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CHAPITRE II

Est-ce que les soldats qui sont dans les camps lisent ? Quand en trouvent-ils le temps ?

Au début, certains se posèrent la première question, d'autres émirent des doutes, quant à la seconde. Le major-général Glenn, qui commandait le Camp Sherman, écrivit en 1917 à M. W. H. Brett, ci-devant bibliothécaire de la Bibliothèque PubUque de Cleveland, pour lui demander d'agir en vue de dissiper l'impression erronée qui s'était propagée au loin, que les soldats n'avaient pas le temps de Hre, par suite des exigences de l'entraînement miUtaire. Il désirait faire savoir qu'il n'y aurait rien de plus capable de plonger les hommes cantonnés sous ses ordres dans une atmosphère de satisfaction, que des livres convenablement choisis.

Un officier écrivit à la direction qu'il avait le plus grand besoin de livres pour ses hommes et qu'il était tout disposé à les payer de sa poche. Un autre déclarait que, si l'Association des Bibliothèques Américaines pouvait fournir des livres à son régiment, il se chargerait de trouver une salle et un homme compétent à leur intention. Avant même l'ouverture des bibliothèques

de camp proprement dites, une centaine de livres placés dans une baraque de l'Y. M. C. A. étaient généralement empruntés chaque soir avant la fermeture de l'établissement pour la nuit.

L'espérance que les soldats en s'endurcissant et en s'habitmant à leur tâche se fatigueraient moins promptement et, par conséquent, seraient plus en état de lire, fut bientôt justifiée. Comme ils n'avaient guère que les salles de récréation pour tirer parti de leurs loisirs, beaucoup qui n'étaient pas d'un naturel studieux recom'urent avec plaisir aux bibliothèques pendant les jours d'orage et les longues soirées.

Dans les trois mois qui suivirent l'ouverture de la première bibliothèque de camp, quarante pour cent des soldats des camps et des cantonnements s'étaient mis à la fréquenter.

Au Camp Devens, un Polonais fit la remarque que, puisqu'ils ne pouvaient presque rien emporter avec eux, il avait laissé ses livres aux soins de ses amis, mais qu'il emportait au front avec lui la « Répubhque » de Platon en grec, les « Sonnets « de Shakespeare en anglais, et les poèmes de Gœthe en allemand.

« Veuillez nous envoyer des livres. Nous n'en avons pas du tout. Nous sommes des réguliers et nous nous sentons aussi dépaysés que des gardes nationaux. » Tel était l'appel d'un simple soldat au directeur d'une bibliothèque pubHque de l'Est. Dans ses premiers envois, l'avisé bibliothécaire glissa une provision de bonbons et de tabac. La réponse ne se fit pas attendre : « Si vous avez jamais rendu un bon service à quelqu'un,

c'est bien à moi, mais ne perdez plus de place pour les choses à manger. Envoyez les livres simplement. »

« Qu'est-ce que tu Us là ? » demandait un caporal à son camarade à la caserne. « C'est la Vie de Samuel Johnson de Bosvrell ». — « Pourquoi hs-tu ça ? » — « Parce que j'en ai assez de dhe que je ne l'ai pas lu ou de prendre mi air entendu quand on en parle. C'est maintenant le moment de sauter sur les hvres comme ça et la bibhothèque du camp les a tous. »

Au Camp Gordon le premier livre demandé fut « Faust » de Gœthe, le second un ouvrage sur la menuiserie. Un étudiant en chimie demanda un livre auquel on n'aurait pas songé, sur les teintures d'aniline. Un homme étudiait le commerce étranger à ses heures de loisù' en vue d'aller travailler dans l'Amérique du Sud après la guerre.

<( Nous nous servons de toutes sortes de livres, depuis les manuels primaires jusqu'à Virgile et aux logarithmes, avec quantité de bons romans tout le temps », disait une bibhothécaire de camp. Un soldat vint dire au bureau : « Regardez-moi et donnez-moi un Hvre à Ih-e. » Quand la bibhothécaire se fut mise à le questionner, il déclara qu'une femme ayant sa place devait être capable de juger à leur tête des goûts httérahes des gens. EUe ne paraît pas avoir été inférieure à sa réputation, puisque de ce jour, ce soldat a été l'un de ses chents assidus.

