‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 3)Chapitre 70 sur 97 · LES DEVINETTES · texte numérisé non relu

LES DEVINETTES

ES Devinettes ou — pour employer le mot dont seservent les paysans gallots — les devinailles, sont un des amusements favoris des soirées d'hiver à la campagne ; il y a des gens qui en possèdent un vaste répertoire, et parfois ilsse plaisent à l'augmenter en improvisant de nouvelles devinettes. J'ai été plusieurs fois témoin de ce jeu d'esprit, dont parfois lesfaiseurs de devinailles nouvelles ne se tiraient point trop mal.

Pour l'ordre dans lequel j'ai placé les devinettes, j'ai suivi la classification de M. Rolland, qui est fondée sur les affinités que présentent entre elles les énigmes. C'est en effet de cette manière que procèdent les paysans, et quand ils sont ensemble, lesdevinettes leur arrivent par associations d'idées. Si j'avais eu un plus grand nombre d'énigmes dont le texte est obscène ou grossier, et la réponse anodine, peut-être aurais-je fait pour elles une troisième division, qui aurait été justifiée par le goût que lea paysans oni^pour les mots à double sens. J'ai mis à leur rang celles qui appartiennent à ce genre.

Sur les devinettes, eu général, on poam consulter U préface que H. Paris a écrite en tête du livre de M. Rolland, ainsi qoe l'introduction que M. J--F- Bladé a placée au commencement ■de celles qu'il a recueillies. Ces deux auteurs indiquent aussi une abondante bibliographie des recueils de devinettes, qu'on peut compléter encore à Taide de celle faite par M. H. Gaidoz (Î^UlusinCf col. 174- 17s)-

Quant & moi, je me suis borné i indiquer les sources auxquelles j'ai puisé mes comparaisons ; elles sont presque toujours françaises. Quand ]*&! trouvé une série de références dans M. Rolland ou dans un autre auteur, je n'ai pas refait son travail, et le lecteur curieux pourra s'y reporter. Mais j'ai indiqué •entre parenthèses les noms des pays dont les auteurs auxquels je renvoie ont cité les énigmes similaires.

Voici les principaux ouvrages consultés :

Bladé. Proverbes et detnnettes populaires recueillis dans l'Arma - ^ac et TAgenais. Paris, Champion, 1880.

CBRQ.UAND. Légendes et ticits populaires du pays basque. Pau, Ribaut, 1876. (Il y a des énigmes p. 21 et sqq., p. 71 et sqq. ilu tome II.)

Lespy. Proverba du Bèarn, énigmes (p. 89-97) et contes populaires. Maisonneuvc, 1876.

Mélusinb {passim). Forez et Velay, col. 2>3 et sqq.; Poitou, ■col. 245; diverses, col. 292, 485, 511, $$6.

Rolland (E.). Devinettes et énigmes populaires de la France. Paris, Wieweg, 1877.

RoauES-FER&iER. Enigmes populaires en Languedoc. Montpellier, 1876, 24 p. in-80, et Rfvue des langues romanes, 187;, p. 3 13-34 G*

Sauvé. Devinettes bretonnes. Rmue celtique^ 1879, t. IV, p. 61- X04. (Quelques-unes de ces énigmes ont été recueillies par M. Emault.)

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Derme, it^vin.îi'-e T- :

Je :ie leuK .e*^ -et -■-"'» -.^-er Cc^ie lUrtiid .e >oieil est jo>:ché.

— Lis JtOîlcS.

Gros comme une -.vo m me 'ui ^'•"*' ^"* ^•"'-•v Que<:ent mille "lomine- \\tt t^r^**- • • «-.r"'-':

— Une étoile.

Q;>'e'>t'Ce "lui a p''H ]♦• :»■•'•• 'et pu une ;e:ii»» ^V}»»^-* - ./î.^ — Les nu .^/cs.

Sjr.'-ClSt.

Cf. Mèlusine, col. 259, D. 6^ (Velay et Forez); Rolland , D. XI (Canul, Dordogne, Languedoc, Catalogne); Sauvé, Retnu uliiqut^ D. $ (Basse-Bretagne); Bladé, D. 63 (Armagnac et Agenais).

Qui va de branche en branche, Et de Paris en France? (E.)

— Le vent.

Cf. Bladé, D. 38, 41 (Agenais et Armagnac).

Qui est-ce qui couvère (couvre) ben la ville de Paris, Et qui ne sarait couvri' le haut d*un puits?

(Trélivan.)

— La neige.

Cf. Rolland, D. 12 (Haute-Saône); Sauvé, D. 19 (Basse- Bretagne).

