LA PRINŒSSE DE L'ÉTOILE BRILLANTE
^L y avait, une fols, sur Teau du Léguer, un meunier, qui prit un jour son fusil pour aller tirer des cygnes et des canards sauvages» sur l'étang du moulin.
C'était au mois de décembre, et il faisait firoîd, et la terre était toute couverte de neige.
En arrivant sur la chaussée de l'étang, il aperçut une cane qui s'ébattait sur l'eau. Il la visa, tira et fut bien étonné de voir à côté de lui, aus* sitôt le coup parti, une belle princesse, venue il ne savait d'où ni comment, et qui lui parla de la sorte:
— Merd, mon brave homme 1 II y a bien longtemps que je suis par ici, retenue enchantée, sous la forme d'une cane sauvage, par trois démons, qui ne me laissent aucun repos. Vous
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m'avez fait revenir à la forme humaine, et vous pouvez me délivrer tout-àr£iit, avec un peu de courage et de persévérance.
— Qjie faut-il faire pour cela? demanda le meunier, étonné.
— Passer trois nuits de suite dans le vieux manoir en ruine que vous voyez là-haut.
— Et qu'y a-t-il là ? Le diable peut-être ?
«^ Hélas I ce n'est pas un diable seulement, mais, douze diables, qui vous tourmenteront. Us vous lanceront plusieurs fois d'un bout à l'autre de la grande salle du manoir et vous jetteront même dans le feu. Ne vous efirayez pas, quoi qu'il puisse vous arriver, et ayez confiance en moi, car j'ai un onguent qui vous conservera en vie et vous guérira, quand bien même tous vos membres seraient rompus et broyés. Fussiez-vous même tué, que je vous ressusciterais. Si vous pouvez souffiir, pour moi, durant ces trois nuits, sans vous plaindre ni prononcer un seul mot, vous ne regretterez pas votre peine, plus tard. Sous la pierre du foyer, il y a, dans le vieux manoir, trois barriques d'or et trois barriques d'ar-> gent, et tout cela vous appartiendra, et moi-même par-dessus le marché, si je vous plais. Vous sentes-vous le courage de tenter l'épreuve?
— Et quand il y aurait cent diables, au lien de douze, je tenterai l'épreuve, répondit le meunier.
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Et aussitôt la princesse disparut, et il s'en retourna à son moulin, en songeant à ce qu'il venait de voir et d'entendre.
La nuit venue, il se rendit au vieux manoir et emporta du bois, pour faire ^ feu, du ddre et du tabac pour boire et fiimer, en se chaufiant.
Vers minuit, il entendit un grand bruit, dans la cheminée, et, bien qu'il ne fût pas peureux, il se cacha sous un vieux lit, et de là, il vit onze diables descendre par la cheminée. Ils furent étonnés de trouver du feu allumé au foyer. — « Qpe veut dire ceci ?» se demandèrent-ils.
— Où est resté le Diable Boiteux ? Il est toujours en retard, dit un autre diable, qui paraissait être le chef de la bande.
— Le voilà qui arrive, dit un troisième.
Et le Diable Boiteux arriva, par le même chemin que les autres, c'est-à-dire par la cheminée, et demanda :
— Qu'y a-t-il de nouveau par ici, camarades ?
— Rien, lui répondit-on.
— Rien?... Eh bien, moi, je prétends que le meunier du moulin de Font-Léguer est ici, quelque part, et qu'il est venu pour essayer de nous enlever la princesse : cherchons-le.
Et on chercha partout. Le Diable Boiteux regarda sous le lit et, voyant le meunier, qui s'y blotissait, il s'écria :
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— Le void, sous le lit 1
Et il le prit par un pied et le tira à lui.
— Ahl meunier, gentil meunier, dit-il en ricanant, tu veux nous enlever la princesse? Tu aimes les jolies filles, parait-il ?
Nous allons d'abord jouer à un jeu, mon ami, qui ne sera sans doute pas de ton goût, mais, qui te guérira de la tentation de vouloir enlever des princesses.
£t ils se le jetèrent et rejetèrent, comme une balle, d'un bout à Tautre de la salle. Pourtant, le pauvre meunier ne disait mot. Ce que voyant, ils le jetèrent par la fenêtre dans la cour, et, comme il ne se plaignait ni ne bougeait, ils le crurent mort.
Le coq chanta, en ce moment, annonçant le jour, et ils s'en allèrent aussitôt, comme ils étaient venus, c'est-à-dire par la cheminée.
La princesse vint alors, tenant à la main un petit pot d'onguent, et elle en frotta le meunier, qui se releva et se retrouva aussi bien portant et aussi dispos que devant.
— Vous avez bien soufiert, mon ami, lui dit la princesse.
— Oui, j'ai bien souffert, princesse, répondit-il.
— Vous avez encore deux nuits semblables à passer, pour me délivrer de ces méchants diables.
«— 11 ne fait pas beau délivrer des princesses,
d'après ce que je vois» mais, j'irai pourtant jusqu'au bout.
La nuit venue, il se rendit, pour la seconde fois, au vieux manoir et se cacha sous un tas de fagots, au bas de la salle. A minuit, les dôme diables descendirent, omime la vdlle, par la cheminée.
— Je sens odenr de chrétien I dit le Diabk Boiteux.
Et ils cherchent et découvrent encore le meunier, parmi les ùgots.
— Ah I c'est encore toi, meunier ! comment n'es-tu pas mort, après le jeu d'hier soir ? MLaîs, sois tranquille, nous allons en finir avec toi, cette fois, et ce ne sera pas long.
Et ils le jetèrent dans une grande chaudière remplie d'huile, qu'ils firent ensuite bouillir sur le feu.
Le coq chanu, pour annoncer le jour, et les <fiables partirent encore.
La princesse vint aussitôt et retira le meunier de la chaudière. Il était cuit et ses chairs tom* baient en lambeaux. Et pourtant, elle le ressuscita encore, avec son onguent.
La troisième nuit, les diables furent encore étonnés de retrouver le meunier en vie :
— C'est la dernière nuit, et si nous n'en finissons pas avec lui, cette fois, nous perdrons tout.