XES BIBLIOTHÈQUES A BORD DES NAVIRES DE GUERRE ET DES TRANSPORTS
Le commandant d'mi destroyer a déclaré qu'à son avis la besogne la plus utile qui ait été accomplie par les sept organismes dépendant de la Commission des Camps d'Entraînement a été le dépôt de livres et de revues à bord des vaisseaux. Il est difficile de s'imaginer, ■dit-il, combien de fois chaque bout de papier est lu et relu dm'ant les voyages de long cours, il n'est jusqu'aux journaux datant de plusieurs années que les hommes n'accueillent avec plaisir, comme une diversion pour leurs pensées, qui, en dépit de tout ce qu'on peut faire, tendent à se concentrer de plus en plus en elles-mêmes. Ce jugement a été confirmé par diverses personnes appartenant à l'Y. M. C. A. qui ont collaboré à un service naval.
La plupart des représentants du Service de Guerre des Bibliothèques qui ont travaillé dans les camps de l'armée et de la marine et ont eu ainsi l'occasion de faire des comparaisons entre les uns et les autres, conviennent que les matelots sont encore plus amateurs de lecture et apprécient ce qu'on lem' procure davantage
que les soldats. Cela s'explique facilement, vu qu'à bord les moyens et les occasions de se distraire sont nécessairement limités. D'un autre côté, les longues croisières qui offrent de nombreux loisirs sont une excellente occasion pour se distraire en lisant et aussi pour s'instruire. Les hommes sont avides d'avancement et dès qu'il s'en offre des occasions, ils ne manquent pas d'en profiter.
Une lettre écrite par un matelot américain « quelque part en Méditerranée », en août 1918, est significative à cet égard. Par sa mère, l'Association des Bibliothèques Américaines avait appris qu'il désirait des livres et s'était efforcée de satisfaire à ses besoins. En accusant réception du paquet, il écrivait : « Vous ne pouvez imaginer combien je vous suis reconnaissant. Nous n'avons pas de Hvres ici. C'est une nouvelle base américaine et il n'y a encore rien de fini... Les livres sont excellents. Je n'aurais pas pu en choisir moi-même qui me convinssent mieux. Je suis mécanicien et si vous envoyez des livres de nouveau, veuillez en mettre un sur les moteurs à vapeur et à turbines. »
Pendant la campagne des Œuvres de Guerre Réunies, un jeune matelot venant de Portland dans 1' Oregon se présenta à la baraque de l'Association et regarda les livres avec tant d'intérêt que la bibliothécaire lui demanda s'il avait trouvé des livres de l'Association dans la Marine. Il répondit avec chaleur qu'il en avait trouvé sur plusieurs transports, sur un navire de guerre et même sur des destroyers et qu'ils avaient été le plus grand des bienfaits. Il avait passé sept mois dans
la mer du Nord et en vue des côtes d'Irlande et avait trouvé son métier plutôt terne. « Les matelots aiment les livres, pour sûr », lui affirma-t-il.
Un soir, vers six heures, deux matelots se présentèrent au bureau d'expéditions de Ne^\'po^t News, portant un sac de toile.
« Est-ce que c'est ici le Service de Guerre des Bibliothèques ? » demanda l'un. On lui réponcUt aiïirmativement.
« Eh bien », dit-il, « nous sommes à la recherche de cet endroit depuis notre arrivée à Glasgow. Pouvonsnous avoir des hvres pour notre éoiuipage ? » Il sortit alors de sa poche un morceau de pajjier de piètre apparence et montra une liste de hA'^res avec une en-tête comme celle-ci : « On va faire un effort pour avoir des livres par le Service de Guerre des Bibliothèques. Écrivez le titre des hvres que vous voulez sur ce papier. »
Il y avait des titres de toute espèce sur la feuiUe et la hste avait empiété sur la page suivante : Arithmétique ; « The Little Shepherd of Kingdom Come » ; Jesse James ; « Graustark » ; « Seamanship » de Knight ; un livre sur la rhétorique, etc.. Comme U se faisait tard, on lui demanda s'il voulait venir prendre les livres le lendemain.