Je suis ici et toi à Paris : on peut se laver avec la même ève (eau) et s'essuer (s'essuyer) o la même serviette. (E.)

— La rosée et le soleil.

Qui porterait ben un faix et ne porterait pas une maille (un clou) ?

— L'eau.

Cf. Rolland, D. 23 (Nancy, Languedoc); Sauvé, D. xi (Basse-Bretagne); Bladé, D. 43 (Agenais, Armagnac).

Qiii passe sur Teau et ne fait pas d'ombre ?

— Le son des cloches.

Cf. Rolland, D. 21 (Dordogne, Lorraine, Languedoc, etc.); Mélusine^ col. 254, D. 2 (Velay et Forez); Sauvé, D. 15 ■(Basse-Bretagne); Bladé, D. 81 (Armagnac, Agenais).

Qui tend la goule sus l'ève (eau) et qui ne peut baïre? (E.)

— La campane ou clochette d'une vache.

— l'où qu'tu vas teunin, teurtant?

— Que qu'ça t'fait, touzé tous l'zans ! (M., E.)

— Dialogue d'un ruisseau et d'un pré.

Cf. Rolland, D. 2; et loi (Sartlie, Dordogne, Lithuanie, Allemagne); Mélusine, col. $$6, D. 2 (Châtillon-sur-Loire); Lespy, £. xxv (Béam), p. 94; Cerquand (Basque), t. II, p. j6, E. $2; Sauvé, D. 16-17 (Basse -Bretagne) ; Bladé, D. no (Armagnac et Agenais).

Tant que c'est p'us grand, ça fait moins de peur . Tant que c'est p'us petit, ça fait plus de peur. (M.)

— Un pont sur une rivière.

Cf. Rolland, D. 27 (devinette ancienne).

En vie du devant, Murt du mitan, Baptisé du dère. (E).

— Une charrue qui est traînée par des chevaux et dont un homme tient la queue.

Cf. Mèlusine^ col. as»» D. 97 (Forez et Vclay); Sauvé, D. jr (Basse- Bretagne) .

— Bonjour, madame, o vot' tire lire qui danse.

— Bonjour, monsieur, avec vot' grand tire li bande.

— Auriez-vous où mettre un grand tire li bande dans un poussoir?

— Oui, monsieur ; il est touzé de frais, et revenez à la maison : il y a deux journées de eu pour vous.

— Un homme monté sur un cheval s'adresse à une femme qui dévide ; le poussoir est un pré fauché, et la femme offre au cavalier deux œufs à manger.

Cf. Rolland, D. 37 (Paris, Ardèche, pays Messin, Allemagne) ;^ Sauvé, D. 39 (Basse-Bretagne).

Quatre pattes sur quatre pattes ; quatre pattes

attend quatre pattes ; quatre pattes ne vient point ; quatre pattes s'en va, et quatre pattes restent.

— Un chat sur une chaise qui guette une souris, et qui quitte la chaise après l'avoir vainement attendue.

Cf. Rolland, D. 39 (pays Messin, Vosges, Haute-Saône,. Morbihan, Alsace, Angleterre, Allemagne, Hollande, Frise).

QjLii a sept pieds, quatre oraïlles et une quoue ?

— Un chat dans une marmite.

Cf. Rolland, D. 42 (Ardëche) ; Sauvé, D. 69 (Basse- Bretagne).

(iuatre allants, quatre tirants, Fouet au eu et bros devant. (E.)

— Une vache.

Cf. Miîusine^ col. 245 (devinaille poitevine); Rolland, D. 43: (pays Messin, Vosges, Angleterre, Allemagne).

Qui n'a ni os ni chai, A qui li faut un p'tit drapé? (E.)

— Le lait.

Cf. Rolland, D. 47 (pays Messin).

Veni, venez, Pendi, pendez,

Sinon pendi veni

Aura mangé dormi. (E.)

— Un cochon qui dort sous un chêne, et qui aurait été mangé par le loup, si, en tombant, le gland ne l'eût réveillé.

Cf. Mëlusine, col. 261, D. 90 (Forez et Velay); col. S%y, Chàtillon-sur-Loing, D. 6; Rolland, D. 48 (Auvergne, Ardèche» Béarn, Languedoc, Italie, Allemagne, etc.); Lespy, E. 10; Bladé, D. 88 (Agenals et Armagnac).

En m'en revenant du bourg d'Ercé, J'ai trouvé un eu renversé du 'avait un peigne sur la tète.

Devinez quelle bête. (E.)

— Un coq.

Q^i a plus de mille pièces sur le dos sans une seule couture?

— Une poule.

a) Qpi n'a ni chai ni os et qu'a une petite chemise (iui n'a ni couture ni manche ? [blanche,

— Un œuf.

