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L ETUDE DU FRANÇAIS

Pendant l'été de 1918, il y avait plus de cent mille soldats qui apprenaient le français aux États-Unis, Pour les aider dans le travail intensif auquel ils devaient se livrer avant d'être aptes à servir en France, l'Association des Bibliothèques Américaines acheta des milliers de manuels, de hvres de lectiu-e et de dictionnaires. Beaucoup d'ouvrages utiles à l'étude de cette langue furent offerts par des amis qui s'y intéressaient. Un certain nombre de livres siu* la quantité de ceux qui ont pour objet l'étude du français portent le cachet de •corps aussi autorisés que la National Security League, le United States Marine Corps Publicity Bureau, et le Ministère de la Guerre des États-Unis.

Celui qui avait appris le français au collège découvrit que sa connaissance de cette langue restait « insipide, démodée et inutilisable « tant qu'il ne s'était pas familiarisé avec les comphcations idiomatiques et le vocabulaire courant des tranchées françaises.

On nous rapporte que certains officiers britanniques, conscients de leur insuffisance linguistique, laissent le soin de parler français aux « tommies )> qui mettent moins de manières à faire montre de leurs talents. La façon dont ils estropient la langue n'est compensée <jue par une certaine appropriation. Dans l'emploi des expressions nouvelles, ils essaient d'imiter leurs camarades français. A l'hôpital, ils apprennent ce que c'est que le billard et les pageots. Aux tranchées ils marchent

dans les boyaux et entendent le fracas du bronze. Les Allemands deviennent les taupes, la baïonnette un curedents, ou un tire-boche, voire un tourne-broche. Ils parlent du moulin à café, du boulot et trouvent un petit homme loin du ciel. Leur désir est de connaître les mystères de Pantruche, autrement dit Pa7iam. Quand ça ne va pas, ils murmm-ent, goguenards : c'est la guerre. Aprèsla guerre devient pour eux la définition du ciel.

Le soldat anglais déclare que le plus grand reproche qu'il fasse au français, c'est de ne pas se prononcer comme il s'écrit, les lettres et les groupes de lettrei^ n'ayant pas en français et en anglais la même signification phonétique. S'il parle parfois couramment, il faut être expert pour le comprendre. Il sait toutefois qu'on ne doit pas confondre les pruneaux avec le singe, le fus et la lavasse.

La Tour de Babel perd de son importance dans la confusion des langues aux tranchées françaises. Mais après tout c'est la guerre !

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