« Non )), dit-il. « Nous levons l'ancre à la première heure demain matin et il nous a fallu obtenir une permission spéciale pour venir ici ce soir, — nous avons demandé où était cet endroit à tous les passants et nous ne l'avons découvert qu'aujourd'hui même. Voyezvous, nous avons trouvé l'une de ces gravures à Glasgow
dans un ouvrage qui parlait des livres que les soldats et les matelots pouvaient se procurer, mais personne à bord ne savait où les trouver ; finalement, j'ai écrit à une de mes anciennes institutrices dans l'Oklahoma — eUe est dans l'im de ces comités de guerre pom' dames — et elle m'a dit d'aUer à l'Y. M. C. A. où l'on pourrait peut-être me renseigner. Je suis donc aUé à l'Y. M. C. A. dans la ville où nous avons débarqué, et ils ne savaient pas ; aujourd'hui nous avons été aux bm'eaux de l'Y. M. C. A. et nous en arrivons juste en ce moment. » Il ajouta, en montrant le sac de toile : <( Nous avons amené ce sac pour les emporter. »
« JMais vous ne pourrez jamais porter ce sac rempli de livres jusqu'à votre bateau, c'est à des milles et des milles d'ici ! » lui dit-on. « Vous avez à prendre trois tramways et deux transbordeurs, puis à marcher près d'un demi-mille. »
« Nous le savons bien. C'est par ce chemin-là que nous sommes venus — çà n'est rien. Vous ne savez pas comme nous sommes forts et nous rencontrerons peutêtre des camarades. Pardi ! ils se dilateront quand ils nous verront arriver avec tous ces Hvres ! »
Pendant ce temps, la compagnie était en quête des Zane Grey et des Jesse James, et finalement la brouette du bureau d'expéditions fit le voyage, les deux matelots assis sur leur sac de toile et montrant le chemin. Deux mois plus tard on les revit armés d'un sac postal et d'une autre hste et ils échangèrent leur première collection avec grand orgueil et beaucoup d'assurance. Ils avaient appris le chemin de Glasgow.
Dans les prisons de la flotte, la majorité des détenus reprennent du service. Tant qu'ils sont en prison, ils ne peuvent s'acheter des livres, mais beaucoup font bon usage des bibliothèques des prisons. On cite le cas d'un homme qui était sorti de la Prison Navale de Portsmouth, dans le New Hampshire, avec une mention déshonorante et qui en un an devint le sous-ofïicier le plus élevé en grade de l'armée des États-Unis. D'après l'aumônier, son succès était dû incontestablement aux études et aux recherches qu'il avait faites en prison.
Quoiqu'on ait peu parlé des bibliothèques instituées par le Ministère de la Marine, les bibliothèques à bord des navires ne sont pas une nouveauté. Il en existait bien des décades avant que l'Association des Bibliothèques Américaines eût été conçue. Robert W. Neeser dans son ouvrage intitulé « Landsman's Log », qui présente un grand intérêt pour tout civil qui s'occupe des vaisseaux de guerre, a écrit ce qui suit sur ce sujet : « C'est la Marine Américaine qui a été la première à introduu*e cet usage, et la première bibliothèque de bord a été placée sm' le vieux vaisseau de ligne Franklin aux environs de 1820. Peu de facteurs ont contribué davantage au cours des dernières années à élever le niveau des engagés, à améliorer leur caractère et leur conduite et à augmenter leur satisfaction, que ces bibUothèques bien constituées qu'on trouve maintenant à bord de nos bâtiments. »
Pour l'Association des Bibliothèques Américaines, le problème qui se posait était en conséquence de com-
pléter et non de fournir une seconde fois les ressources existantes du Ministère. On trouva plusieurs moyens pour y parvenir. Tout d'abord, on pouvait fournir des livres aux sous-marins de course, aux patrouilleurs sous-marins, aux dragueurs de mines, etc. Si la Marine s'est montrée libérale envers les bibliothèques des grandes unités de la flotte, elle n'a pas fait de provision pour les bâtiments plus petits, vu que sur ces bâtiments il y a peu de place pour mettre sous clé et garder ces livres — procédé qui est en vogue, parce que le Trésorier-Payeur est personnellement responsable des livresqui