Cf. Rolland, D. 66 (Dordogne).

b) Une petite maison qui n'est ni liée ni chevronnée, er qu'est pleine diqu'au faîte. (E.)

— Un œuf:

Cf. Rolland, D. 64 (pays Messin, Béam, Allemagne, Alsace, Lithuonle, Moravie), D. 6$ (Paris, Cantal, Alsace) ; Cerquand, t. II, p. 75, E. 43; Sauyé, D. 44 (Basse-Bretagne); Bladé, D. 97, 120 (Armagnac et Agenais).

c) Qiii est-ce qui entre blanc et qui sort jaune?

— Un œuf.

Cf. Thuriault, Ènignus créoles de la Martinique, p. 215 ; Rolland, D. 6x (Paris, Lorraine, Hongrie, Moravie).

J'ai VU blanc, j'ai vu na, J'ai vu châ (tomber) dans mon géneta (jeannaie).

— Une pie.

■Cf. Cerquand, t. II, p. 72, E. zo (Pays basque).

Qui est fait comme un fou' (four), qui n'est pas fou', où il y a cent mille habitants qui volent «comme le vent ? (E.)

— Une ruche d'abeilles.

Cf. Bladé, D. 80 (Agenais et Armagnac).

Qjii est du matin au soir dans la prée, et qui n'en est pas plus content au soir ?

— Une faux.

Qui est-ce qui est fait avant sa mère? CE.)

— Un bulot de foin, parce qu'on fait le bulot ou petit tas avant le grand tas appelé veille ; or vieille se prononce veille.

duelle est la sorte d'arbres dont il y a le plus? (E.)

— Plus de tors que de bien droits.

Cf. Sauvé, D. 135 (Basse-Bretagne).

Qpi est-ce qui est piqué autour d'un pré ? Seshabits y tombent, et lui ne peut pas y aller. (E.)

— Un arbre.

Qjii est autour du bois et ne peut rentrer dedans?

— L'écorce.

Cf. Rolland, D. 86 (pays Messin, Paris, Lorraine, Breugne, etc.) ; Sauvé, D. 129 (Basse-Bretagne).

Haut comme une maison qui n'est pas maison ; vert comme une cive qui n'est pas cive ;.

dur comme une roche qui n*est pas roche; blanc comme lait qui n'est pas lait.

— Un noyer et les noix. *

Cf. Rolland, D. 107 (Lozère, pays Messin, Ardèche, Angleterre, Alsace).

Une petite potée.

Qui n'est ni pévrée ni salée,

Et qu'est ben goûtée.

— Une noisette.

Cf. Rolland, D. X09 (Paris, Languedoc).

Haut père, rude, mère, bon enfant qui est dedans. (E.)

— Un châtaignier, l'enveloppe de la châtaigne et la châtaigne.

Cf. Mélusine, col. 25s, D. 18 (Forez et Velay); Rolland, D. 112 (Seine-et-Oise, Isère, Ardèche); Sauvé, D. 61 (Basse- Bretagne) ; Bladè, D. 50 (Armagnac et Agemls).

Galène, galènas, que j'ai rencontré dans le fond d'un bois ; il m'a présenté sa barbe à faire, son eu à lécher ; je n'ai pu m'y refuser. (M.)

— Une mêle ou nèfle.

Cf. Une devinette poitevine, Milusiiu, col; 246.

Pointu comme une aigûye qui n'est pas aigûye, gros comme un fou' qui n'est pas fou' (four). (£.)

— Un houx.

Qiii est mort et qui mord core ?

— Les ronces.

Vert comme cive qui n'est pas dve; blanc comme naïge qui n'est pas naïge ; rouge comme sâng qui n'est pas sang, et noir comme de l'encre qui n'est pas de l'encre.

Et on est cor ben aise de l'porter es dents. (£.)

— Des cerises.

Cf. Rolland, D. 106 (Paris).

Haut monté> petit bonnet rouge.

— Une badie ou cerise.

Cf. Bladé, D. $3 (Agenais et Armagnac).

a) Qjiiand je suis petit, je suis vert ; A veilli', je jaunis ; N'on m'arrache, n'on me lie, N'on me délie, n'on me casse les os,

N'on me met dans Teau.

Je sers à table Les gens les plus respectables, Et je les sers jusqu'au tombeau. (S.-C.)

— Le lin.

Cf. MélusinCy col. 256, D. 33 (Velay et Forez); Rolland , P- 93 (pays Messin, Dordogne).

b) Vert à la terre, bleu au ciel, blanc à l'autel.

— Le lin. (M.)

a) Qui a de la barbe aux pieds?

— Un poireau.

