‹ Les Littératures populaires de toutes les nationsChapitre 22 sur 32 · LA FEMJ4E DU TRÉPAS I · texte numérisé non relu

LA FEMJ4E DU TRÉPAS I

— Eh bien ! lui demanda sa sœur, en le voyant revenir seul, as-tu appris quelque chose ?

— Non vraiment, ma pauvre sœur : nous allions si vite, que le vent a fait tomber mon chapeau. Je dis à ton mari d'attendre un peu, pour me le laisser ramasser; mai^ il continua sa route, et je le perdis de vue. Quoi qu'il en soit, demain matin, je lui demanderai de me permettre de l'accompagner encore, et je ne dirai pas un seul mot, quoi qu'il arrive.

Qpand le maître du château rentra, le soir, à son heure ordinaire, le jeune homme lui demanda de nouveau :

— Me permet trez-vous de vous accompagner encore, demain matin, beau-frère?

— Je le veux bien ; mais, ne dis pas un seul mot, ou il t'arrivera encore comme ce matin.

— Je me garderai bien de parler, soyez-en sûr.

Ils partent donc encore de compagnie, le lendemain matin. Ils vont, ils vont... Le chapeau du frère de Marguerite tombe encore, mais, cette fois, dans une rivière, au-dessus de laquelle ils passaient, et il s'oublie encore et dit :

— Descendez un peu, beau-frère, pour que je ramasse mon chapeau, qui vient de tomber dans l'eau I

Et aussitôt il est encore déposé à terre (car

ils voyageaient à travers les airs), et se retrouve seul. Et il retourne au château, tout triste et tout confus.

Le lendemain matin, son beau-frère lui permit encore de l'accompagner, mais pour la dernière fois. Ils vont, ils vont, à travers les airs... le chapeau du prince tombe encore ; mais, il ne dit mot, cette fois.

Us passent au-dessus d'une plaine où la terre était toute couverte de colombes blanches, et au milieu d'elles étaient deux colombes noires. Et les colombes blanches ramassaient de tous côtés des brins d'herbe et de bois secs et les entassaient sur les deux colombes noires ; et quand celles-ci en furent couvertes, elles mirent le feu aux herbes et au bois.

Le frère de Marguerite avait bien envie de demander ce que cela signifiait. Il ne dit rien pourtant, et ils continuèrent leur route.

Plus loin, ils arrivèrent devant une grande porte, sur la cour d'un château. Le mari de Marguerite entra par cette porte, et dit à son beaufrère de l'attendre, dehors. Il lui dit encore que, s'il se lassait d'attendre et que l'envie lui vînt d'entrer aussi, il n'aurait qu'à casser une branche verte et à la passer sous la porte, et cette envie lui passerait aussitôt.

Pendant que le jeune prince attendait à la

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porte, il vit nne troupe d'oiseaux s'abattre sur un buisson de laurier, qui était près de là; et les oiseaux y restèrent quelque temps, chantant et gazouillant. Puis, ils s'envolèrent, emportant dans leur bec chacun une feuille de laurier, mais qu'ils laissèrent tomber, à une faible distance.

Un instant après, une autre troupe d'oiseaux s'abattit sur le même buisson de laurier, et ils chantèrent et gazouillèrent un peu plus que les premiers, et plus longtemps, et, en s'en allant, ils emportèrent aussi dans leur bec chacun une feuille de laurier, qu'ils laissèrent aussi tomber, mais un peu plus loin que les précédents.

Enfin, une troisième troupe d'oiseaux s'abattit sur le buisson, un instant après, et ils gazouillèrent et chantèrent mieux et plus longtemps que les autres, et, en s'en allant, ils emportèrent aussi dans leur bec chacun une feuille de laurier; mais, il ne les laissèrent pas tomber à terre.

Le frère de Marguerite, étonné de ce qu'il voyait, il se disait en lui-même : « Que peut signifier tout ceci ? » Comme son beau-frère ne revenait pas, il se lassa de l'attendre, et, ayant cassé une branche de chêne toute couverte de feuillage vert, il la fourni sous la porte, comme on le lui avait dit. Aussitôt la branche lut consumée jusqu'à sa nou|p. « Holà ! s'écria-t-il, en

voyant cela, il parait qu'il fait chaud là dedans ! » Et il ne désirait plus entrer.

Son beau-frère sortit enfin, quand son heure fut venue, et ils s'en retournèrent de compagnie. Chemin faisant, le frère de Marguerite demanda à l'autre :

— Dites-moi, beau-frère, je vous prie, ce que signifie ce que j'ai vu, pendant que je vous attendais, à la porte du château : j'ai vu d'abord une troupe d'oiseaux s'abattre sur un buison de laurier, et, après y avoir chanté et gazouillé quelque temps, ils se sont envolés, en emportant dans leur bec chacun une feuille de laurier, qu'ils ont laissée tomber à terre, à une faible distance.

— , Ces oiseaux représentent les gens qui vont à la messe, mais, qui y sont distraits, prient peu et laissent tomber à terre leur feuille de laurier, c'est-à-dire la parole divine, là où ils oublient leur Dieu.

— Et la seconde troupe d'oiseaux qui se sont ensuite abattus sur le laurier, qui ont gazouillé et chanté un peu plus longtemps, et ont aussi laissé tomber à terre leurs feuilles de laurier, mais un peu plus loin ?

— Ceux-là représentent les gens qui vont à la messe et y sont plus attentifs et prient plus longtemps que les premiers, pais, qui, néanmoins.

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