LA SCIENCE MILITAIRE
Que les officiers et les soldats aient été dans les camps d'entraînement des élèves studieux en science militaire, c'est ce qui est prouvé par l'usage constant qu'on faisait dans les bibliothèques de camp des manuels militaires et des autres livres sur l'art de la guerre.
Un jour bien choisi, on découvrit qu'au Camp Meade, où la collection militaire comptait plusieurs milliers de volumes, plus d'un quart des volumes consultés dan»
fa
les baraques roulaient sur la science militaire. Une des demandes faites par le bibUothécaire avait pour objet des exemplaires de tous les différents manuels publiés à l'usage des officiers par le Ministère de la Guerre — du moins de ceux qui n'étaient pas confidentiels. Beaucoup d'hommes désiraient se mettre au courant d'une arme particulière pour devenir sous-officiers et même officiers.
Un bibliothécaire écrivait : « Pour montrer combien le soldat américain prend son métier à cœur à présent, il suffit de savoir que le livre intitulé « First Call » d'Empey ne fut demandé que lorsque je l'eus reclassé sous l'étiquette « Science Mihtaire ». Les ouvrages techniques sur la guerre sont beaucoup plus demandés que les autres en dehors des romans. On lit plus de livres sur les mitrailleuses, les automobiles et l'artillerie que de manuels d'infanterie. Sur la ligne de feu les hommes lisent avec avidité des ouvrages sur les tireurs d'éhte et les éclaireurs. A part la science mihtaire, ce sont les mathématiques qui viennent en tête des ouvrages sérieux. On étudie principalement l'algèbre et la géométrie plane. »
Au Camp Mac Arthur, il y avait une bibliothèque mihtaire de quelque deux mille volumes, en plus d'environ deux mille hvres relatifs à la guerre — roman, histoire, journaux. Bien qu'il y eût plus de cent exemplaires des « Règlements pour les manœuvres de l'Infanterie » (Infantry Drill Regulations) de Moss, les demandes dépassaient souvent la réserve. Un jour, le bibhothécaire annonçait l'arrivée de seize mille hommes
du « Signal Corps » (Services des postes, télégraphes, téléphones, signaUsation) et déclarait qu'en conséquence, on lui demandait beaucoup de livres sur l'aéronautique. Comme la section du « Signal Corps «-était à trois milles de la bibliothèque principale, il estima que beaucoup des volumes qu'on désirait devaient être répartis entre les bibliothèques volantes. Dix exemplaires de chacun des ouvrages figurant sur une liste qui avait été approuvée furent envoyés à ce camp.
La bibhothécaii'e de l'hôpital WiUiamsbridge à New- York reçut un jour une demande de livres sur la télégraphie sans fil. Sachant qu'elle n'avait que peu de livres sm' ce sujet et aurait à en commander d'autres, elle demanda au soldat de marquer sur les derniers Booklists de l'Association des BibHothèques Américaines le titre des ouvrages qu'il désirait particuUèrement. C'est ce qu'il fit. D'autres cochaient les titres d'ouvrages sur les moteurs à gaz et la mécanique, et le Booklist devint l'une des revues les plus populaires à l'hôpital.
La nouvelle de l'étabUssement d'une école vétérinaire au Camp Lee signifiait pour la direction de l'Association des Bibhothèques Américaines qu'on pouvait s'attendre à de nombreuses demandes de livres sur la science vétérinaire émanant de ce camp.
Il n'y avait presque rien de disponible en ce qui concerne l'emploi des pigeons dans la guerre moderne et les hommes eurent vite fait de s'en apercevoir. « Vos livres sur les pigeons ne sont pas ce qu'il nous faut », disait un soldat au Camp Custer. « Nous désirons quelque
chose de pratique sur les soins et le dressage à donner aux pigeons voyageurs. La plupart des ouvrages sont pour les amateurs et ils ne servent à rien à l'école du pigeonnier, où nous dressons des pigeons pour l'armée et où l'on nous enseigne à les dresser et à en prendre soin. »
Une demande qui exigea un temps considérable pour le choix des sujets émanait d'un officier du Camp Lee qui désirait avoir pour la salle de police quelques livres susceptibles d'inpsirer le respect de l'autorité mihtaire aux hommes qui s'étaient rendus coupables de manquements à la discipline.
« Je voudrais que vous me renouveliez ce livre pour deux semaines », telle était la requête d'un soldat qui rendait un volume. « On ne peut pas avancer très vite dans la lecture d'un livre sur les explosifs modernes à haute puissance après une diu'e journée de travail sur le champ de bataille et, de plus, c'est un gros livre. »
Au Camp Jackson c'étaient les hvres sur l'artillerie de campagne qu'on demandait le plus. Très souvent un officier se présentait à la bibliothèque en disant : « Le commandant m'a dit de faire telle chose et je ne me sens pas très calé siu" le sujet. N'auriez-vous pas quelques livi-es susceptibles de me tirer d'embarras ? » Les sous-officiers et les soldats venaient constamment à la bibhothèque en disant que leurs heutenants les y envoyaient pour chercher tel ou tel renseignement.
On s'attendait à ce que les ouvrages techniques accumulés dans les bibhothèques de camp fussent de premiière importance pour l'entraînement intensif, dans
les écoles et les collèges, des hommes qui se trouvaient dans les camps, ou étaient sur le point d'y être appelés, ainsi que de ceux qui venaient se faire inscrire conformément à la loi de sélection projetée par le Comité de l'Enseignement et de l'Entraînement Spécial, mais avec l'Armistice, les demandes d'ouvrages militaires subirent une baisse accentuée, tandis qu'augmentaient en proportion les demandes de livres sur « le métier qui vous attendait à la maison ».