LES PRISONNIERS DE GUERRE SE SONT TOUJOURS INTÉRESSÉS AUX JOURNAUX
teurs britanniques, comme après la guerre il n'y aurait vraisemblablement pas beaucoup d'acheteurs pour le« ouvrages de cette collection.
En août 1915, un comité de quatre personnes fut convoqué à Londres par le D"" C. T. Hagberg Wright pour fournir des livres russes aux prisonniers de cette langue internés en Allemagne. Ce comité anglais, qui fut élargi en octobre 1916, travailla avec le comité russe en Hollande, par l'intermédiaire duquel il fut tout d'abord mis en rapport avec un grand nombre de camps.
Quelques specimens typiques de lettres reçues des prisonniers, tant civils que militaires, montreront quel accueil fut fait à ses efforts.
La première est d'une jeune volontaire, prisonnière à Havelberg, qui avait écrit pour demander un colis de nourriture : « Je suis étudiante, j'ai dix-neuf ans, et me voici prisonnière depuis deux ans et demi, mais ce que je désire, ce serait d'avoir quelques livres pour apprendre l'anglais ; veuillez me répondre si possible. »
Une autre vient d'un jeune soldat : « J'étais élève à l'Institut Oriental de Vladivostock, où j'étudiais le chinois et le japonais, et maintenant, après dix-huit mois de captivité, je m'aperçois que j'ai en partie oublié ces langues. Si c'était possible, je voudrais avoir quelque chose touchant ces deux langues, soit en russe, soit en français, pour me permettre de continuer mes études. »
Un lieutenant russe demanda quelques livres de jurists*
prudence, tels que ceux dont on se sert aux cours de « notre Institut pour l'étude de la neurologie et de la psychologie ».
Un officier chargé de la bibhothèque du camp de Langensalza écrivait : « Notre camp est très grand, et l'on demande continuellement quantité de livres, surtout des livres scientifiques populaires, et des livres sur les questions sociales. »
« Quand on ne nous adressait pas des demandes particuhères », disait le T)^' Wright, « nous envoyions des livres de diverse nature. Pour les simples soldats, deslivres de classe élémentaires et des manuels simples^ des livres primaires de sciences, des livres sur l'agriculture, des ouvrages religieux et les œuvres des grands écrivains russes avaient été choisis. Pour les officiers^ on avait réuni des ouvrages plus avancés, embrassant toutes les branches imaginables du savoir. On a également envoyé un grand nombre de grammaires et de dictionnaires et on en réclame continuellement. On a expédié environ cinquante grammaires et dictionnaires à xA.ltdamm — mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'Océan, si l'on considère que de nombreux camps comptent plus de mille prisonniers. On s'est arrangé pour faire face, autant que possible, aux demandes de hvres d'étude particuliers, mais dans quelques cas, on a eu de grandes difficultés à obtenir ce dont on avait besoin en Russie. »
Dans un rapport manuscrit supplémentaire, le D"" Wright, en exposant l'œuvre ultérieure de son comité, exprimait l'espérance que, quoi qu'on pût penser de
la révolution russe, on n'oublierait pas un seul instant que ces prisonniers souffraient pour la bonne cause, qu'ils avaient perdu leur liberté en tant que camarades de combat des Anglais.
On recevait de tous les camps de prisonniers en Allemagne et en Autriche des demandes de livres — et ceux qui les faisaient ne voulaient pas lire simplement pour tuer le temps ; ils ne se tournaient pas vers les livres comme vers un narcotique ou un amusement — ils voulaient apprendre. Ils organisaient des classes en vue d'aUéger leur captivité en s'instruisant. Les prisonniers russes ne demandaient pas des romans, mais des livres scolaires russes, des grammaires et des dictionnaires de langues étrangères, des ouvrages d'économie politique ou sur l'histoii'e économique de l'Angleterre, des traités de mécanique, d'agriculture ou d'autres sciences appliquées. Du camp d'Altdamm, on réclamait une grammaire chinoise, des ouvrages de chimie, d'électricité et de métallurgie, une grammaire anglaise et un livre de lecture en cette langue. D'un camp près de Magdebourg, on demandait des livres russes de physique et de mathématiques.
Un prisomiier s'exprime ainsi : « J'écris pour vous dh^e que nous avons dans notre camp une bibliothèque et une école, mais nous avons grand besoin de manuels pour l'enseignement primaire et même plus élevé. Nous accepterions avec plaisir des livres en français, en allemand et en anglais, de même qu'en rusfe ».
De Parchim arriva une lettre en date du 26 octobre 1917 : a Plusieurs des maîtres ([ui enseignent dans les
écoles du camp ont Fesprit farci de pensées, de rêves et de projets au sujet du travail qu'ils entreprendront dans leur pays après la guerre. Nous comprenons tous que la question de l'enseignement populaii'e va se transformer d'une façon radicale par suite de la situation générale en Russie. On désire même se préparer un peu au travail qui s'annonce. L'école technique américaine, avec ses méthodes d'enseignement, est ce qui attire surtout notre attention. Autant que le temps nous le permet, nous étudions les livres que nous avons sous la main, dans lesquels on apphque ces méthodes à l'Allemagne. Nous désirons vivement avoù* quelques renseignements sur les écoles anglaises, qui semblent avoir de l'analogie avec les écoles américaines. C'est pourquoi je me décide à vous demander de nous envoyer des livres donnant une idée générale des méthodes et de l'administration des écoles anglaises, surtout élémentaires. Il est difficile de croire que vous puissiez trouver un ouvrage de ce genre en russe, surtout ayant pour but de nous renseigner à ce sujet. J'ai commencé à apprendre l'anglais, et j'espère que dans quelques mois je serai capable de comprendre cette langue. »
Des baraques des femmes à Havelberg, la doctoresse Marie Minkewitsch écrivait en date du 4 décembre 1917 : « Si possible, envoyez-nous des revues artistiques et musicales. Nous avons très peu de livres. »
De Plassenbourg, un lieutenant faisait la demande d'une histoire d'Angleterre et d'un dictionnaire russoanglais. A Bischofswerda, un prisonnier disait qu'il avait besoin d'autres livres de sciences, qu'il s'était
intéressé à la psychologie expérimentale et qu'il désirerait aussi avoir un exemplaire des « Études sur les nuages » de Clayden. Le comité du camp de prisonniers de Czersk, à la demande de quelques médecins, demanda « Les maladies du cœur » de Mackenzie, et « Les maladies des enfants » de Hutchinson. Le comité de la bibliothèque du camp de prisonniers pour officiers russes à Bm'g, près de Magdeborug, exprimait au nom des lecteurs « ses sincères remerciements pour le soin continuel qu'on avait pris de leur envoyer la nourriture spirituelle dans la vie monotone du camp ».