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AU RETOUR DE FRANCE

Salle et bibliothèque do l'iiôpital du Cani]) Custer

Un aumônier qui était dans le Luxembourg avec le corps expéditionnaire américain demandait encore des livres parce que les quatre compagnies se trouvaient dans quatre villes différentes.

« Nous désirons que vous sachiez », disait-il, « que nous vous sommes reconnaissants de cette coopération et que les livres seront lus et relus p'àr nos soldats qui ont soif de cette sorte de chose préci'sément. »

Un autre aumônier écrivait : « J'ai passé ma vie à prêcher, mais je reconnais que les 'bons livres atteignent un bien plus grand nombre d'hoBiples qu'aucun aumônier n'en peut atteindre avec ^es.Vermons. »

Dans une lettre écrite de B^ii^seldorf pour accuser réception de cent vingt-cinq volumes, on disait qu'on prêtait les hvres en employant le système des fiches et qu'on en avait emprunté-plus de la moitié pendant un seul jour. Le correspgndant ajoutait qu'il veillerait à ce que chaque hvre fît*4ô tour du régiment.

Un commandant écrivait de Châtillon-sur-Seine : « Les hommes lisent * furieusement en ce moment, au point d'entretenir lé «roulement d'une grande bibliothèque. )) '.,.'

« Les soldats m''o3cit' à peine laissé le temps d'inscrire le titre des livres avant de s'en aller avec », écrivait un fonctionnaire de la Croix Rouge Américaine.

En réclamant des livres à Mayence, on disait qu'alors que dans les villes plus considérables, comme Coblence et Trêves, il y avait des distractions de différentes sortes, pour les officiers et les soldats, à Mayence il n'y avait pas grand chose d'intéressant. Les hommes-

étaient las des distractions dont les talents du lieu faisaient les frais et ils désiraient avoir de quoi lire. Un capitaine déclarait qu'il avait lu tous les livres qu'on avait envoyés,, ou presque, de manière à pouvoir <ionner à chaque homme le Uvre qui lui convenait. Il avait quelque habitude du métier de bibliothécaire et promettait de prendre autant de soin des Uvres que les oonditions le permettraient.

Un caporal écrivait du Luxembourg en rendant quatre livi'es qu'on lai avait prêtés : « Votre choix a été vraiment excellçî^t. L'on m'avait beaucoup parlé de « Seventeen » par -Târkington et je désù'ais le lire. Cela m'a beaucoup intér'essé, ainsi que plusieurs camarades qui l'ont lu aussi. J'ai pris également grand intérêt à « The Research Magnificent » et aux théories psychologiques et philosophiques de- Wells. « The Elementary Agriculture » m'a rendu un grand service, et si vous pouvez m'envoyer d'autres livres sur n'importe quelle partie de l'agriculture — les- fèrtilisateurs, la préparation du sol, etc. en ce qui conbertle la culture du blé et des autres céréales dans l'Oirèigt-Moyen, je vous en serai très reconnaissant. Si vou.s * pouvez m'envoyer « Utopia » de More, les « Vies » de P^Mtarque, ou quelque œuvre de Bergson ou de tout autre philosophe moderne, cela m'obligera véritablement. »

Un yankee qui était en Allemagne écrivait que là où il était, il lui était impossible de se procurer de quoi lire et que, si l'Association des Bibhothèques Améri- <?aines ne pouvait rien lui envoyer, il allait perdre l'esprit. Quelques magazines qu'il pourrait repasser à

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ses camarades, quelques bons romans bien vivants et un dictionnaire anglais-allemand étaient au nombre des ouvrages qu'il spécifiait.

Un sergent de l'armée d'occupation écrivait que les livres qu'on avait reçus de l'Association avaient été installés au club du régiment et qu'on les prêtait pour une semaine chaque. Il ajoutait qu'ils avaient amené avec eux une bibliothèque complète de Douglas dans r Arizona, d'où venait leur corps, mais qu'ils avaient dû la laisser en arrière, quand ils étaient entrés en action à Château-Thierry, car il leur avait fallu se débarrasser de tout excédent de poids pendant huit mois de lutte et d'endm-ance. « Et les Uvres arrivent juste à point, comme nous sommes dans une petite ville où il est impossible d'acheter quoi que ce soit à lire. »

Un colonel du génie exprimait ses remerciements pour les services rendus par une bibliothèque qui fournissait des livres techniques comme ceux qu'il avait demandés sur la construction des égoûts et l'utihsation de lem's eaux. Beaucoup d'hommes parlaient avec enthousiasme du service que ça leur avait rendu, se trouvant dans des villages isolés et dans un pays étranger, pendant une longue période d'attente, d'avoir à leur disposition des livres récents sur des sujets d'une grande diversité.

