‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 4)Chapitre 47 sur 69 · LA MÈRE CRUELLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE CRUELLE

,n pauvre bûcheron ayant un jour besoin de se rendre à la ville pour ses affaires, était parti le matin, laissant à la maison sa femme et ses deux enfants. Le petit garçon avait douze ans environ et la petite fille en avait à peine une dizaine. Ce jour-là était celui où la femme avait l'habitude de faire le pain de la semaine ; dès le matin elle prépara le four, mit la farine dans la maie et, pour se débarrasser de ses enfants tout autant que pour voir son bûcher s'augmenter d'un fagot, elle dit à son fils et à sa petite fille d'aller au bois y ramasser le bois mort, en ajoutant :

— « Celui qui me rapportera le plus de bois aura un beau gâteau grand comme une flamique. »

Le petit garçon et la petite fille se rendirent au bois. Mais, arrivé dans la forêt, le petit garçon vit de si belles fraises dans l'herbe, de si beaux

la plus fraîche, que je la donne au bœuf, sinon la fontaine ne me donnera pas de son eau pour sauver Kiou-Coclet, qui se meurt d'une écak de noisette dans le gosier.

— Je ne demande pas mieux que de te donner de mon gazon, lui répondit la prairie, mais en échange donne-moi du beau soleil. »

Kiou-Cou parla au soleil.

— « Soleil, soleil, l'herbe demande de ta chaleur pour me donner de son gazon et sauver ainsi Kiou-Coclet, mon fils, qui se meurt d'une écale de noisette dans le gosier.

— Délivre-moi du gros nuage noir qui me cache et je donnerai ma chaleur à la prairie, . » lui répondit le soleil.

Kiou-Cou, désespéré, se tourna vers le gros nuage et lui dit :

— « Oh ! nuage, nuage, ne voile pas le soleil, pour qu'il puisse donner de la chaleur à la prairie et sauver ainsi Kiou-Coclet, mon fils, qui se meurt d'une écale de noisette dans le gosier. .

— Dis au vent de nous chasser bien loin et nous cesserons d'obscurcir le soleil, lui dit le gros nuage noir.

— Mon Dieu, mon Dieu! Kiou-Coclet va

mourir!... Oh! vent, vent, chasse donc le nuage, pour que celui-ci ne voile plus le soleil.

— Dis à la montagne de me laisser passer et je me hâterai de chasser le gros nuage noir. »

Kiou-Cou courut à la montagne.

-■- « Allons, allons, méchante montagne, laisse passer le vent si tu ne veux que mon fils Kiou- Coclet meure d'une écale de noisette dans le gosier. »

La montagne réfléchit un instant et répondit à Kiou-Cou :

— « Eh bien, obtiens du rat qu'il ne me perce plus et je laisserai passer le vent, fût-ce même l'curagan. »

Kiou-Cou alla bien vite trouver le rat dans son trou.

— « Petit rat, petit rat, promets de ne plus percer la montagne, sinon Kiou-Coclet, mon fils, mourra d'une écale de noisette dans le gosier.

— Demande au chat du voisin de ne plus me poursuivre et je te ferai la promesse que tu me demandes. »

Kiou-Cou se mit en quête du chat et il eut peu de peine à le trouver, car il était près de là, guettant le rat pour le prendre.

— « Mon bon petit chat, je t'en prie, fais la paix avec le rat, pour que Kiou-Coclet, mon fils, ne meure pas d'une écale de noisette dans le gosier! »

Le chat réfléchit un instant et lui répondit :

— « Je veux bien ne pas manger le rat, mais me donneras-tu beaucoup de lait en échange? Va demander du bon lait à la vache qui est au vert dans la prairie voisine. »

La vache, s'entendant nommer, se retourna et demanda :

— « Que me veux-tu, Kiou-Cou?

— Un peu de ton lait pour le donner au chat.

Sinon mon fils Kiou-Coclet mourra d'une écale de noisette dans le gosier.

— Je te donnerai de mon lait si le boucher veut bien te promettre de me laisser passer ici tranquillement le reste de mes jours. »

Bien vite, bien vite, Kiou-Cou alla au village voisin ; le boucher était fort malade et n'allait pas tarder à trépasser.

— « Que veux- tu, Kiou-Cou? demanda-t-fl.

— Kiou-Coclet a avalé une écale de noisette qui lui est restée dans le gosier et dont il mourra si tu ne me promets de laisser la vache jusqu'à

sa mort dans la prairie où tu l'as conduite.

— Va trouver le bon Dieu et demande-lui ma guérison ; tu auras la grâce de la vache.

— Mais je ne sais où trouver le bon Dieu.

— Si dans un instant je suis guéri, c'est que le bon Dieu veut que je laisse tranquillement la vache jusqu'à ce qu'elle meure de mort naturelle. »

Le boucher avait à peine dit ces mots qu'il se trouvait complètement guéri. Il accorda la grâce de la vache.

