mot purâria est un adjectif <|ni signifie n ancien » : un Purâna est donc un recueil de « récits du temps jadis », et !<■ terme le plus adéquat pour en donner l'idée est celui de « légende ». mais m gardant ;'i ce tennr le sens de foi respectueuse qu'il a, par exemple, dans le titrede notre Légende Dorée. El le rapprochement, dès lors, ne s'arrête pas à la ressemblance des noms, on peut le pousser jusqu'au fond des choses : la foule des croyants, qui ue saurait entendre les Védas, les Brâhmanas, ni môme les Castras, comprend et goûte le roman d'aven-
I9Q LES II II I li \ H RES DE L'INDE
turc- divines dont sont tissus les Purânas : ils sont vraimenl sa Bible, comme la Vie des Saints a été longtemps et reste encore en partie la Bible des simples d'entre nous. C'est à leur usage qu'ils ont été composés, vers le temps où les brahmanes ont rallié sous leur drapeau le \ isnuisme el le çn aïsme, pour les mènera la victoire contre les derniers sec tateurs du Buddha (p. 1 LO). Et l'on y a mis tout ce <|iii pouvaitleur plaire, les édifier ou les instruire: beaucoup de récits merveilleux, bien entendu; toutes les images consacrées du polythéisme cher aux masses, mais soigneusement enveloppées de la doctrine trinitaire qui les réduit à l'état de sj mooles mystiques •• çà et là, cette trinité elle-même ramenée à la théorie de l'Un absolu, par de larges emprunts au Sânkhya et au Vèdânta (pr 68 et 73), pro jetés autant que faire se pouvait sur l'horizon montai des fidèles de culture et d'intelligence inférieures; généalogies et cosmogonies bizarres, où se résume tout ce que sait d'histoire et degéographie le moyen âge de l'Inde ; éventuellement encore, autres notions scientifiques de toute sorte et de même valeur : —le tout rédigé en un sanscrit très pur, très classique, très banal, et, pour l'immense majorité du texte, dans l'inévitable çlôka de 4 fois 8 syllabes, avec quelques fragments en prose ou en d'autres mètres ; et enfin bénévolement attribué au sage Vyàsa, le compilateur mythique des Védas, encore que le plus ancien des Purânas, le Mârkandêya, ne soit certai-
CARACTÈRE II < I \ — 1 1 U \ IH >\ DES l'i RANAS 191
nemenl pas antérieur au VIII siècle de notre ôre ,•1 que la plupart des autres descendent beaucoup plu* bas.
] — CaRAI 11 RE II l LASSIFH \ riON.
Aux yeux des profanes un Purâna est un poème épique comme un autre, car son caractère spécifique n'est valable qu'à ceux de la foi : il chante les prouesses des dieux, non celles de -impie- héros, déifiés "ii non après leur mort. Plus précisément, l,i théorie enseigne que tout Purâna doit traiter et traite de cinq sujets nécessaires et exclusifs : 1" création du monde; 2° anéantissement et renaissances de l'univers; 3° généalogies des dieux et despa triarches : i périodes humaines, anté historiques et fabuleuses, connues sous le nom de « successions des Manus' u ; 5° histoire des deux dynasties roj aies dites solaire el lunaire- Mais, si ce témoignage scolaire mérite quelque créance, il doit s'appliquer à des Purânas antérieurs et perdus, qu'ont remplacés ceux qui nous occupent; car ceux ci débordent singulièrement leur cadre prétendu et parement le remplissent. Le dogmatisme formaliste ,[,. i [nde a maintenu intacte une définition tradi tionnelle qui avait cessé de s'appliquer à son réel objet.