LA MÈRE CRUELLE
,n pauvre bûcheron ayant un jour besoin de se rendre à la ville pour ses affaires, était parti le matin, laissant à la maison sa femme et ses deux enfants. Le petit garçon avait douze ans environ et la petite fille en avait à peine une dizaine. Ce jour-là était celui où la femme avait l'habitude de faire le pain de la semaine ; dès le matin elle prépara le four, mit la farine dans la maie et, pour se débarrasser de ses enfants tout autant que pour voir son bûcher s'augmenter d'un fagot, elle dit à son fils et à sa petite fille d'aller au bois y ramasser le bois mort, en ajoutant :
— « Celui qui me rapportera le plus de bois aura un beau gâteau grand comme une fiainique. »
Le petit garçon et la petite fille se rendirent au bois. Mais, arrivé dans la forêt, le petit garçon vit de si belles fraises dans l'herbe, de si beaux
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f V-enn-^i. frère? G se iit déjà tard et i£ nous faut rzirrzr i .a maison. Mois j'y Que va dire maman in re -cyant rg vwiii fagot ? T * ler.is certainement znndé. Si ta Ee veux hier., m prendras la moitié ie mon tâgot et rtW mère r.c >'i percevra de rien.
f,a moitié? Mais ni n'y songes pasw J'en '/ciu plan ^e U moitié, sinon je serais battn. Je veux gagner le gâteau, — que je te donnerai, du reste, — parce que je suis plus vieux que toi et que c'est aux garçons de travailler plus que les petites filles.
- Alors, pourquoi n'as-tu pas ramassé le bois tntrrt au lieu de dénicher des nids et de cueUfir
DE LA PICARDIE 2}l
des fleurs? Si tu ne veux pas de la moitié de mon fagot, tu n'auras rien.
— Ah! je n'aurai rien! Tu crois cela; tu vas voir que j'aurai tout le fagot. »
Et l'enfant prit la petite fille et la lia sur l'échelle du garde. Puis, s'emparant du fagot de sa sœur, il laissa là celle-ci et retourna à la maison.
La mère venait justement de retirer du four une belle fournée de pain et une belle flamique toute dorée, bien appétissante.
— « Où est ta sœur? demanda-t-elle à l'enfant.
— Elle est restée au bois à cueillir des fraises et des fleurs; elle ne tardera sans doute pas à rentrer.
— Et son fagot?
— Oh ! elle n'en a pas. Elle a préféré s'amuser à courir après les papillons... Pour moi, j'ai bien travaillé, tu le vois par ce gros tas de bois que je te rapporte. J'ai gagné le gâteau, n'est-ce pas, mère? »
La femme du bûcheron prit la belle flamique et la donna à son fils. Celui-ci, au lieu de la manger, la conserva pour sa sœur, qu'il s'apprêtait à aller délier dans la forêt, quand il la vit
rentrer a !a maison accompagnée du garde, qui l'avait trouvée attachée à l'écheile et qui s'était empressé de la débarrasser de ses liens,
— <r Pourquoi rentres-tu si tard? et comment se fait-il que tu ne rapportes pas de fagot comme, ton frère? >> lui dit sa mère lorsque le garde se fut éloigné.
La petite fille ne répondit pas. Alors sa mère, se mettant en colère, prit un bâton et en frappa sa fille jusqu'à ce que le petit garçon eut avoué avoir pris le fagot de sa sœur.
— « Ah ! bien, il en est ainsi ! C'est bon. Tu vas me le payer. Reste ici pendant que ta soeur ira attendre ton père à l'entrée du village. »
La petite fille sortit et son frère resta seul avec sa mère.
La méchante femme se saisit d'un grand couteau et tua son enfant, puis elle le coupa par morceaux et le mit à cuire dans la marmite pour préparer le souper du mari.
La petite fille revint sans avoir vu son père.
— « Où est mon frère, maman?
— Je n'en sais rien ; il est sorti il y a quelques minutes. Je l'ai battu d'importance et, sans doute, il est allé pleurer chez sa grand'mere. »