‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 2)Chapitre 12 sur 113 · GARGANTUA. — SA MORT · texte numérisé non relu

GARGANTUA. — SA MORT

ARGANTUA était un homme doué d'une force extraordinaire; pour aiguiser ses faux, il avait des pierres comme il s'en trouve encore à Saint-Mirel (i).

Près de Rohan, se trouve un espace de trois lieues qu'on nomme la lieue de Gargantua; je l'ai vue en allant à Sainte-Anne-d'Auray.

n avait grand appétit ; on lui servait du pain avec une pelle à enfourner. Un jour, il avala par mégarde la pelle, et il disait qu'il avait senti un hourrier (2) dans sa gorge.

Il était né en Bretagne; son père et sa mère étaient aussi de grands géants ; son père se nommait

(x)'*Les pierres de Saint-Mirel sont trois menhirs en Plépée- Jugon.

(2) Petite crasse.

Gargant et sa mère Tua, c'est pour cela qu'on l'appela Gargantua. Pour l'allaiter, on fit venir dnquante-deux mères-nourrices, et il n'y en avait pas de trop.

n n'était point méchant ; il arrachait les plus hauts chênes et les tordait pour faire des harts ; il portait sur son dos des arbres de futaie comme nous portons nous autres des glanes de genêt. Il avalait des tonneaux de cidre, et parfois on lui donnait à boire dans une cuve à lessive qu'il prenait dans ses doigts comme un verre à boire.

Quand il mourut, on fut obligé d'atteler cinquante paires de bœufs pour le porter en terre ; je crois qu'il mourut du côté du Morbihan.

(Conti en 1880, par Françms MalUt, du Gowray, cultivateur, dgi de 60 ans).

Ce conte est le seul où l'on dise pourquoi Gftrgantuft se nommait ainsi.

Ses parents géants sont conformes aux Grandes Chroniques, à Rabelais, et aux Gargantuas de la Bibliothèque bleue et de Timagerie populaire.

L'épisode de la pelle avalée se retrouve dans le n^ IV qui suit, et dans une légende poitevine qu'on trouvera ci-après.

Dans la VU du fameux Gargantuas^ il est ainsi parlé des nourrices du jeune géant : « On lui donna d'abord une demidouzaine de nourrices, dont dnq étoient des plus fameuses géantes qu'on eut vues depuis fort longtemps, et la sixième qu'on

nommoit Madame la Valée, passait pour la femme du monde la plus propre pour bien élever ses nourrissons. Ces six nourrice» étoient uniquement occupées à donner à téter à Penfant que Gargantine leur avoit confié.... ; mais n*ayant pu suffire plus de quinze jours à un si pénible emploi, on jugea qu'il seroit A propos dVjouter une douzaine de nourrices à ces six premières ; trois semaines après on en prit encore dix-huit autres, si bien que, dans moins de deux mois, Gargantua eut trois douzaines de nourrices qui, bien qu'elles fussent en si grand nombre, et que la plupart fussent géantes de la première espèce, ne laissèrent pas d'être bientôt épuisées, de sorte qu'il fallut songer à donner au poupon de nouvelles nourrices ; ainsi, outre les trois douzaines de nourrices qui lui donnoient dans ce moment à téter, on lui en choisit encore une douzaine.... On voit cependant qu'il n'eût jamais au-delà de cinq douzaines de nourrices, quoique certains médisants aient prétendu qu'il en avoit eu jusqu'à quatre mille dnq cents. » Pag. 9-xo.

La cuve à lessive qui lui servait de verre, est dans le o9 IV qui suit, un grand baril. L'imagerie populaire représente Gar> gantua à table, tenant à la main un tonneau coupé aux deux tiers de sa hauteur et d'une taille énorme. « Le tonneau qui lui servait de verre tenait douze muids, » dit la légende placée au dessons.

Dans le n^ V, dans le conte de Madame de Cemy, il est parlé de sa mort. L'explication placée au bas de l'image, sortie de la fitbrique de Pellerin, dit « qu'il £dlut deux mille cinq cents hommes occupés pendant six semaines pour creuser sa tombe, et six cents chevaux et cent bœnâ pour tirer le char funèbre •nr lequel il était placé. >

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