‹ Les livres à la guerreChapitre 49 sur 59 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Pour répondre aux demandes instantes d'ouvrages professionnels qui, dès que la paix fut en vue, remplacèrent celles de livres militaires et techniques, l'Association des Bibliothèques Américaines tira à plusieurs millions d'exemplaires des listes soigneusement établies d'ouvrages concernant les différents métiers. On les envoya aux bibliothèques de camp, aux bibliothèques subsidiaires, aux centres de repos, aux bibliothèques pubhques, et on put même se les procurer à des agences de distribution d'un nouveau gem'e, comme les arsenaux, les banques, les clubs, les chambres de commerce, les bureaux de placement, les fabriques, les hôtels, les bureaux de poste, les restaurants, les magasins et les gares.

Les hommes, qui se relâchaient et ne savaient quoi faire, accueillirent avec faveur ces guides susceptibles de leur servh' dans leurs travaux futurs. Beaucoup désiraient changer d'emploi civil. Par exemple, de jeunes hommes qui n'avaient jamais travaillé dans des fermes, montraient beaucoup d'inchnation pour l'agriculture, se rendant compte qu'ils ne pourraient plus supporter

une existence renfermée. Dans un hôpital, on demanda dans une seule salle le même jour, des livres sur les divers sols, la culture des baies, l'élevage de la volaille et les différentes races d'animaux domestiques.

Au Fort Leavenworth, un Italien qui avait trouvé les « Principes d'Agriculture » de Bailey sur les rayons, demanda si l'on allait avoir des ouvrages plus élémentaires sur ce sujet. « Après la guerre, je vais m'attacher à la terre », expliqua-t-il, « aussi j'étudie maintenant le fermage ». Dans la même salle, un jeune lieutenant et un simple soldat qui désiraient tous les deux un ouvrage sur les tracteurs agricoles, partagèrent le volume de bon cœur.

Les jeunes gens des fermes en avaient assez de voir des destructions et étaient enclins en général à retourner à une existence qui leur permettrait de surveiller la croissance des choses. Eux aussi étaient avides de s'instruire. Un cultivateur disait : « J'ai travaillé à la ferme toute ma vie, mais je voudrais bien apprendre ce qu'il y a de neuf dans les Uvres là-dessus. » A Chelsea, un jeune marin s'appropriait tous les ouvrages qu'il pouvait trouver sur les sols et l'élevage de la volaille. « Le copain peut avoir les livres d'aventures, si j'ai ceux-ci », déclarait-il.

A l'hôpital du Camp Dodge, un homme, qui ne pouvait se mettre à lire une histoire, éprouva un grand plaisir, quand le bibliothécaire lui suggéra de lire des livres sur son métier. Il sortit de la bibliothèque un livre d'électricité sous le bras et un sourire épanoui sur son visage. Un autre soldat qui était sténographe

avant la guerre, profita de son séjour au camp après l'Armistice pour étudier les nouvelles méthodes commerciales.

Le bibliothécaire d'un hôpital de débarquement rapporte que l'ouvrage de Hiscox sur les moteurs à gaz avait la marque de tous les pouces d'une salle et qu'il avait failli y avoir une bataille, parce qu'un homme ' avait caché le livre sous son matelas, tandis qu'il était soTti une après-midi.

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