In Ruhleben ; Letters from a Prisoner to his Mother
enlevés par les gardes au bureau des colis avant que ceux-ci fussent remis à leurs destinataires. Mais dans l'été de 1915, les autorités se relâchèrent et permirent la vente du Berliner Tagehlatt, de la Vossische Zeitung, de la Berliner Illustrierte Zeitung et du Woche.
Les prisonniers publiaient une revue Au Camp de Ruhlehen qui reflétait les fluctuations de leur pensée. Un loustic se moquait de ceux qui voulaient apprendi'e plusieurs langues à la fois. « Je ne suppose pas », disaitil, « qu'il y ait un seul homme dans le camp qui ne puisse vous demander comment vous vous portez, comment vous alliez hier, dans une demi-douzaine de langues, mais je doute qu'il y en ait plus de dix qui soient capables de dire ce qu'ils ont de détraqué en trois ». Le club oratoire discutait des sujets comme <( une résolution portant que les camps de concentration sont un des côtés essentiellement rétrogrades de la guerre » ; « qu'il devait y avoir une taxe sur les célibataires » (l'assemblée décidant de bon cœur que le célibat était une taxe assez lourde en soi, vu qu'ils avaient vécu en état de célibat forcé depuis l'ouverture du camp) ; « qu'il fallait adopter le système métrique en Angleterre », résolution qui n'alla pas plus loin, faute de contradicteur.
L'Armistice souleva la question de ce qu'on pourrait bien faire des livres. On la résout en ce moment en repassant les livres qui arrivent des camps abandonnés à la Bibliothèque Centrale des Étudiants. C'est une institution établie depuis la guerre en vue de fom'nir des livres gratuitement pour des études complémen-
taires aux étudiants qui n'ont pas les moyens d'en acheter eux-mêmes et qui ne peuvent pas non plus en emprunter à une bibliothèque voisine. Dans certains cas, la Bibliothèque paie jusqu'au transport. On peut garder les K\Tes trois mois, et si un groupe en demande un grand nombre, ce qui arrive souvent, il peut en obtenir autant qu'il en veut. La Bibhothèque Centrale \ient encore en aide au Ministère de la Guerre en fournissant une partie des livres dont ont besoin les étudiants mobilisés qui suivent les cours du Gouvernement dans les territoires occupés.