‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 2)Chapitre 16 sur 113 · GARGANTUA FAUCHEUR · texte numérisé non relu

GARGANTUA FAUCHEUR

,N jour, Gargantua était à faucher dans la prairie des Mart3n:s, près d'Auray, qu'on a depuis appelée la prée de Gargantua. Il trouva sous sa faux une petite gravelle qui Tarrêta ; il se mit en colère, et prit la petite gravelle, qu'il jeta entre deux rochers, où on la voit encore. Elle est en équilibre, très peu appuyée, et elle pèse autant que cinquante tonneaux de cidre.

Toujours en colère, il jeta en l'air la pierre qui lui servait à aiguiser sa faux ; elle se piqua dans le milieu de la prairie où elle est encore ; elle pèse plus de quinze tonneaux de cidre. Depuis ce temps, l'herbe n'a jamais repoussé ni reverdi dans la prée ; elle n'y est pas plus haute que l'ongle,

et il y a auprès une épine qui n'a jamais repoussé ni fleuri.

Il fallait à Gargantua trente aunes de toile pour faire un gousson de chemise.

{Conté en 1880, par Pierre Hamon, de Matignon ^ laboureur, âgé de $$ ans).

On peut rapprocher U prairie maudite dont il est ici question, des endroits assez peu rares en Haute-Bretagne, où l'herbe ne pousse plus, parce qu'elle a été maudite (cf. mes Traditions et Superstitions j 1. 1, p. 584 et t. II, p. 32$).

Les autres épisodes se retrouvent dans les contes précédents, les pierres à aiguiser, dans les petites légendes n°* I et II.

Il est plusieurs fois parlé des sept aunes de toile nécessaires pour faire les goussons de chemise du géant. Ce trait a son similaire dans Rabelais : « Pour sa chemise furent levés neuf cents aulnes de toile de Chastellerault et deux cents pour les coussons en sorte de carraulx, lesquels on mit soubs les aisselles. » Liv. I, ch. VIII.

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