Cf. Rolland, D. 11$ (Paris, 5 variantes).

h) Blanc comme lait qui n'est pas lait, vert comme cive qui n'est pas cive, et qui a de la barbe aux pieds.

— Un poireau.

Cf. Rolland, D. 114 (Paris); Cerquand, t. II, p. 7$, E. 4; ; Sauvé, D. 56 (Basse-Bretagne).

On m'enterre, je me déterre ; je ne suis pas Dieu, mais je puis l'être.

— Du froment.

Cf. Mélusine, col. 2S^> D. 2$ (Velay et Forez).

Blanc guérêt, noire semence; Celui qui sème pense.

— Le papier, Tencre et celui qui écrit.

Cf. BUdé, D. 27 i MélusinCf col. 2$^, Dev. du Forez, no 13, et Rolland, D. 2;o (Dordogne, Sicile, Angleterre, Lithuanie).

Je suis un arbre, et je ne porte pas de fruits ; je ne dis rien, et je porte conseil ; je suis couvert de peaux de bêtes. Devinez ce que je peux être.

— Un livre.

Cf. Bladé, D. 28 (Armagnac, Agenais).

J'ai tué sans voir, j'ai mangé ce qui n'était pas né, et je l'ai fait cuire dans des paroles. (E.)

— Tuer sans y prendre garde une liévresse pleine, et faire cuire ses petits avec des livres.

Cf. Sauvé, D. 36 (Basse-Bretagne).

Je suis au bas d'un champ ; je vois venir vers moi un tranchant qui m'ôte la vie; je meurs, et tout le monde admire la beauté de ma voix. (M.)

— Un instrument de musique.

Cf. Devinaille du Forez et du Velay, Mélusîne, col. 254.

à) Deux petits bonshommes qui s'entergardent par sus le feussé et qui ne peuvent s'entVoir. (E.)

— Les yeux.

b) Qui est-ce qui court l'un après l'autre sans pouvoir se voir?

— Les yeux.

à) Tout plein de petites vaches blanches, et une grande rouge dans le mitan.

— La bouche, les dents et la langue.

Cf. Rolland, D. 125 (pays Messin, Paris, etc.).

h) Deux rangées de petites juments blanches à Tentour d'une jument rouge.

— Les dents autour de la langue.

Cf. Rolland, D. 123 (Pays Messin, Paris, Dordogne, Béarn, Sicile, Angleterre, etc.); Sauvé, D. 1x6 (Basse-Bretagne); Bladé, D. 116, X 18 (Armagnac, Agenais).

a) Cinq poussons, dix tirous, qui montent la mette des hannes (culottes) pétouses. (E.)

— Les dix doigts qui tirent les bas, et les cinq doigts de pied qui poussent pour entrer dans le bas.

Cf. Sauvé, D. 90 (Basse-Bretagne); BUdé, D. 3 (Armagnac, Agenais).

h) Qu*est-ce que cinq qui poussent et dix qui tirent ?

— Le pied et les mains quand on met ses bas.

c) Peillu dessus, peillu dedans,

Hausse la quette pour mett' dedans. (E.)

— Le bas de laine.

c. Rolland, D. 135 (Pays Messin, Languedoc, Italie, Caulogne); Lespy, E. xiii (Béam), p. 92; et Sevut dm langues romanes^ t. VII, p. 137-338; Bladé, D. 2) (Agenais, Armagnac).

a) Qui est mort l'année dernière et qui saute les fossés cette année? (D.)

— Des souliers en peau de veau.

Cf. Sauvé, D. 87 (Basse-Bretagne).

V) Qui est mort et écorché, et qui saute cor ben les feussés? (E.)

— Les souliers.

Cf. Lespy, E. xi (Béam), p. 92 ; Bladé, D. 83 (Armagnac et Agenais).

c) Vide la nuit et plein le jour, plein le jour et vide la nuit.

— Le soulier.

Cf. Rolland, D. 136 (Paris, Seine-et-Marne, Sarthe, Ardèche, Languedoc, Béarn, Hollande, Lithuanie, Alsace).

Qui est-ce qui va sus la tête à la messe ?

— Les clous des souliers.

Cf. Rolland, D. 139 (Paris, Angleterre, Hongrie); Sauvé, D. 78 (Basse-Bretagne).

fl) Qui est-ce qui entère (entre) avant l'homme dans Téglise ? (E.)

— Son chapeau.

h) Qui entère le eu le premier dans l'église?

— Un chapeau. (E.)

à) Quel est le plus secret de la maison? (E.)

— Le seuil de la porte.

h) Qui est le plus bête de la maison ? (E.)

— Le seuil, parce qu'on marche dessus et qu'il ne dit rien.

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