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ESSAIS D'ÉTUDES BIBLIOGRAPHIQUES

Les Liyf^es Cartonnés

GRIPPA (H. G.) De inccrtitudine et vanitate scientianun, Antverpiœ, 1530, pet. in-4.

David Glément, dans sa Bibliothèque curieuse, Gottingue, 1750-60, 9 vol. in-4 (1) donne, t. I. p. 81-8P, des détails sur plusieurs des plus

(1) Cet ouvrage n'a pas été achevé ; il s'arrête au mot Hesiodus ; le Manuel du Libraire le sig'nale comme un répertoire utile renfermant des articles fort curieux, au milieu de trop de choses insig-nifiantes. Selon Renouard, {Cat. d'un amateur. IV. 231) Clément était un peujaseur, " .et donnait volontiers brevet de rareté à certains livres, " afin de se donner le plaisir d'en rendre compte. « A partir du 7« vol. la rédaction est bien moins soignée. En 1784, le libraire Dusaulchoy. à Bruxelles, possesseur du manuscrit jusqu'au Z inclusivement, annonçait la prochaine publication du tome X, mais rien n'a paru; nous ignorons ce qu'est devenu ce manuscrit qui, très-probablement, restera inédit.

anciennes éditions de cet ouvrage, et il rapporte les passages supprimés dans les réimpressions plus récentes.

Ce turbulent personnage, un peu fou et hardi charlatan, se mêlait de cabale et de médecine, prétendait prédire l'avenir, et il eut la maladresse d'annoncer à l'avance de grands succès remportés par le duc de Bourbon, ce qui le fit chasser de la cour de François P"". Il se vantait d'avoir découvert la pierre philosophale et il mena une vie errante et misérable. Précurseur de quelques savants de nos jours, il se prononça vivement en faveur du système de la génération spontanée, question fort controversée.

ANASTASII bibliothecarii. Historia de vitis ro- MANORUM PONTiFicuM, Mogiuitis, 1602, in-4.

On a prétendu qu'un passage relatif à la légendaire papesse Jeanne se trouvait dans l'impression originale de ce volume, lequel fut cartonné avec tant de soin qu'il n'existerait que deux exemplaires intacts. La chose est loin d'être constatée; il s'est élevé k cet égard des polémiques qui ne doivent pas nous occuper ici.

ANGELI, ISTORIA DELLA CITTA DI PaRMA, 1591,

in-4.

Les pages 527-530 ont été cartonnées parce qu'elles cont(;nai(;nt le récit d'un crime atroce commis par un prince de la maison de Farnèse. Voir l'article VARGHL

LIVRES CARTONNES \)

ANSELME DE SAINTE-MARIE, Histoire généalogique de la maison ROYALE, DES PAIRS, ETC., 17:29-1733, 9 vol. in-tbl.

Les amours-propres blessés de quelques familles puissantes rendirent des cartons nécessaires. C'est la 3^ édition de cet ouvrage utile; la première publiée en 1694, ne formait que 2 vol. in-4. Il y a une trentaine d'années, ces 9 volumes se payaient moins de 100 fr., aujourd'hui ils valent bien davantage; nous les avons vu adjuger à 595 fr. en mars 1866 et à 605 vente Cailhava. Un exemplaire en grand papier, relié en maroquin, a atteint 1755 fr. à la vente B*** faite par le libraire Schlesinger en novembre J[866.

APOLOGIE DES FEMMES (par Paulin Crassous), Paris, 1806, in-18, 24 p. Petit poème pour lequel un feuillet a été réimprimé avec quelques changements insignifiants.

ARISTOPIIANIS CoMOEDLE, 1783, 4 vol. in-4. Belle édition donnée par le savant Brunck. Un exempt, unique avec 54 feuillets cartonnés contenant des corrections et des conjectures (1) de l'éditeur,

(1) Boissonade, un des plus savants et des plus ingénieux hellénistes du XIX^ siècle, s'exprime ainsi dans rintéressant article qu'il a consacré à Brunck, {Biographie Universelle,) reproduit dans la publication de ses œuvres choisies par M. Collincamp, sous le titre de : Critique littéraire sous le premier Empire (1863, 2 vol. in-8) t. I. p. 409 : « Brunck s'était persuadé que toutes » les négligences qu'il remarquait dans les poètes grecs

iO LIVRES CARTONNÉS

appartenait à Renouard qui avait acquis une grande

portion de la bibliothèque de Brunck.