Beaucoup d'entre les soldats qui fréquentent les bibhothèques de camp n'ont encore jamais eu l'avantage d'avoir des livres à leur disposition et ne con-

LES SOLDATiS QUI LISENT 27

naissent rien aux bienfaits des bibliothèques : « Combien est-ce que je vous dois ? » demandait un montagnard d'un district isolé du sud-est du Kentucky auquel on venait de remettre un livre au Camp Zachary Taylor. « Combien est-ce que ça coûte pour emprunter des livres ? » était une question qu'on posait continuellement aux bibliothécaires de camp. Nombreux sont ceux qui, lorsqu'on leur dit que c'est gratuit, regardent le bibliothécaire une seconde fois pom' voir s'il ne plaisante pas.

Il arriva dernièrement à la Bibliothèque Publique de Detroit un jeune homme vêtu de kaki portant le bras en écharpe. Il demanda, non sans timidité, un certain livre que l'employé l'aida à chercher. Le soldat parut si manifestement heureux de mettre la main sur le livre désiré qu'il en vint à faire ses confidences. Il déclara qu'il avait une prolongation du Camp Custer jusqu'à ce que son bras brisé se fût remis ; que l'idée de quitter le camp lui avait été désagréable parce que cela le priverait de sa bibhothèque, mais qu'on lui avait appris qu'U y avait à Detroit une bibhothèque de même genre, mais beaucoup plus considérable à l'usage du public.

Un architecte diplômé d'un collège du Moj'-en Ouest et de l'Université de Harvard se trouvait au Camp Devens, pris de nostalgie. En examinant les rayons de la bibhothèque de camp, il découvrit « La vie sur le Mississipi » de Mark Twain, et il pleurait presque de joie en désignant au bibhothécaire les divers endroits qu'il avait connus dans son enfance. Il devint un lecteur assidu et son « cafard » se dissipa.

On avait invité à dîner à Boston un habitant du Texas qui n'avait encore jamais été en Nouvelle Angleterre et, pour se préparer à cet événement, celui-ci demanda à la bibliothèque un ouvrage qui lui ferait connaître les caractéristiques de Boston et des Bostoniens.

Le Camp Humphreys est installé sur l'emplacement du vieux domaine de Fairfax à Belvoir et le caractère historique de son sol a fait naître le désir de se renseigner sur le sujet. On a beaucoup demandé de livres sur les campagnes de la Guerre Civile en Virginie et sur l'histoire des familles coloniales associées à la localité. A ce sujet, la bibliothèque a pu fournir « Mount Vernon » de Wilstach, « George Washington, Fermier » de Hayworth et « George Washington, l'Homme et le Francmaçon )) de Callahan.

La prise de Jérusalem par les troupes britanniques fit demander de nombreux livres sur cette ville et la Terre Sainte, comme « l'Histoire de Jérusalem » de CM. Matson, « La Palestine et sa transformation >> de Ellsworth Huntington, « Les Derniers Progrès Juifs en Palestine » de Henriette Szold, et « Un État Juif » de Théodore Herzl, le promoteur du mouvement sioniste.

Les deux premières demandes qui furent faites à l'Hôpital du Camp Merritt sont assez caractéristiques. L'une émanait d'un jeune homme qui dévorait un livre chaque jour ; il en demandait de Mac Grath, d'Oppenheim ou de n'importe quel autre romancier d'aventures. La seconde, qui provenait d'un homme évidem-

