LE RETOUR DU FIANCE
Bonjour, belle Nanette, M'y voilà de retour, Revenant de la guerre, J'y viens te dire bonjour.
Je reviens, ma brunette,
Auprès de toi, D'une amité sincère,
Embrasse-moi,
— Monsieur, vous voulez rire, Je ne vous connais pas.
Passez sans me rien dire Et ne m'insultez pas.
Celui que mon cœur aime
Depuis longtemps, Viendra finir mes peines
Dans peu de temps.
— Combien de fois, la belle, Au fond de ce jardin,
Nous allions promener ensemble.
Cueillir les romarins.
Tu me disais sans cesse,
D'un cœur constant :
Je serai ta maîtresse
Et toi mon amant.
— Grand Dieu ! serait-il possible ?
Pourrais-je me tromper ?
Serais-je comme insensible ?
Pourrais-je me tromper ?
Embrasse ta maîtresse,
Mon cher amant,
Tu bannis ma tristesse
Et mon tourment.
— Apprends-moi donc, la belle, Du fruit de nos amours,
3>4 l: ri liutuïe o&ale
Vcî:-i2 encore le jour r
— H es: beau comme un ange, Ce cher enîant ;
D n'use plus de linges Depuis longtemps.
— Marcie-t-il sans lisières , Ce beau peti: garçon ?
Ressemble-t-il à son père, Dis-moi, chère Manon ?
— II ressemble à son père, C'est son portrait,
Va le voir chez ma mère, S'il est bien fait.
— Bonjour, ma bonne mère, M'y voilà de retour, Revenant de la guerre,
Je viens vous dire bonjour.
— Ah ! t'y voilà, mon gendre, Quel agrément !
Viens voir sans plus attendre Ton cher enfant.
— Très volontiers, ma mère, Montrez-moi mon garçon.
Ressemble-t-il à son père , Comme elle m'a dit Manon ?
— Montez à sa chambrette, Tout doucement.
Il dort dans sa couchette Tout doucement.
— Oh ! ciel, voilà l'âge Du fruit de nos amours ; Il est grand pour son âge ; Demain il sera jour.
Sortons de sa chambrette
Tout doucement.
Il dort dans sa couchette, Je suis content.
{Conté le 23 septembre 1882, par mon grand-pire, M. Auguste Carnoy, âgé de 82 ans).
NANETTE LA. NONNETIE
C'était un jeune canonnier, Faisant l'amour à une brune.
Je lui ait dit plus de cent fois :
Belle aimez-moi, belle aimez-moi I Je t'y donnerai ma ceinture, Mon anneau d'or, ma garniture.
Le jeune canonnier un jour S'étant habillé en nonnette, En nonnette il s'est habillé.
Chez l'hôtesse il s'en fut aller.
C'est en disant : Bonjour l'hôtesse, Pouvez-vous bien loger Nanette ?
— Puisque Nanette vous vous nommez, Où est-elle votre compagnie ?
— J'ai passé dans un bois si grand, Tant de voleurs que de bringands M'ont tué ma compagnie.
Pour Dieu, logez-moi cette nuit.
— Entrez, entrez, belle Nanette, Vous coucherez avec ma fille, Vous coucherez de deux à deux.
— Ah I oui, madame, ça vaudra mieux !
— Voici le temps de la froidure, Nous doublerons la couverture.
Quand c'est venu pour y souper, Nanette elle n'y veut point manger.
N'y voulant ni manger, ni boire, Disant qu'elle était fatiguée, Baissant la tête, fermant les yeux, Craignant qu'on la reconnaisse.
Quand c'est venu pour y coucher, L'hôtesse allume tme chandelle.
— De chandelle, il nous en faut pas, Car au couvent n'en usons pas ;
De chandelle il nous faut guère, Car au couvent n'en usons guère.
Quand c'est venu envers minuit, La jeune hôtesse elle se réveille En disant : Nanette, qui étiez-vous ?
Je n'y puis dormir auprès de vous.
Je crois vous n*êtes point fille, Nanette.
Vous me parlez trop d'amourettes.
— Cest votre amant, la belle, Vous l'ai-j'ou t'y point toujours dit, Que je vous aurais à mon loisir ?
