‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 2)Chapitre 13 sur 113 · GARGANTUA FAIT TOURNER LES MOULINS · texte numérisé non relu

GARGANTUA FAIT TOURNER LES MOULINS

ARGANTUA était né à Plévenon. Qjiand sa mère était enceinte de lui, au bout de trois mois, elle Tentendait parler ; il disait papa et maman, et, parfois quand il pleurait, il s'écriait : « Mon Dieu I » comme une grande personne.

Il naquit à sept mois; il était long de trois mètres et il avait six dents, dont la plus petite avait deux centimètres; sa bouche était grande comme une soupière, ses yeux comme des assiettes à soupe.

A l'âge de dix ans, il était homme fait, et il avait cinq mètres de haut.

En ce temps-là, il y avait à Plévenon trois moulins à vent ; quand il ne ventait pas, on allait chercher Gargantua qui, par le souffle de ses narines, faisait marcher les moulins trois semaines de suite sans se fatiguer. Mais depuis que Gargantua est mort, les meuniers ne peuvent moudre quand il fait calme, car personne n'a des narines

comme les siemies, qui étaient grandes comme des guérites.

(Conté en 1881, par Rose Renaud, de Saint-Cast).

En Haute-Bretagne même on trouve, dans des contes qui n'appartiennent point au cycle gargantuin, des personnages qui font tourner des moulins rien qu'en soufflant dessus. Cf. dans la Princesse aux pêches, o9 XIU, i^^ série, le compagnon qui fait tourner à une distance de sept lieues le moulin de son meunier.

Sur sa grande taille en naissant, cf. le commentaire du n^ I.

RAND-TUA mettait un pied sur le clocher d'Andouillé, et l'autre sur le clocher de Saint-Aubin ; un jour qu'il avait beaucoup bu et qu'il avait un pied sur chacun de ces clochers, il lui prit envie de gâter de l'eau, et il pissa l'étang d'Andouillé qui £dt moudre un moulin.

n fallait sept hommes poiu: donner à boire à Grand-Tua et sept honmies pour lui donner à manger; on lui fourrait sa nourriture dans la

bouche avec des palis ( pelles à remuer le grain). Un jour, un des hommes qui le servaient laissa tomber son instrument et s'écria :

— Ah 1 Grand-Tua I tu as avalé mon palis.

— Tiens, répondit Grand-Tua, il me semble que j'ai senti un gutbet (moucheron), qui me passait 4ans la gorge.

(CohU en 1881, par Angék Quérinan, d'AndouilU),

Grand-Tva est une altération populaire de Gargantua, dont la première partie du nom a disparu par apocope. Tous les épisodes de ce conte se retrouvent dans ceux qui précèdent ; le premier est rapporté exactement de la même manière, sauf les noms des bourgs qui sont changés, dans une légende poitevine, qu'on trouvera plus loin.

LE GRAND-TUARD

E Grand-Tuard allait dans les bois et il

coupait les plus gros pieds de chêne pour

en faire des fagots.

On le nourrissait facilement ; à chaque repas,

il ne mangeait que vingt-cinq livres de pain.

Un jour, il xmt un pied sur le clocher de Gosné

EN HAUTE-BRETAGNE 8l

et l'autre sur celui de Mézières ; il se pencha pour boire, et il supa le Grand Ouée d'une seule baleinée.

(Conté en i88i, par Françoise Dumont, d'Ercé'),

Grand-Tuard est une altération de Gargantua; les épisodes sont communs à d'autres contes qui précèdent. L'étang avalé se retrouve dans d'autres pays; d'après Bourquelot, il se mettait dans la même position près de Beaugency (Loiret), pour avaler une rivière; à Ilanz, dans le pays des Grisons ; en Franche-Comté, il avalait le Doubs et la Drouanne.

Page 1