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ment instruit et d'une certaine classe, avait pour objet des livres sur la guerre, particulièrement ses origines et sa signification. Pendant les deux dernières semaines qu'il passa à l'hôpital, il lut entre autres choses « Mes quatre ans en Allemagne » de Gerard ; « The Winning of the War » d'Usher ; « Carry on » de Dawson ; « Le livre de Vers de la Grande Guerre » de Wheeler ; « Les Poèmes d'un Hgmme de la Croix Rouge » de Robert Service ; et « L'Europe depuis 1815 » de C. D. Hazen. Un jeune soldat plutôt mélancolique, demanda un livre pour chasser « le cafard ». On lui donna « Red Badge of Courage » de Stephen Crane, et il revint un ou deux jours après, en disant que « cela l'avait touché au bon endroit ». Par contre, un soldat ayant aperçu le casier marqué (( Livres sur la guerre » dit qu'il avait eu assez de guerre toute la semaine et qu'il voulait des histoires* Beaucoup partageaient sa manière de voir. La demande ordinaire de l'homme qui a traversé la mer porte que n'importe quel roman fera son affaire « pourvu qu'il soit américain, c'est-à-dire écrit par un yankee, et qu'il y ait dedans une vraie jeune fille américaine. Pas de conversation française dedans, s'il vous plaît, et que la scène se passe tout simplement en Amérique. Nous aimons tous les aventures, vous savez. C'est drôle, vous pourriez croire que nous en avons assez. Et dites, si vous aviez une histoire de l'Ouest, ce serait superbe ». L'une des choses que demandaient avec le plus d'insistance les convalescents d'outre-mer, à leur retour, c'était de pouvoir finir les histoires captivantes dont ils avaient dû interrompre la lecture, « quelque part en

France )\ Un soldat à l'hôpital du Camp Dix avait iouillé six hôpitaux français et américains poiu' trouver un exemplaire de « Dora Thorne », qu'un torn* au front occidental avait interrompu au chapitre le plus émouvant. Ce n'était pas le moment de faire de la critique littéraire, déclarait la bibhothécaire de l'hôpital. On en envoya un exemplaire par coHs postal à ce soldat et il le reçut avec l'extase que procure la satisfaction d'uu espoir longtemps irréalisé.

La comptabiUté d'un camp étabht qu'en mie semaine les soldats dudit camp empruntèrent LOoO hvres, dont 548 romans, 46 ouvrages sm* la guerre, 52 en langues étrangères, et les 404 qui restaient roulant sur des questions militaires, techniques, la pédagogie, la poésie, l'art, l'histoire et la httérature en général. Ces chiffres ne comprennent pas le grand nombre de livres mis en circulation par les diverses succursales des Bibliothèques de Camp à l'Association Chrétienne de Jeunes Gens, à l'Association Chrétienne de Jeunes Filles, aux Chevaliers de Colomb et dans les bibUothèques des hôpitaux.

« Quand je me suis mis à cette tâche », écrivait M. Burton E. Stevenson, qui fut bibliothécahe au Camp Sherman pendant un certain temps, « je me faisais des théories fort plausibles sur la nature des hvres que désireraient les soldats, mais j'en suis vite revenu. On noua a demandé ici toute espèce de hvres, depuis ceux de Gene Stratton Porter jusqu'à la Vie de Johnson de Boswell et à l'Évolution Créatrice de Bergson. On nous a demandé les pièces d'Ibsen ; des hvres sur l'utihsation

des eaux d'égoût et, tant de fois « A Message to Garcia w que j'en ai fait polycopier une provision. Dans une bibliothèque on demandait un si grand nombre de livres sur la religion et la morale que nous organisâmes une petite collection documentaire sur ce sujet. Dans l'ensemble, les soldats lisent des romans naturellement, des romans à émotions, des histoires de crimes, de détectives, d'aventures. Mais on demande aussi, d'une manière suivie, Conrad, Wells, Hardy et Meredith. La poésie s'enlève aussi et les bons livres de voyage sont en faveur. La seule espèce de livres que nous ne désirions point, ce sont ceux du genre risqué — car ils ne sauraient prendre place dans nos bibliothèques de camp. Nous ne tenons pas non plus aux éditions grossières et bon marché, au papier jaunâtre et boueux et à la reliure trop légère. Nous désirons des livres attrayants — des exemplaires nets et agréables de bonnes éditions — et plus nous aurons de ceux-là, plus nous pourrons être utiles aux soldats ».