AGON, Œuvres, traduites par Ant. Lasalle, an VIII, 15 vol. in-8 (1).

Une demi-feuille fut réimprimée par

suite d une inadvertance que nous fait connaître Renouard, Cat. de la bibliothèque d'un amateur, 1819, t. I, p. 193.

Lasalle, dans une de ses lettres a l'imprimeur, lui avait écrit au sujet d'une note :

(( Cette fin serait trop claire et par conséquent « trop dure. Tant que nous ne dirons que des « choses générales, on n'osera se faire des applica- « lions, et nous pourrons toujours dire : Si ce por- « trait de coquin ne vous ressemble pas, de quoi

" n'étaient que des négligences de copistes. D'après cette " conviction, il corrigeait les vers, les déplaçait, les " bouleversait avec une audace souvent heureuse sous le " rapport du goût et du sentiment poétique, mais ces " hardis changements que les anciens eux-mêmes n'au- " raient peut-être pas toujours désavoués, étaient sous " le rapport critique absolument condamnables. Cette •• manie de refaire les textes dépare quelquefois les V éditions qu'il a données au public; il corrige trop sou- " vent sans autorité et de pure fantaisie; aussi le voit-on " en plus d'un endroit, se repentir en note de la correction " mise dans le texte, en proposer une autre dont il se " repent encore dans le supplément. »

(1) Cette traduction est fort inexacte ; on a reproché à Lasalle d'avoir substitué ses idées à celles du philosophe anglais. Voir à ce sujet un écrit de Luc, intitulé : ^acon tel qu'il est, ou Dénonciation d'une traduction française . Berlin, 1800, 8^

(( VOUS plaignez-vous? et s'il vous ressemble, vous « méritez quelque chose de mieux que des paroles. « Tom. XH, p. 261. »

Et tout cela fut imprimé comme faisant partie de la note elle-même.

BAYLE (Pierre), Dictionnaire historique, Rotterdam, 1720, 4 vol. in-fol.

Des retranchements ont été faits après coup; répître dédicatoire, adressée au duc d'Orléans, manque dans de nombreux exemplaires; 19 vers de H. P. de Limiers, à la louange du même prince, gravés au-dessous de son portrait, se trouvent trèsrarement, et au tome II, deux articles concernant David, le roi des Juifs, ne sont presque jamais entiers; le premier occupe les pages 964 et 965; le second est imprimé en forme de carton sur trois feuillets chiffrés 965-968.

Voir le Gat. des livres de M. d'O... (le comte d'Ourches), rédigé par M. J.-Gh. Brunet. 1811. nM534.

BEAUMONT(Sir John) Bosworth-fifld. London, 1629, pet. 8^

Les pages 181-182 manquent dans tous les exemplaires connus. Ce poème a été réimprimé en 1710, et Ghalmers l'a compris dans sa collection des Poets de la Grande-Bretagne.

BERNIS, Œuvres, Paris, Kerhan, 1803, 2 vol. in-12.

Un carton devint nécessaire par suite d'une faute

il LIVRES CARTONNÉS

d'impression dans cette édition, un des plus anciens et des plus élégants stéréotypes. Renouard {Cat. d'un amateur, t. III, p. 45) raconte ainsi le fait :

« A la page première, la lettre s du mot figuris, {( se casse, comme on allait commencer le tirage. « Les ouvriers, se souvenant que c'était quelque {( chose ressemblant à un datif, en fabriquent un à (( leur manière, corrigent figuribus et mettent sous (( presse sans en référer, ni à maître, ni à correc- (( teur. Le livre se publie avec cette belle faute, « mais heureusement elle fut promptement signa- (( lée, et le feuillet remplacé par un carton. Ce fut « une dame aussi spirituelle qu'instruite et modeste « (M"^'' T...) ({ui remarqua cette singulière bévue et « qui nous en avertit. Dans mon exemplaire, le « carton figuribus est conservé, et il sert au moins « à prouver la vérité de l'historiette. »

BIBLIAhebraica,Mantov^, 5502 (17i2),2 vol. in-4.

Un carton pour rétablir les versets 26 et 27 du chapitre XI d'Isaïe, omis dans la plupart des exemplaires.