A mon loisir, belle de grâce, Permettez-moi que je vous embrasse 1
Quand c'est venu au point du jour, Belle Nanette elle s'y réveille, Prend son manteau dessus son bras.
— Adieu, l'hôtesse, ah ! je m'en vas :
Votre fille elle n'est plus pucelle,
J'ai passé la nuit avec elle.
(Chanté en septembre 1882, par M. Auguste Camoy, agi de 82 ans, d Warloy- Bâillon [Somme]).
Cf. Lt Voltigeur Nannette, chanson populaire du Nivernais, fol. 301, verso, du t. VI des Poésies populaires de la France, ms. 3343 de la Bibliothèque nationale.
LE RENDiEZ-VOUS MANQUÉ
Les garçons de chez nous, ils y font bien les drôles,
Nuit et le jour ne faisant que penser
D'aller voir leur maîtresse, le soir après souper.
Le galant il s'en va, frappe à la porte de sa maî-
[tresse :
— Ouvrez, ouvrez, ma mie, si vous m'aimez, Vous êtes à la chaleur, et moi à la gelée.
— Allez vous promener sur le bord de la mer, Vous reviendrez à l'heure de minuit,
Papa sera couché, maman sera endormie.
Le galant il s'en va faire un tour dans la ville. Rencontra ses camarades. Camarades, leur dit :
— Je viens de voir ma mie, cette fois elle m'a pro-
[mis.
La belle n'étant pas loin entendit ce discours.
— Sainte- Vierge Marie, empêchez-moi d'aimer Un amant si volage qui ne peut se cacher.
360 inTERATTÏZ ORALE
Le «liant il sec va. rrarrt « la porte de sa mai-
[messe :
— Ouvrez, Cïivrex, ma mie. 51 vous m'ancez, Iî est mincit sonne, l'avez-vcus écouter
— Si t avais été secret cemme un imant doit l'être, Taurais passé la nuit entre mes bras !
Mais là, je te jure, sur ma :ci. jamais tn n'm'y
[retiendras.
(Cbnlé tu i$32,pcr V. Jr. C. Cerna*, Je Wmr*f- Ci Sm::h, Llndùcrwt /», di=5 j &«»««, t. VU.
LA JfEUXIEKE ET LE GALANT
Belle meunière, en passant par ici, Ne suis-je t'y pas éloigné d'Italie ?
— Si vous cherchez après un cœur, Allez ailleurs, ça sera votre meilleur.
Allez, passez votre chemin, Allez tirer au lièvre et au lapin.
— Meunière, si tu veux venir avec moi, Nous chasserons ensemble dans ces bois.
Nous chasserons caille et perdrix, Et de petits pigeons ramiers.
Nous chasserons nuit et le jour ; Ce sera pour y faire l'amour.
Je n'ai jamais pris dans ma main Sinon que du grain pour moudre en mon moulin. Quoique en étant la fille d'un bon meunier, Moi c'est mon véritable métier.
Je n'ai jamais bu que de l'eau, Car du vin sûr fait troubler mon cerveau.
Ayant perdu le sens et la raison, L'occasion peut faire le larron.
(Chanté par M. C. Carnoy, agi de 47 ans, d fVarloy- Bâillon [Somme]).
Cf. la chanson complète dans le t. VI des Poésies populaires de la France, fol. 121, et intitulée de même comme ronde des Ardennes, ms. 3343 de la Bibliothèque nationale.
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Le yak âayxenr ; V*, j'irai u rtjaadce A U/f4 beau régiment.
— La belle, ah I si tu m'en croyais, Dans ton pays tu resterais.
Le sort viendra peut-être, Quelques pauvres nigauds, Qu'ils seront assez bêtes Pour prendre ce fruit nouveau.
— Quand je vivrais encor cent ans, Jamais l' dragon n'sera mon amant; Il a gâté ma taille,
A pâli mes couleurs, Et moi, pauvre fillette, Qu'a perdu son honneur I
— Si ton honneur elle est perdue, La belle, c'est que tu l'as bien voulu.
Tu n'avais qu'à me suivre Partout, de pas à pas;
T'aurais encor, la belle, Tous tes brillants appas.
{Chanté par M. J. B. Delacroix, d Warîoy [Somme]).
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