ET SON SOUVENIR
jANS la partie de la Bretagne qui parle la langue bretonne, Gargantua est moins connu que dans celle où le français est seul usité ; ses traces sont moins nombreuses, et sur cinq noms de lieux auxquels se rattache son souvenir, trois se trouvent en Plaudren, à quelques
(i) M. Luzel m'écrit qu'il a aussi recueilli ce proverbe à Plouaret, iloigné de Pontrieux de huit lieues environ.
p. 24, Troyes ; p. 27, Ëpinal. Voilà un pendant aux larmes de la soeur. Le Géant du Mont-Corneille forme une rivière avec une goutte de son sang (cf. Gargantua en Languedoc).
Ce conte est le seul qui montre Gargantua ayant une sœur, c'est aussi le seul où il soit amoureux.
Sa voix, qui couvrait le bruit du tonnerre, a pour similaire ce passage des Grandes Chroniques :
« Sur ce il se prlnt à rire si très fort et de si grant affection.... que on l'entendoit rire de sept lieues et demye. »
La condition imposée à son mariage et tout ce qui suit reproduit assez exactement la fable hellénique de Saturne, condamné à dévorer ses en£uits.
Gargantua, après ses repas, de même que d'autres géants, entre autres les Corps sans âme (cf. i'" série, n° IX , le Géant aux sept femmes \ 2« série, n° XXIV, le Corps sans ânu) s'endort profondément. La légende citée par Thomas de Saint-Mars, et recueillie dans le pays de Retz , le fuit de même dormir longtemps (p. 97).
On remarquera encore l'épisode de la plaine de Mordreuc enfoncée d'un coup de pied ; de l'Hinudaya construit pour servir de tombeau an Géant (ceci m'a l'air d'une addition faite par quelque lettré); et des enfimts du Géant qui, comme Charybde se plaisent à engloutir les navires.
§ VI. — GÉANTS SIMILAIRES
côté de Gargantua lui-même, d'autres géants sont populaires en Haute-Bretagne, et lui sont évidemment apparentés. Comme lui ils sont énormes, font de grandes enjambées et ont un appétit formidable. Ils se distinguent aussi des autres en ce sens qu'on leur attribue une résidence dans le pays, ce qui les met à part de la nombreuse légion des ogres et des géants qui vivent dans le royaume indéterminé de la féerie, et qui d'ailleurs, au rebours de Gargantua, sont généralement méchants.
« A côté d'une grotte aux fées, entourée de chênes séculaires, et située sur le champ de la Roche en Plcdran , est la Chaise de Michel Morin^ large pierre sur laquelle, dit le peuple, venait s'asseoir le Géant, et qu'il remplissait de sa vaste capacité. »
(Jollivet, t. I, p. î 3).
Ici, Michel Morin est un similaire de Gargantua.
A Lanrelas, canton de Broons (Côtes-du-Nord), des pierres à bassins sont appelées indifféremment Pierres-du-Diable ou Pierres-du-Géant ; mais
grève, en ramassant des coquillages. Tout à coup elle découvre une sirène que la mer en se de» couvrant avait laissée à sec. La pauvre femme eut; d'abord bien peur et prit la fuite. Mais ayant r&r gardé de loin, et voyant toujours cette étrange créature immobile à la même place, elle revin|^ sur ses pas, et se mit à la considérer d'assez près. Alors la sirène lui dit : Par pitié, venez à moa secours et ne me laissez pas mourir ici. N'ayez pas de crainte; je n'ai jamais fait de mail à personne. Bien au contraire, par mon chant j'avertis les matelots de la présence des écueils.
« La pauvre femme avait l'âme bonne. Elle vint ai| secours de la sirène et l'aida à regagner le flot ; alors celle-ci lui dit encore : Qjie veux-tu que je fasse maintenant pour toi ? Je suis puissante, demande moi quelque chose de possible et tu seras satisfaite — Eh bien I j'ai un fils à la mamelle, fais qu'il soit le plus fort et le plus vaillant des hommes.
« La sirène plongea dans la mer et reparut quel* ques minutes après, portant à la main une conque pleine d'une liqueur semblable à du lait. — Tu donneras ceci à boire à ton fils, dit-elle, mais prends bien garde d'en répandre une seule goutte.
« Néanmoins la femme, de retour chez elle.
n'osa pas faire prendre le breuvage à son fils avant d'en avoir fait Tessai. Elle en donna donc à son chat, et ne remarquant sur cet animal aucun effet qui pût l'inquiéter, elle donna le reste à son fils. « Le petit Rannou et le chat ressentirent bientôt la puissance du philtre magique. Le chat devînt si grand et si fort qu'il fallut l'attacher à un rocher avec une chaîne de fer. Qjiant à Rannou, à l'âge de neuf ans, il cassait avec ses mains sept fers à cheval réunis, et il jouait aux osselets avec de gros blocs de quartz qui forment un monticule près de la rivière le Douron, à l'angle nord-est du département du Finistère. A onze ans, il avait déjà dix pieds de haut; c'était un prodige; mais dès cette époque il y eut chez lui un affaissement subit. Sa grande force disparut et une précoce caducité brisa ses membres, à cet âge où les autres hommes commencent à peine à se développer. Le peu de confiance de la mère avait tout perdu. Il fallait à Rannou la potion entière pour être un héros et il est resté dans la tradition comme le symbole d'une force extraordinaire, mais incomplète. »
(Kerambron, Le Colkctùmneur breton^ t. I, 1862, p. 94-96).
Les philtres qai donnent la £Drce se rencontrent fréquemment dans les légendes.