lui sont confiés. De toute manière la vie à bord de ces bâtiments est le plus souvent monotone et l'on fait grand cas des livres et des magazines. Charles H. Brown écrit dans un article sur ce sujet : « Prenez par exemple le cas d'un homme à bord d'un patrouilleur, couché paresseusement au sein de la mer cinq jours de suite. Par moments il écoute attentivement, tous les sens tendus à leur dernière limite, si l'on n'entend pas le moteur d'un sous-marin invisible. Ensuite, il observe^ un camarade qui écoute à son tour. Il ne voit rien qu'un bateau par hasard ; son métier est sans diversité et il n'y a aucune distraction pour calmer ses nerfs. Si vous étiez à la place de cet homme, n'accueilleriez-vous pas avec plaisir quoi que ce soit qui vous ferait sortir pendant quelques heures de ce ronflement assourdissant et changerait le cours de vos idées, ce qui est indispensable à la vie normale ? Alors imaginez-vous à bord d'un bâtiment de moins de quarante mètres de long allant du canal d'Ambrose en France au premier tour^
13i LES LIVRES A LA GUERRE
puis revenant et repartant de nouveau sans divertissement aucun, la seule chance d'émotion dépendant de l'apparition d'mi périscope allemand. Ne tomberiezvous pas d'accord avec le sous-officier qui déclarait que les livres lui avaient presque sauvé la raison ? Si cela ne suffit pas, essayez seulement pendant une heure de repérer à une distance de trois mètres la pointe d'une aiguille sur un mur blanc, en sachant qu'une aiguille non aperçue peut causer la mort de centaines d'individus et vous accabler du souvenir éternel que vous en êtes responsable. »
Les nombreuses bases et stations d'aviation navale, qui, par suite de l'expansion rapide de la Marine, sortirent pom* ainsi dire de terre en une nuit, offraient un autre champ d'action. Ces bases étaient petites, comparées aux camps de l'armée. La plupart n'avaient de baraques ni de l'Y. M. C. A., ni des Chevaliers de Colomb. Elles étaient souvent situées dans des endroits inaccessibles, loin des gares et des centres m'bains. Les hommes étaient instruits et énergiques. Les officiers s'intéressaient à eux et étaient tout disposés à les aider. Dans certains cas ils exprimèrent même l'intention de payer pour certains livres dont les hommes avaient besoin. Comme on pouvait s'y attendre, les bibUothèques qui eurent le plus de succès étaient celles dont les officiers du lieu assumaient personnellement la surveillance.
Il y avait également des bibliothèques dans les camps l^lus importants que la guerre avait fait naître comme la Naval Training Station à Pelham Bay Park, le
Receiving Ship à New York, les casernes du City Park et bien d'autres à travers le pays. Tantôt comme à Pelham Park, la bibliothèque était installée dans un bâtiment spécial ; tantôt on atteignait les hommes par l'intermédiaire de F Y. M. C. A., des Chevaliers de Colomb, de la Croix Rouge ou de l'aumônier.
On fom-nissait des collections de livres aux navire» de ravitaillement qui n'étaient pas, en général, pourvus de bibhothèques par la Base de Ravitaillement de la Flotte. Beaucoup de ces navires étaient petits, les équipages allant de cinquante à trois cents hommes. Ils n'avaient pas la vitesse des grands vaisseaux et certains mettaient quatre semaines à faire chaque voyage. Il était d'autant plus désirable d'avoir de quoi hre. Que les hvres aient été bien accueillis, c'est ce qui ressort du fait que presque toujours au voyage de retour, l'un des officiers tenait à se mettre en rapports avec les bureaux de l'Association des Bibliothèques Américaines et à échanger les li"VTes. Souvent il demandait des ouvrages spéciaux — presque jamais des romans — que les hommes désiraient. C'étaient des volontaires qui faisaient fonction de bibliothécaires à bord de ces bâtiments, cette charge revenant d'habitude à l'homme qui s'intéressait le plus aux Hvres. La plupart du temps c'était l'opérateur du télégraphe sans fil, parfois le médecin ou bien encore l'officier chargé des vivres ou le garde-magasin.