Le texte de la Bible aurait dû être imprimé avec un soin scrupuleux, et toutefois il y a des exemples d'incorrections choquantes. L'Angleterre en fournit des exemples assez curieux. Dans une édition de 1632, le mot not (pas) fut oublié dans le 7« commandement (1). Lne édition, publiée sous le règne

(1) Cette édition, ayant été supprimée, est tellement rare qu'un bibliophile anglais, M. Steevens, paya 50 guinées un exemplaire qui avait été découvert en Hollande.

de Charles 11, omit . également la négative au psaume XIV, v. 1. (The feob fias said in lus heartfi : tkere is a Cad); on prétend que le malheureux typographe fut condannié à une amende de 3000 livres sterling (somme énorme, surtout à cette époque), et l'édition entière fut détruite.

BIBLE. La belle édition de Cambridge, 1638, offre (Actes VI, 3) une grave erreur en mettant ye (vous) au lieu de we (nous). Une Bible, Londoii, 1635 (imprimée en réalité en Hollande) présente de nombreuses et grossières bévues ainsi que celle de Cambridge, 1653, in-24, imprimée en caractères très-fins; D'Israeli, dans ses Curiosities of littérature, a placé un chapitre intitulé : Pearl Bibles and six tliousand Erratas, dans lequel il signale quel- (]ues-unes de ces fautes étranges (voir aussi Lowudes, p. 187). A ce propos, on peut mentionner une double et étrange interpolation qu'on rencontre dans une édition du Nouveau Testament en français, LoMt'«m, 1672, reproduite à Bordeaux en 1686; les mots messe et purgatoire sont placés dans deux passages des Actes. Ces éditions ayant été supprimées, sont devenues fort rares; on les recherche vivement en Angleterre, et un journal bibliographique publié à Leipzig, le Serapeum, (1849, p. 381,) dit qu'à la vente Lyte, en 18-49, un exemplaire de l'édition de Bordeaux s'éleva au prix énorme de 26 liv. st., 5 sh. (661 fr. 50). Un autre exemplaire figure au catalogue (p. 724) de la riche Bibliotlieca Grenvilliana, léguée au Musée britannique. Le doc-

teur Cotton a publié, en 1863, un Memoir sur ces éditions.

BIBLIOTHEGA Fr\trum Polonorum, 1656. 8 vol. in-fol.

Des cartons aux pages 2 et 11 du premier volume de cette ample collection, bien délaissée aujourd'hui, d'écrits anti-trinitaires. Les exemplaires en grand et en petit papier présentent quelques différences que signale le Manuel du Libraire, t. I, p. 922.

Consulter au sujet de Fauste Socin, J. Toulmin, Memoirs of tire Life, ckaracter and writings of Faustiis Socinus, London, 1778, 8°; Amphoux, Essai sur la doctrine Socinienne, Strasbourg, 1860, H^. Voir aussi Wallace, Anti-trinitarian Biograpliy, London, 1850, 3 vol. 8°, 1770 pages.

BIBLIOTIIËÛUE HISTORIQUE, ou RECUEIL DE MATÉ- RIAUX POUR SERVIR A l'histoire. Paris, mars 1818avril 1820. 14 vol. in-8.

La police exigea un carton au feuillet p. 124-125 du tome I*^'". Ce recueil, rédigé par Cauchois Lemaire. Chevalier, Raynaud et autres, était fort hostile à la Restauration; en janvier 1820, son éditeur Gossain, fut traduit devant la cour d'assises de la Seine : 1" pour avoir attaqué les articles 4 et 9 de la Charte; 2° pour avoir outragé la morale publique et religieuse. Un arrêt du 14 décembre 1818 ordonna la destruction des 2% A" et 5« cahiers du 1*^'' vol. et des i", 3'' et 6« cahiers du second.

Le U'^ vol. se termine à la seconde livraison; M. Hatin, dans son très-utile et très-savant travail : Bibliographie de la presse (Paris, Didot, 1866J indi- ([ue cinq opuscules qui complètent ce volume.

BLASONS, Poésies anciennes, recueillies par D. M. M*** (MÉON), Paris, Guillemot, 1807, in-8.

