LA FEMME DU TRÉPAS I
C'était là le château du Soleil-Levant. Tous les matins, il en partait, pour ne revenir que le soir, et ne disait pas  sa femme où il allait. Rien ne manquait d'ailleurs à Marguerite, et tout ce qu'elle souhaitait, elle l'avait aussitôt. Pourtant, elle s'ennuyait d'être toujours seule, tout le long des jours.
Un jour, qu'elle se promenait dans la cour du château, elle aperçut quelqu'un qui descendait la monugne voisine. Cela l'étotma, car nul autre que son mari n'approchait jamais du château.
L'inconnu continuait de descendre la montagne, et il entra dans la cour du château. Alors, Marguerite reconnut son filleul, son jeune frère, qui était dans son berceau, quand elle partit de la maison de son père. Et ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, en versant des larmes de joie.
— Où est aussi mon beau-frère, que je lui souhaite le bonjour ? demanda le jeune homme, au bout de quelque temps.
— Je ne sais pas où il est, mon frère chéri ; tous les matins, il part en voyage, de bonne heure, pour ne revenir que le soir, et il ne me dit pas «où il va.
— Eh bien, je lui demanderai, ce soir, quand il rentrera, pourquoi il te laisse ainsi seule, et où il va.
l8 VOYAGES VERS L£ SO1.EIL
— Oui, demande-le-lui, frère chéri.
Le maître du château arriva, à son heure ordinaire, et il témoigna à son beau-frère beaucoup de joie de sa visite.
— Où allez-vous ainsi, tous les matins, beaufrère, lui demanda le prince, laissant ma sœur toute seule à la maison ?
— Je vais faire le tour du monde, beau-frère chéri.'
— Jésus, beau-frère, c'est vous qui devez voir de belles choses ! je voudrais bien aller avec vous, une fois seulement.
— Eh bien I demain matin, tu pourras m'accompa gner, si tu veux ; mais, quoi que tu puisses voir ou entendre, ne m'interroge pas, ne prononce pas une seule parole, ou il te faudra retourner aussitôt sur tes pas.
— Je ne dirai pas un mot, beau-frère.
Le lendemain matin, ils partirent donc tous les . deux de compagnie, et se tenant par la main. Us allaient, ils allaient!... Le vent fait tomber le chapeau du frère de Marguerite, et il dit :
— Attendez un peu, beau-frère, que je ramasse mon chapeau, qui vient de tomber.
Mais, à peine eut-il prononcé ces mots, qu'il perdit de vue son beau-frère, et il lui fallut s'en retourner, seul, au château.