On avait primitivement eu l'intention de laisser de l'autre côté de l'Océan les livres placés à bord pour servir aux troupes en France, mais on s'aperçut vite
■que c'était impraticable. Les équipages désiraient trop vivement conserver les livres pour le voyage de retom\ En outre, les docks en France étaient si encombrés que l'on ne pouvait décharger régulièrement les envois placés sur le pont. C'est pourquoi l'on prit des dispositions pour l'installation de bibliothèques permanentes qu'on pouvait échanger au port d'attache, quand on le désirait. Cependant quelques-uns des envois placés sur le pont parvinrent de l'autre côté de l'eau et y constituèrent le noyau de bibUothèques. On voit avec quel enthousiasme on les recevait dans la lettre suivante écrite à l'Association par l'officier d'administration d'un camp : « J'ai grand plaisir à vous remercier de l'aimable cadeau d'une caisse de hvres que vous avez fait aux hommes du 302^ régiment de débardeurs. Grâce à l'obhgeance des hommes du vaisseau des États-Unis El Occidente nous avons reçu des hvres ce matin. Je vous assure que les soldats les regardent comme une grande réjouissance et qu'ils leur feront passer bien des heures qui auraient pu être terriblement monotones sans cela. Des cadeaux comme cela tendent à fake mieux comprendre le fait que les gens de chez nous pensent toujom's à leurs enfants qui sont ici et font pour eux tout ce qui est en leur pouvoir. Je puis également ajouter que les hvres sont la pierre angulaire d'une bibliothèque qui, nous l'espérons, procurera de bonnes et saines distractions aux soldats du régiment. » On envoya encore des hvres à ime escadre de soixantecinq bâtiments de ravitaillement qui croisait dans les eaux européennes et dont beaucoup transportaient du
charbon de Cardiff à Brest et à d'autres ports français de débarquement et d'embarquement.
Naturellement, le Service de Guerre des Bibliothèques songea en premier lieu à fournir des Kvres et des magazines aux vaisseaux et aux camps qui n'étaient pas pourvus par ailleurs et ce n'est qu'après le retour à son port d'attache de l'escadre qui avait opéré dans les eaux d'Europe, qu'on fit un effort systématique pour découvrir de quelle sorte de lectures, s'il y avait heu, on pouvait avoir besoin sur ces bâtiments en plus des bibhothèques fom'nies par la Base de Ravitaillement de la Flotte.
L'Association des Bibhothèques Américaines pouvait rendre service, pour deux raisons, en fom'nissant des hvres à ces vaisseaux de guerre et à ces croisem's, bien qu'ils en fussent déjà pourvus proportionnellement à leurs effectifs. La première était qu'en ce qui était du Service de Guerre des Bibhothèques, il n'y avait pas de restriction au point de vue de la responsabihté financière personneUe. Les aumôniers avaient souvent besoin de hvres pour l'infirmerie ou pour les différentes parties du navire où les hommes avaient l'habitude de se rassembler, mais ils ne pouvaient utihser à cet effet les volumes fournis par la Bibliothèque de RavitaiUement de la Flotte, vu que le trésorier-payeur ne voulait pas courir la chance d'en perdre.
La seconde raison était qu'on pouvait se prociu-er bien plus rapidement des ouvrages techniques particu- Mers par l'intermédiaire du Service de Guerre des Bibhothèques que par la voie régulière ; on avait ainsi
envoyé certains livres pour répondre à des demandes durant l'année 1918, Pendant que la flotte était dans le port de New York on Aàsita les vaisseaux et on consulta les aumôniers au sujet des livres qu'il fallait. Partout l'on demanda certains Kvres ou certaines revues. Il est intéressant de noter que c'était le « World Almanac » qu'on demandait avec le plus d'insistance. On en acheta soixante exemplaires pour les diverses unités de la Flotte pendant les trois jours qui précédèrent son départ.