« Il est de la plus haute importance à ce moment critique que les soldats soient amplement pourvus de bons hvres. Vous avez beaucoup fait dans ce but », écrivait un aumônier mihtaire en février 1919. « Je

voudrais que vous pussiez voir les hommes examiner et dévorer les livres », disait-on dans une autre lettre. « Je suis sûr que cela vous indemniserait plus que largement pour votre œuvre magnifique. »

La description ci-après de l'état de choses au Mans, due à la plume de Miss Esther Johnston, donne une bonne idée du rôle des bibliothèques dans la vie des camps d'outre-mer : « La journée d'une bibliothécaire •dans un camp en France comprend toutes les besognes, depuis la fourniture des derniers poèmes imagistes jusqu'au raccommodage des sacs. Elle voit depuis le matin jusqu'à dix heures du soir un défilé continuel d'hommes trempés, fatigués, ennuyés, inconsolables, qui songent tristement au pays — d'hommes qui soufïi'ent d'une dépression soudaine dans leur tension et d'un manque d'occupation pour l'esprit. Ici au Mans viennent toutes les divisions, sauf celles de l'armée d'occupation, en rentrant au pays, et elles ont à y séjourner plusieurs ■mois. Les soldats reçoivent de parents bien intentionnés des lettres dans lesquelles on leur demande pourquoi ils restent en France, alors que la guerre est finie. « On t'attend depuis que l'armistice est signé. » Imaginez l'effet de lettres de ce genre sur des hommes qui grillent d'impatience de rentrer chez eux et que la routine miUtaire du temps de paix ennuie aux larmes, qui se rendent compte que leiu- famille et leurs affaires ont maintenant plus besoin d'eux que l'armée.

« Le soir, je regarde par la fenêtre une cour boueuse où des hommes attendent en file à la porte de la cantine et des salles de lecture et de correspondance. Beaucoup

viennent de points éloignés de la zone et pour célébrer la permission qu'ils passent hors du camp ils couchent ici sur la pierre. Ils entrent dans notre petite salle de lecture toute encombrée, toute enfumée, aussi nombreux qu'ils peuvent, pour y trouver un refuge, de la chaleur et l'oubli de leur vie monotone,

« Des livres ! Nous n'en avons pas vu depuis que nous avons mis les pieds dans les tranchées ! Nous n'avions pas même le temps d'y penser, mais il est terrible d'en être privé maintenant que la lutte est terminée. » Beaucoup, la plupart en fait, sont restés sans quoi que ce fût à lire et ne s'en sont guère aperçus jusqu'à présent. Avec quelle avidité, quelle concentration totale de l'esprit, ils se plongent de nouveau dans les romans, les revues, les ouvrages techniques, dans tout ce qui parle d'autre chose que de la guerre. « La guerre est finie » et nous ne voulons plus rien lire qui la rappelle, quoique nous en parhonS la plupart du temps.

« Ce soir il fait bon hre, la pluie fine et froide au dehors accroît le sentiment de bien-être et de sécurité que font naître les bûches rouges. Les pipes et les cigarettes répandent dans la salle un voile bleu de fumée et il y a la radiance du feu et le lustre du houx dans la potiche posée sur la cheminée. L'endroit est tranquille, car le fanfaron, qui voulait que tout le monde s'intéressât à ses exploits, a été réduit au silence, un lecteur lui ayant fait entendi'e sans ambages que, pom- le moment du moins, la majorité préférait lire — plus tard peut-être préférerait-elle parler.

« Le soldat qui est à gauche de mon pupitre est indigné. Il couve sa rage un moment, il se démène sur sa chaise, puis elle éclate tout à coup et il me dit à demi-voix : « Regardez cette Saturday Evening Post, les annonces et les histoires ! A qui revient la jeune fille au dernier chapitre chaque fois ? Au type qui a les molletières vernies. Pourquoi les dessinateurs ne se rappellent-ils pas qu'il y a quelques mâles parmi les simples soldats ? J'ai beau parcourir toutes les revues et tous les journaux, il n'y a aucune chance pour l'homme de la pâte commune ? » Ce soldat est un gamin de l'Ouest, trop jeune, d'après tous les règlements, pour entrer dans l'armée, mais il est passé par Château- Thierry, l'Argonne et l'hôpital, et il déteste ne jamais gagner au dernier chapitre.