Les auteurs qui paraissaient les plus en faveur étaient O. Henry, Rex Beach, Zane Grey, John Fox, Harold Bell Wright, G. B. Mac Cutcheon, Jack London, Chambers, Conan Doyle, Mark Twain, E. P. Oppenheim, Kiphng, Poe, Booth Tarkington, Rider Haggard, Alexancli-e Dumas et H. G. Yvells. Certains livres de ces auteurs n'étaient jamais en place sur les rayons, car les lecteurs les prenaient aussitôt qu'on les rapportait au bureau.

Au Camp Zachary Taylor un soldat se présenta pour faire renouveler « Rosary » de Madame Barclay, en

faisant observer que c'était le plus beau livre qu'il €ut jamais lu, mais qu'il ne pouvait pas le finir en quatorze jours, quand ce serait pour sauver sa vie. On lui renouvela le prêt du livre et ses camarades, qui le désiraient aussi, durent attendre leur tour.

Quelques-uns des engagés -manifestaient d'autre part une disposition étonnante à lire en vitesse. Il y en avait qui venaient chercher un nouveau livre presque chaque jour. Un client empruntait et lisait régulièrement trois livres par jour — et un soldat d'une autre compagnie se mit à en faire autant. Le premier descendit alors à deux hvres par jour, se rendant compte que ses efiforts pour maintenir sa suprématie parmi les mangeurs de livres coûtaient trop à son endurance. Au Camp Gordon un exemplaire de « The Doctor », de Ralph Connor, passa en quarante-huit mains en un mois.

Il y avait entre les différentes unités une amusante rivalité à qui serait la plus sa.vante. Certains soldats essayaient de montrer leur érudition à la bibliothèque. Un d'eux disait à un bibUothècaire de camp : « Un oopain m'a parlé d'un livre de Porter intitulé « The Thresher ». On lui donna « The Harvester » de Gene Stratton Porter et il se trouva que c'était bien ce qu'il désirait. On demande, comme de juste, beaucoup de romans poUciers et d'histoires d'aventures. Les soldats veulent des hvres de même genre que ceux qu'ils ont déjà lus. Ils se détendent l'esprit à reprendi'e les livres de Conan Doyle, R. L. Stevenson et Stanley Weyman. Le temps étant précieux, certains ne se risquent pas à prendre des nouveautés dont ils ne sont pas sûrs, mais

BALLOTS DE REVUES AUX BIBLIOTHÈQUES DES OAMfS CUSTER ET LEE

préfèrent retourner aux vieux auteurs qui leur sont familiers. Un jeune soldat qui avait passé plus d'un an à l'hôpital demanda un exemplaire de « Green Mountains Boys » de Thompson et après l'avoir gardé un certain temps, il dit à la bibhothécaire : « S'il vous plaît, Madame, est-ce que je peux garder ce livre tout le temps que je serai ici ? Je préférerais le lire cent fois que de Hre n'importe quoi d'autre, et je ne suis pas en train de lire très souvent ». Inutile de dire qu'on accéda à sa demande et qu'on l'assura qu'il pouvait garder le livre aussi longtemps qu'il le voudrait.

Des surprises étaient souvent réservées aux bibliothécaires qui croyaient que les hommes ne s'intéresseraient qu'aux romans. Un d'eux qui débutait dans un nouveau poste s'attendait à ce qu'on vînt emprunter d'abord quelque livre par G. B. Mac Cutcheon ou Jack London. Il fut plutôt abasourdi quand le premier client qui se présenta lui demanda « Périclès » de Shakespeare. Un autre rapportait que 90 pour cent des hvres mis en circulation n'étaient pas des romans, mais surtout des ouvrages techniques, des livres en français, des ouvrages historiques ou sur la guerre.

Un simple soldat demanda un livre récent sur les moteurs électriques et le bibhothécaire du camp lui montra ce qu'il considérait comme le meilleur ouvrage sur le sujet. « Oh ! c'est moi qui ai fait les dessins poiu" ce hvre », dit-il. « Je veux quelque chose de mieux que ça ! »

Les officiers zélés étudient avidement des ouvrages sur leur profession et des traités techniques sur la

science militaire, la télégraphie, les moteurs à essence, la signalisation et les transports. Le bibliothécaire du Camp Upton déclarait que des officiers ont eu recours à la bibliothèque pour approfondir les détails techniques de leur arme ou de leur service et ont fait valoir le prix des bons ouvrages de propagande pour former le moral des soldats.