Ce qu'il y eut de plus encom'ageant ce fut le nombre de lettres reçues pour demander un service supplémentaire. Celle de l'aumônier du Wyoming est typique. Elle exposait que le seul exemplaire des « Wrinkles in Practical Navigation » du Capitaine Lecky qu'on eût à bord était très demandé et que deux exemplaires de plus ne seraient pas de trop. Il ajoutait que plusieurs hommes et officiers lui avaient demandé s'il ne pourrait pas leur faire avoir quelques exemplaires du dernier Uvre de l'amiral JeUicoe.
L'aumônier du Kentucky écrivait que quelque temps auparavant il s'était procuré une centaine de livres « extra » par l'intermédiaire du bureau d'expéditions de New-port News. Ils avaient servi deux fois leur compte depuis qu'on les avait placés à bord et beaucoup d'entre eux tombaient littéralement en morceaux. Il tenait à exprimer ses remerciements tout en demandant une seconde donation.
On s'était tellement servi, ajoutait-il, des quelques ouvrages techniques qu'il y avait parmi les romans
et les nouvelles, qu'il en désirait d'autres pour pouvoir donner aux hommes qui étudiaient en vue de leur avancement dans leurs parties respectives, des manuels récents qui fussent véritablement susceptibles de leur être utiles. Il joignait à sa lettre une liste de livres sur la médecine et la garde des malades pour ceux qui étudiaient ces matières sans appartenir au Service Médical. On demandait encore des ouvrages techniques pour une classe d'électriciens navals et des livres sur la télégraphie sans fil pour une classe de radiotélégraphie. A son avis, ce dont on avait le plus besoin, c'était de manuels de mathématiques supériem'cs, de géométrie plane et sphérique, de trigonométrie, d'algèbre et d'arithmétique. « Nous avons un certain nombre de sujets qui étudient en vue de devenir officiers et le besoin qu'ils ont de ces livres est impérieux », ajoutait-
Les résultats obtenus dans la Flotte pendant son séjour dans le port de New York rendirent nécessaire l'extension du service, et, avec l'approbation chaleureuse de la Commission des Camps d'Entraînement, un représentant de l'Association des Bibhothèques Américaines fut envoyé en mars à la baie de Guantanamo, à Cuba, où la flotte était rassemblée pour les manœuvres de printemps, en vue de se rendre compte de l'œuvre qui avait été déjà accompHe, de fournir certains livres demandés, et d'aider l'officier chargé du bien-être des matelots à répartir les Uvres entre les différentes divisions auxquelles appartenaient les unités. Il y avait aussi beaucoup de navires de la Flotte qui,
étant rassemblés dans les eaux cubaines, ne s'étaient pas trouvés dans le port de New York et n'avaient pas été poiu^us.
Cette tentative fut couronnée de succès. On eut des livres à sa disposition à un moment où la demande était élevée. L'espace restreint dans lequel se trouvaient un grand nombre de vaisseaux et la situation commode des bureaux de l'Association permirent à chaque officier que cela intéressait de s'y rendre en personne et de choisir les livres désirés dans le stock disponible. En recevant les demandes d'ouvrages spéciaux, en produisant les récents ouvrages techniques sur la marine et en échangeant et en faisant ch'culer les livres, le représentant de l'Association des Bibliothèques Américaines assuma pratiquement les fonctions de bibhothécaire de la Flotte. Quoique les exercices athlétiques battissent leur plein, qu'on embarquât des vivres, qu'on fît des tirs à la cible et que plusieurs vaisseaux fissent du charbon, on répondit de tous côtés au message du chef d'état-major qui appelait l'attention sur ce service. En cinq jours, on fournit à soixante-dix vaisseaux près de quinze mille volumes comprenant dix sept cents volumes autres que des romans.