« Il y a près de moi un entrepreneur qui n'a pas levé le nez de dessus son livre pendant toute cette tirade. C'est un gros homme, plutôt trop âgé pour la conscription, et il vient de passer par une période de dépression avant qu'on lui ait demandé de faire le cours d'architecture à l'école du camp. Maintenant il prépare ses conférences et fait ses calculs à l'aide d'un traité d'architecture qui, grâce à Dieu, est arrivé juste à point dans le dernier envoi de livres. Sa face lourde était presque animée comme il expliquait : « Ceux même qui n'ont pas l'intention de devenir entrepreneurs ont l'intention de se marier à leur retour, et ils veulent s'y connaître im peu en ce qui est des maisons. Alors ils viennent à l'école. »

« Il y a un jeune homme qui vient lire chaque soir

LE SIÈGE EN ELKOPE DU SERVICE DE GUERRE DE L'ASSOCIATION DES BIBLIOTHÈQUES AMÉRICAINES

10, rue de l'Elysée, Paris

des romans de l'Ouest, quoique, une partie du temps, il reste assis sur sa chaise longue à regarder le feu d'un air de parfaite béatitude. C'en est un qui n'a pas de foyer où retourner aux États-Unis — qui n'a jamais connu de foyer — et il trouve ici de quoi lui en tenir lieu. Voici douze ans qu'il vit par ses propres moyens {il n'en a que vingt maintenant), et il se vante d'une seule chose, c'est d'écorcher une mule aussi bien que qui que ce soit au Texas ! Il ht des romans de l'Ouest pour rester dans l'atmosphère de ce genre de vie, et il regai'de avec un dédain non dissimulé les hommes qui se plaignent des privations qu'ils endm-ent ici.

<( Deux professeurs se remettent à leurs travaux de droit et de journalisme et s'efforcent d'oubher leur nomination toute récente au grade d'officier, qui a été ra,pportée deux jours après la signatm'e de l'armistice. Il y en a deux autres qui font dix-huit kilomètres le spvmedi pour venu- hre l'ouvrage de Burdick sur les biens immeubles (« Real Property »), qui leur fournira ce dont ils ont besoin pour préparer leurs coiu-s de la semaine prochaine. La première fois qu'ils sont venus, nous n'avions pas lui seul ouvrage de droit à leur offrir, mais quand on s'en fut procuré plusieurs, ils manifestèrent leur reconnaissance avec effusion et passèrent lem' permission à les hre.

« Il y a ici ce soir le cuisinier de la compagnie, qui accueille de timides grimaces les plaisanteries qu'on fait sur ses plats. Il témoigne sa reconnaissance pour un vieil exemplaire de VAll-Story Weekly en envoyant il la bibhothèque un plat formidable de sa pièce de

résistance pour la soirée. Il n'avait pas l'habitude de lii'e avant de venir en France, mais je suppose qu'il sera enclin à faire un tour dans les bibliothèques à son retour aux États-Unis.

« Un homme vient juste de venir chercher des histoires amusantes pour chasser de son esprit les pensées funèbres. Il appartient à une musique dont la principale fonction est de jouer à cinq ou six enterrements tous les matins. « Cela vous porte sur les nerfs », dit-il, « de savoir comment ces gens-là se sont tirés de l'Argonne et de Saint-Mihiel pour être enlevés par la grippe en attendant de rentrer chez eux ! » Je lui donne les histoires les plus gaies que je puis trouver, vu son métier mélancoUque. Mais arrive im autre grave visiteur. C'est le photographe officiel des enterrements, et il désire que je choisisse parmi ses photographies celles qu'il faut envoyer aux familles.

« Un jeune sous-lieutenant entre. Il a perdu toute notion de son importance, car il retourne chez lui demain et il veut me montrer le service de table en vraie dentelle de Bretagne qu'il a acheté pour sa mère. Il le tient de manière à ce que chacun puisse le voir, et demande non sans inquiétude à la bibliothécaire « s'il ne s'est pas fait empiler en payant cela 100 francs ».

« Plusieurs de ces hommes, dont un certain nombre de ceux qui étaient ici aujourd'hui, rejoignent leurs divisions en rentrant de permission. Ils reviennent de Saint-Malo, de Tours, de Nice, de Cannes ou de Chamonix, et c'est pour beaucoup la première occasion qu'ils ont eue d'apprécier la beauté d'un pays où ils.