Kiou-Cou alla trouver la vache, la vache donna son lait, le lait fut bu par le chat, le chat ne guetta plus le rat, le rat ne perça plus la montagne, la montagne laissa passer l'ouragan, l'ouragan chassa le gros nuage noir, le nuage noir dévoila le soleil, le soleil réchauffa l'herbe de la prairie, l'herbe fut mangée par le boeuf, qui ne but plus l'eau de la fontaine; enfin, la fontaine donna de son eau à Kiou-Cou, qui, bien joyeux, s'en alla au bois retrouver son fils Kiou-Coclet. Mais quand il arriva le pauvre Kiou-Coclet était mort de son écale de noisette dans le gosier.

Kiou-Cou se mit à pleurer et à pousser de longs cris de désespoir. Ces cris furent entendus

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ixe bonne frerrinr faisait , un jour, le pain qm lai était nécessaire poor sa semaine; après avoir préparé sa pâte et pesé un certain nombre de pains de quatre livres, il lui resta on morceau de pâte trop petit pour en faire un pain.

DE LA HCAEDIE 22$

— « Tiens, se dit-dk, sa je faisais une bonne fornique à chacun de mes enfants? *

Aussitôt dit, aussitôt ùit; elk prit la pâte, y ajouta du beurre, du sel et quelques œufs, la pétrit convenablement et prépara deux larges fianuques. Tune pour son fils Jean et l'autre pour sa petite fille, nommée Louise. Lorsque les forniques furent cuites â point, la bonne femme appela ses deux enfants, leur donna les deux galettes et leur recommanda d'aller se jouer avec leurs camarades. Jean et Louise remercièrent leur mère, comme bien vous le pensez, et sortirent dans le village. Jean s'en alla d'un coté, et sa sœur, la petite Louise, prit le chemin opposé.

Au détour d'une rue, le petit Jean rencontra un mendiant vêtu bien pauvrement ; il portait sa besace avec peine et son bâton pouvait à peine le soutenir.

— « Oh! la belle flamique\ mon enfant; il y a deux jours que je suis sans pain, et personne ici qui veuille m'en donner. Je t'en prie, fais-moi cadeau d'un morceau de ta galette; j'en ai extrêmement besoin 1

— Vous vous trompez beaucoup, mon pauvre homme, si vous vous imaginez que ma mère a

fait cène bonne galette pour vous. Je n'en ai pas trop pour moi. Aussi passez votre chemin et adressez-vous ailleurs.

— Tu n'es pas trop aimable, mon enfant.

Mais n'en parlons plus. Prends ce beau bâton et retourne chez toi : tu pourras t'en faire un excellent manche de fouet. »

L'enfant prit le bâton que lui offrait le vieillard et ce dernier disparut tout aussitôt sans que Jean put voir de quelle façon il était parti.

Mais au même instant le petit garçon se sentit entraîné vers la campagne par une force irrésistible. Il voulait s'arrêter, mais, malgré lui, le bâton le faisait marcher de plus en plus vite jusqu'au moment où il se mit à courir du plus fort qu'il put. Jean avait dépassé les dernières maisons du village, puis les prés et les champs voisins, et quand il s'avisait d'essayer de s'arrêter dans sa course, le bâton se mettait à le battre à coups redoublés et si fort que le pauvre garçon en était tout meurtri.

Après une heure de cette course, Jean arriva au pied d'une montagne qu'il lui fallait franchir. Bientôt il aperçut un immense précipice vers lequel il se dirigeait malgré tous ses efforts et

aussi malgré tous les obstacles qu'il rencontrait sur le chemin.

Jean n'avait pas tardé à pleurer. En voyant vers quel abîme il se dirigeait, il pleura plus fort encore ; il demandait pardon au bâton et au vieillard, mais rien n'y faisait et bientôt il arriva au bord du précipice dans lequel il ne tarda pas à se précipiter.

Sa sœur, la petite Louise, après être sortie avec la bonne flamique donnée par sa mère, avait, elle aussi, rencontré le même vieillard. Celui-ci lui demanda, comme il l'avait fait à Jean, un morceau de la bonne flamique,

— « Ah ! vous n'avez pas mangé depuis deux jours. Quel malheur I Tenez, prenez ma galette tout entière; un morceau ne vous suffirait pas pour apaiser votre faim. Et puis, je n'ai pas faim et il m'est facile de m'en passer. Si vous le voulez bien, je vous emmènerai chez maman et je vous donnerai du bon lait de chèvre bien chaud.

— Non, mon enfant ; tu es une petite fille bien sage, et je te remercie beaucoup de ton bon cœur. Mange te flamique; je n'en ai aucun besoin, car je suis le bon Dieu. Prends ce bâton et va jouer avec tes compagnes. »

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Elle marcha croit devant elle et arriva xu pied de la montagne. La montagne était fort et le bâton entraînait la retire £ile avec Louise s'appuya avec son bâton contre an !a montagne s'ouvrit et un beau pays se montra aux yeux tout étonnés de la petite fille. Ce pays était tout â fait inconnu. Louise s'avança néanmoi as et rencontra les habitants, qui semblaient l'attendre.

— « Voilà notre reine', voilà notre reine! »

crièrent-ils.

ta petite Louise fut proclamée reine et vécut désormais fort heureuse avec ses parents, qu'elle avait fait venir â la cour.

(Conté en mai l8j$, par M. TheoduU Gérin, à \Liilly-dc-Lt-S mme [Somme]).

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