Les besoins variaient suivant la nature des vaisseaux. Comme les navires de guerre avaient déjà des bibliothèques techniques bien fournies, il leur fallait surtout des romans, et ceux de l'Association firent l'affaire. Ainsi qu'un homme le disait : « Quel que fût celui qui avait choisi ces livres, il avait évidemment eu l'intention qu'on les lût une fois à bord ». Toutefois, l'on montrait
un vif intérêt pour les ouvrages techniques et l'on demandait beaucoup d'histoires d'Amérique, de Uvres sur la diplomatie et l'enseignement civique américains, de manuels d'algèbre, de trigonométrie, de calcul et de physique. Le « World Almanac » et une nouvelle histoire de la guerre mondiale faisaient fureur. On répartit environ mille ouvrages techniques et six mille romans entre sept vaisseaux de guerre à l'usage de dixneuf mille trois cents hommes.
Pour les destroyers, le problème se présentait différemment. La quantité de hvres qui leur est allouée est bien moindre que pour les vaisseaux de guerre et l'espace disponible pour une bibliothèque y est très restreint. Il est impossible d'étabhr une bibhothèque réguHère à bord. Ce qu'il leur faut, c'est un petit nombre de livres facilement accessibles, qu'on puisse échanger contre une nouvelle collection chaque fois qu'on touche au port. La moyenne des pertes résultant de la hbre disposition des Uvres est peu de chose en comparaison du plaisir et du service que cela procurait.
Sur une liste de magazines approuvée par l'Association, chaque destroyer fut invité à faire le choix de dix abonnements et la plupart tim*ent à profiter de cet avantage. Il est évident qu'on ne peut guère installer de bibhothèque à bord des sous-marins, ce qui ne les empêchait pas de tous désner des livres. Ils voulaient surtout des ouvrages techniques — sur les moteurs Diesel, l'architectm-e et la mécanique navales et tous les nouveaux livres touchant les progrès récents en matière de sous-marins et l'emploi des sous-marins à
la guerre. Chacun reçut en outre quarante romans environ, choisis par l'équipage lui-iriêine parmi la collection exposée au bureau. De plus un. bon choix de romans et un certain nombre d'abonnements à des revues étaient adi*essés au navire d'attache pour servir non seulement à son équipage, mais encore à ceux des sousmarins.
On donna des hvres aux bâtiments de ravitaillement et de réparations. Les navires de course de seconde catégorie qui avaient été déjà pourvus échangèrent une ancienne collection conti'e .mie nouAi^elle.
A la Station Navale, cinq cents hommes envii'on, y compris les équipages des navires de coui'se, des remorqueurs, des chalands, des navires de l'inspection des vivres et des bâtiments auxinaù^es, les hommes à l'hôpital fixe et au dépôt de charbon, une compagnie d'infanterie de marine pom' fournh- les gardes et le personnel de plusieurs stations de télégraphie sans fil tellement isolées qu'elles sont parfois trois mois de suite sans communication avec le restant du monde, tous ces hommes font appel à la bibhothèque centrale dans le bâtiment consacré à la récréation. Il s'y trouvait environ trois cent cinquante livi'es. On prit des mesm'es pour y étabhr une bibliothèque d'au moins mille volumes et pour favoriser le développement d'une succursale à l'usage des points les plus éloignés.
Cinq cents romans fm*ent envoyés au terrain de récréation de Deer Point, où l'on se propose d'étabhr une bibhothèque beaucoup plus importante, à l'usage non seulement de l'infanterie de marine qui y stationne,
mais encore des milliers de matelots qui viemient à terre pom* se rendre aux champs athlétiques et aux terrains de récréation de la Flotte.
L'expérience a démontré qu'en quelque endroit que de grosses unités de la Flotte soient réunies, il y a heu de fah'e fonctionner ime bibhothèque, particuhèrement de pratiquer l'échange des livres pour les bâtiments de petite taille qui ne peuvent emporter ime collection considérable. Il en résulte que l'étabHssement de bm-eaux d'expéditions en divers endroits aux soins de bibhothécaires qui mettraient le service en train, le stimuleraient et en auraient la direction, un bon système pour se procurer des ouvrages spéciaux avec un minimum d'attente et de paperasserie, et par-dessus tout l'adoption du système du hbre accès aux li^Tes en faveur des hommes, beaucoup plus satisfaisant comme résultat que celui de la stricte responsabihté financière et des armoires fermées à clé, contribueraient grandement à améhorer le service des bibhothèques du Ministère de la Marine actuellement en existence.