Édition très-incorrecte, faite sans aucun soin ; des vers entiers sont omis ; dans la plupart des exempt, il y a un carton pour les pages 53 à 64 retranchées k cause de deux pièces écrites avec une naïveté d'images et une crudité d'expressions qui ne scandalisaient personne au moyen âge mais qui de nos jours, paraissent inadmissibles ; ces blasons se trouvent dans un petit volume d'Eustorg de Beaulieu : Les Divers rapportez, (Lyon, Pierre de Saincte Lucie, 1337), livret devenu tellement rare que Texemplaire qui figure au catalogue de la riche bibliothèque de M. Cigongne (achetée en bloc par le duc d'Aumale) passe pour le seul que l'on connaisse (1).

BLOMEFIELD (Francis). Collectanea canta- BRIGIENSIA, 1736, in-8.

Livre en anglais, malgré son titre latin. L'auteur s'était laissé aller à publier quelques documents se rapportant k des localités en dehors du comté de

(1) Ce catalogue, Patois, 1864, iii-8, rédigé avec le plus grand soin par M. Le Roux de Lincy contient une collection incomparable de tout ce que l'ancienne littérature française offre de plus précieux.

Cambridge ; il supprima ensuite les pages étrangères au plan dans lequel il voulait se renfermer.

BOCCACIO. Il Decamerone ricoretto, in Roma, emendato seconda Cordine, del S. ConcUio di Trento, Firenze, F. etJ. Giunti, 1575, in-4.

Cette édition a éprouvé de nombreuses mutilations dans les passages (assez nombreux d'ailleurs) susceptibles de choquer les personnes quelque peu scrupuleuses ; elle a été plusieurs fois réimprimée, mais le texte primitif est celui qui est habituellement reproduit.

Dans la traduction anglaise du Décaméron, pubhée à Londres par le libraire H. Bohn, 1845, in- 12,onacru devoir insérer en italien des passages qui auraient effarouché la pruderie britannique. Voir entre autres la 10^ nouvelle de la 3*^ journée, p. 193.

BOCCACE. Décaméron, traduict en francoys par Ant. Le Maçon, Paris, Est. Roffet, 1545, in-fol.

Le Manuel du Libraire ne dit pas qu'une gravure sur bois se trouve en tête de chaque journée; il ajoute: « un exempt, en mar. rouge, payé 180 francs vente Bertin, mais moins cher ordinairement;» aujourd'hui on paye bien plus cher; en 1870, à la vente Potier, un bel exempt, a été adjugé à 900 francs, et il dépasserait sans doute ce prix s'il se montrait derechef dans une de ces ventes que dirigent MM. Labitte ou ïéchener. La traduction de Le Maçon a été plusieurs fois réimprimée au

xvr siècle, mais à partir de 1570, la plupart des éditions sont mutilées en divers endroits.

La traduction précédente donnée par Laurens du Premierfaict a été encore plus maltraitée ; la Monnoye dans une de ses notes sur la BWliotlièque fvançoise de La Croix du Maine (édit. de 1776, 6 vol. in-4), avance qu'à « la place de l'original, » le prétendu traducteur en a substitué de nou- » velles fort plates. » Grave inculpation qu'il y aurait intérêt à vérifier, mais les points de comparaison sont difficiles à rencontrer, car les deux éditions de cette version, toutes deux publiées par Ant. Vérard, à Paris, 1485 et sans date, sont extrêmement rares ; le Manuel ne cite aucune adjudication de la première, et quant à la seconde, il ne parle que de deux exempl. sur vélin, (1) et nous n'avons connaissance d'aucun exempl. sur papier ayant passé en vente.

Il ne saurait être question ici d'entrer dans des détails bibliographiques au sujet du Décameron, nous dirons seulement qu'on trouve des notices sur les sources de cet ouvrage célèbre et sur ses imitations dans un livre très-savant, mais où l'on n'irait pas les chercher : Histoire de la poésie

(1) Un d eux est décrit en détail dans le Catalogue des livres sur vélin de la Bibliothèque du Roi, par Van Praet, tome IV, p. 283.

Scandinave par M. Edelestand du Méril, Paris, Brockhaus, 1839, 8% p. 344-360 (1).

Nous croyons devoir mentionner aussi un travail de M. Felice Tribolati : Diporti litterari sut Decamerone del Boccacio, Pisa, 1873, in-12, X et 290 pages. Parmi les diverses nouvelles qui sont l'objet d'un diporto spécial, on trouve (et nous les rangeons dans l'ordre adopté par Fauteur), la nouvelle 7 de la VHP journée, la l''^ de la P journée, la 1^ de la IP journée (la Fiancée du roi de Garbe, la 10*^ de la X^ journée (Griselidis), la 2« de la II« journée (l'Oraison de Saint-Julien), etc.