BIBLIOTHÈQUE l'OUR LES SOLDATS INSTALLÉE AU FEST HALLE A COBLENTZ

Actuellement transféré 42 Rizza Strasse

Cliché Committee on Public In/iirmation TRAIN-HOPITAL EN FRANCE Où l'on voit riiiiportaiice do la lecture au cours des longs voyages

n'avaient encore vu que misère et que boue. Maintenant, ils veulent connaître ses traditions davantage, lire « Tartarin », the « Hunchback of Notre-Dame » (le Bossu de Notre-Dame), « Les Misérables », « Old Touraine » (La Touraine ancienne), the « Hill Towns of France » (les villes françaises sur des collines), la Vie de Napoléon. Nous sommes loin d'avoir assez d'histoires de France, de grammaires, de livres français. Comme on l'a dit, « la meilleure réclame pour une chose, c'est de taper dessus », et tel est le résultat de quelques-unes des critiques adi'essées à la France. On peut taper dessus, et la plupart des soldats le font, mais ils veulent connaître le pays davantage, et nous sommes lamentablement pauvres à cet égard. »

Les services rendus par l'Association des Bibliothèques Américaines aux soldats, à Saint-Aignan, pendant l'hiver de 1918-19 ont été décrits dans un rapport par vin sergent qui était du nombre des 1.200 élèvesofïiciers disséminés dans ce vaste camp.

En raison de la pénurie de bois, on ne permettait pas de faire de feu pendant le jour et il n'était pas bien agréable, en conséquence, de rester assis dans les baraques. Comme les bougies étaient interdites et que toute la lumière provenait de deux lanternes fumeuses suspendues aux poutres, il était impossible de lire pendant les longues et tristes heures d'obscurité des jours d'hiver. Pour toute conversation, on grommelait contre les privations du moment et l'on faisait courir des bruits sans fondement, mais invariablement décourageants pour l'avenir. On entendait un élève déclarer

que « ça lui était égal de vivre comme du bétail, mais que le sort du bétail était préférable parce que les animaux ne parlaient pas ».

Les baraques de l'Y. M. C. A. étaient pleines à étouffer d'hommes qui attendaient debout lem' tour d'acheter quelque chose et qui causaient bruyamment, tandis, que les baraques des Chevahers de Colomb étaient prisées avec exagération par des correspondants zélés et loquaces.

Comme les élèves-officiers étaient exempts de détachement et de corvées, le temps leiu' pesait tout particulièrement. Le seul recours du correspondant consistait à prendre des livres sous son bras et à marcher jusqu'à ce qu'il se fût réchauffé, puis à s'asseoir par terre et à lire jusqu'à ce qu'il eût froid et enfin à marcher de nouveau pour se réchauffer. Il n'y avait de livres que dans le tas des objets sauvés. Chaque matin il essiayait d'extraire d'un monceau de vieux habits, de détritus et de papiers quelque hvre ou magazine qu'on avait jeté. Quand le temps était à l'orage — et il pleuvait ou neigeait tous les joiu*s — il faisait environ deux milles pour se rendre jusqu'à un hangar où l'on remisait des pies et des pelles. Là il lui était loisible de Ure en paix, quoique d'ime manière intermittente, parce qu'il devait s'arrêter souvent pom* battre la semelle avec vigueur afin de rétablir sa circulation.

Quand on sut que l'Association des Bibliothèques Américaines avait ouvert une baraque, la bonne nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et ce devint bientôt le rendez-vous de tous les élèves-officiers.

Là se trouvait réalisé le désir qu'on ressentait depuis longtemps, d'avoir un endroit propre, ordonné, tranquille où lire et penser. La salle était chaude, confortable et bien éclairée. Il y avait des rideaux aux fenêtres et des affiches agréables sur les murs. Les derniers journaux illustrés et les derniers périodiques américains se trouvaient en grand nombre sur les tables. Une vaste collection de livres (( qui en vala.ient la peine «, comprenant beaucoup d'ouvrages récents d'histoire, de sciences et de littérature, était en circulation constante et il y avait aussi une importante bibliothèque à consulter sur place. La salle était présidée par deux Américaines dont l'influence se faisait sentir dès le moment où l'on ouvrait la porte. Les hommes entraient sans bruit et parlaient à mi-voix, la pohtesse innée revenant à la surface avec la considération pour les sentiments d'autrui ; la vigilance sympathique de ces deux femmes transformait complètement l'atmosphère.

A n'importe quelle hem-e du jour et surtout le soir, la salle était remplie au maximum de sa contenance, qui était d'environ cent cinquante places. L'auteur de cette relation déclare que pour lui, comme pour beaucoup de ses semblables, auxquels les affaires n'avaient accordé que trop peu de loisirs pour la lectiu-e, c'était un véritable régal et qu'il s'en souviendra toujours .avec une vive reconnaissance.

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