Un soldat du génie demanda au Camp Devens des livres exposant la psychologie du camouflage. Il était quelque peu artiste et avait fait avec succès de la photographie des couleurs. Il voulait savoir, par exemple, pourquoi l'œil ne peut découvrir une ombre là où l'on a peint des lumières à la place naturelle des ombres. On lui trouva ce qu'il cherchait et il réussit à dissimuler des canons avec de la peinture au point de tromper son propre capitaine.

A la Station d'Entraînement Naval des Grands Lacs les hommes se livrent à des études systématiques et il leur faut des ouvrages spéciaux sur les mathématiques, la mécanique, l'histoire et les langues.

Un homme s'adressa un jour au bibliothécaire d'un camp au Texas pour lui demander s'il n'avait pas par hasard un livre contenant les différents traités et les conférences de La Haye précédant la guerre. Il allait passer un examen pour être officier cet après-midi même et il avait à se mettre ces dates-là dans la tête en peu de temps. Il trouva les renseignements demandés dans « Modem European History » de Hazen et dans « Diplomatie Backgrounds » de Seymour.

Les premiers bulletins de demande remplis au Camp

Sherman mentionnaient des livres sur l'évaluation des biens publics, deux livres en hollandais, des Uvres sur la conservation des ressources nationales et un dictionnaire roumain-anglais. Le bibhothécaire put tout fournir sauf ce dernier livre qui fut demandé à la direction.

Un autre bibhothécaire de camp écrivait que les manuels de français, les manuels militaires autres que ceux pubhés par le Gouvernement, les livres sur l'aviation, les exercices physiques, l'hygiène, la tenue des Uvres, les manuels élémentaires d'anglais, les histoires et les hvres sur les étoiles étaient fort demandés, alors que dans un autre camp on réclamait des revues et des chansons françaises. On manifestait un intérêt particuher pour les livres de voyages et de descriptions concernant la France. Les hommes voulaient se renseigner sm* les coutmnes, la monnaie et le genre de vie du pays qu'ils s'attendaient à voir. Le nombre de Bsedekers pour l'Europe qu'on demanda pendant les premières années de la guerre eut tôt fait d'épuiser les stocks des hbraires américains. Par suite de notre entrée en guerre, il devint impossible d'en importer d'Allemagne. Il n'en était pas moins désirable que nos soldats qui allaient se rendre à l'étranger pussent se famihariser avec les pays qu'ils devaient visiter. On leur conseilla de lire ces guides, surtout ceux pour la France, l'Angleterre, la Belgique et l'Itahe. Les personnes qui en avaient, répondirent avec empressement à l'appel adressé, se rendant compte qu'en les donnant aux soldats ils retournaient ses propres canons contre l'Allemagne.

On étudiait et l'on manipulait les cartes jusqu'à ce qu'elles fussent en lambeaux. Autom* d'une on voyait souvent un groupe d'une douzaine d'hommes. Les soldats ne demandaient pas seulement des cartes de leur région, mais encore de l'endi'oit où ils étaient et des endroits où ils pouvaient croire qu'ils iraient, y compris les cartes du théâtre de la guerre. On fournissait à toutes les bibhothèques de camp de bons atlas et de bonnes cartes murales. Les cartes routières des différents États où se trouvaient les camps et les cartes topographiques du voisinage immédiat, étaient très utiles et populaii*es.

« Notre carte du front occidental est très populaire, avec sa ligne, qui est continuellement à jour », écrivait le bibUothécah-e d'un hôpital. « Je crains que nous n'anticipions souvent sur les avances. Un oflficier pense que nous essoufflons l'armée. Les soldats d'outre-mer se tiennent sur leurs béquilles et recherchent les endroits où, dans lem* langage, ils ont attrapé leur affaire, puis retracent les hôpitaux où ils ont été traités. »

Le hvre qui fut le mieux accueilli dans une bibhothèque d'hôpital, était une géographie. Dès qu'on eut ouvert les caisses, elle devint un centre d'attraction et une demi-douzaine d'hommes au moins se plongèrent dans l'examen de ses cartes.

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