LE GÉANT DU SEIGNEUR DU RUSQUEC
l'épociue où les premiers missionnaires chrétiens arrivèrent en Bretagne, un saint personnage nommé Herbot vint établir son ermitage dans le lieu où est maintenant la chapelle qui porte son nom. Or, il advint que tous les habitants de ce pays étant païens, le saint homme fut exposé à de cruelles persécutions... Au nombre de ses plus cruels ennemis était le seigneur du Rusquec, un des hommes les plus savants du pays. Il avait parmi ses amis un géant énorme qui lui était entièrement dévoué, parce qu'il Tavait soigné dans une grave maladie. Un jour le savant païen fut trouver le géant et lui dit : « Je suis fatigué d'entendre si près de moi la voix de ce chrétien maudit ; je veux qu'en reconnaissance du service que je t'ai rendu, tu trouves le moyen d'empêcher le bruit de ses prédications et de ses cantiques d'arriver jusqu'à moi. » Le géant se mit aussitôt à chercher un moyen de se rendre agréable à son ami. Ce pays n'était pas alors ce qu'il est
aujourd'hui. A la place où Ton voit les beaux bois du Rusquec, il n'y avait qu'une montagne aride, toute couverte de grands rochers. Les géants ne brillent pas par l'esprit; mais il paraît que celui-ci en avait plus que les autres, car voici ce qu'il imagina : « Je vais, dit-il, enlever toutes ces grosses pierres qui couvrent la terre de mon bienfaiteur, et je les jetterai ensuite dans la rivière qui coule près de la maison de ce chrétien. Les eaux seront forcées de s'élever au-dessus du barrage que formeront les rochers, et le bruit qu'elles feront sera assez fort pour couvrir la voix de l'ennemi du seigneur du Rusquec, auquel je rendrai de la sorte un double service. » En quelques tours de main les rochers furent précipités dans la rivière et les eaux y formèrent une cascade dont le bruit devait dominer la voix de l'homme de Dieu. Mais il arriva que le bruit de la chute d'eau, quoique perceptible dans toutes les autres directions, ne se fit pas entendre du côté de l'ermitage... Le géant et le seigneur périrent tous les deux de mort violente... A un kilomètre de la chapelle de Saint-Herbot, sur le flanc d'une montagne, se trouvent les ruines d'une grande allée couverte , connue dans le pays sous le nom de tombeau du Géant (Bé Keor). La
tradition rapporte que là était enterré un géant dont le corps, lorsqu'on le mit dans le tombeau, avait été replié neuf fois sur lui-même, et que chacun de ces plis avait neuf pieds de longueur. La seule particularité que Ton raconte de lui est qu'ayant un jour, en se promenant , passé pardessus Téglise de Saint-Herbot, l'extrémité de la tour toucha le haut de ses jambes. « Tiens, dit-il, la fougère est bien haute dans ce pays-ci. » Il est probable que ce géant est le même que celui de la légende de Saint-Herbot (près Huelgoat). »
(Le Men, Rivue eeUijue, t. I,p. 4is-^i7).
ce Près de Saint-Herbot est le dolmen, autel et tombeau d'un druide, qui passe pour recouvrir la dépouille d'un géant que vainquit dans une lutte acharnée le saint patron du lieu, et dont l'horrible cadavre ne put entrer dans cette vaste tombe que coupé en soixante-dix-sept morceaux. »
(^Galerie bretomu, t. I, p. 136).
Cf. p. 122, plasienrs dépositions où Gai^antua passe pardessus les clochers. Cela ressemble beaucoup au dernier trait de la légende du Seigneur du Rusquec.
Un passage de la VU du fameux Garganfuas montre le géant arrachant des pierres, de même que celui du Sire du Rusquec
« La rivière qui passait prés da palais n'étant pas navigable â cause de la grande quantité de rochers dont elle éuit parsemée, Gargantua crut qu'il était de sa gloire de la purger de tous ces rochers. Il prit donc ses tenailles, et, du bord de la rivière, accrochant ces rochers incommodes, il les arrachait ainsi que des champignons (p. 40).»
Dans une légende rapportée plus haut, p. 12$, et recueillie aussi en Basse-Bretagne, cet exploit est attribué à Gargantua.