BYRON (lord). Don Juan. Les quinze chants de ce poème célèbre parurent successivement à Londres en six parties différentes, les deux premiers

(1) Edelestand du Méril, mort en 1874, a été l'un des plus savants, des plus laborieux philologues du xix^ siècle ; malheureusement, il ne savait pas s'arrêter à temps, il surchargeait ses écrits dune érudition aussi vaste que confuse ; elle déborde dans des notes plus longues que le texte, où s'entasse une multitude de citations polyglottes. Toutefois, ces écrits attestant d'immenses lectures et les recherches les plus persévérantes, seront toujours consultés avec profit. Parmi les ouvrages de M. E du Méril, nous indiquerons les Origines latines du théâtre moderne (1849j; Mélanges archéologiques et littéraires, 1850; Origines de la langue franc aise , 1852 ; Histoire de la comédie. T. I et II, 1854-1867, 2 vol. in-8, etc. En 1856, il publia dans la bibliothèque El^^évirienne le texte d'un poème français du moyen âge : Flore et Blanchefleur en y joignant une introduction dont l'étendue démesurée fut l'objet d'un procès entre lui et M. P. Jannet, l'éditeur de cette collection.

en 1819, les deux derniers en 1824. La publication primitive contenait quelques passages qui ont été adoucis ou supprimés.

AHUSAC. Traité sur la uanse ancienne ET MODERNE. La Haye (Paris), 1754, 3 vol. in-12.

Ouvrage assez curieux, mais fort oublié aujourd'hui. Quelques passages parurent réclamer des cartons.

CALLIMACO. Parma, Bodoni, 1792, in-fol.

Un feuillet de la préface dans lequel l'imprimeur critiquait avec une amertume injuste les types grecs employés par M. Firmin Didot fut remplacé par une appréciation moins rigoureuse.

CHARRON (P.) De la sagesse, Bourdeaux, 1601,

8«, 772 pages (1).

Cette édition originale contient des idées un peu hardies qui soulevèrent de vives attaques; l'auteur jugea k propos de les supprimer ou de les modifier, dans une édition publiée à Paris en 1607; le président Jeannin s'était occupé de cette révision; les

(1) Il existe une réimpression sous la même date, 776 p. Voir sur les éditions originales une notice insérée dans les Archives du bibliophile, 1859, p. 463-467. Le Manuel indique deux adjudications du volume de 1601 à 34 et 43 f r ; il a sensiblement augmenté de prix dans ces dernières années; 145 fr. vente Solar; 205 fr. H. B. (Henri Bordes); 215 ir. Potier en 1870 ; 301 fr. L. de M. en

éditions expurgées sont peu recherchées, et dans diverses réimpressions, on eut soin de reproduire le texte original; G. Naudé nous apprend qu'un libraire de Paris en procura une dans laquelle il ajouta, à la fin du livre, tous les endroits de la première qui « avoient été retranchez ou corrigez. » Les éditions elzéviriennes (1) et celles plus récentes ont conservé le texte de 1601.

CHOISEUL-GOUFFIER(le comte de). Voyage pittoresque DE LA Grèce, 1782-1824, 3 vol. in-fol.

Le Discours préliminaire a été changé, ainsi que diverses pages du l^"" volume, (3 à 7, 131 et 132, 183 et 184); il y a eu trois tirages successifs; dans le premier, ce discours finit à la 4« ligne de la page 16 par ces mots : exoriare atiquis; dans le second tirage, une rédaction nouvelle se termine à la ligne 22 de la page 12 par les mêmes mots; dans le troisième tirage, le texte, à peu près semblable à celui du second, finit à la ligne 34 de la page 12 par les mots : 0 utinam.

(1) Les Elzevier ont publié quatre éditions différentes de la Sagesse. Le Alanuel ne signale qu'une adjudication de celle de 1646: 50 fr. Mac-Carthy en 1816. Depuis, en nous bornant à ce qui a dépassé 100 fr., 107 fr. Tufton, 145 fr. Villestreux, 151 fr. E. Martin. L'édition sans date 199 fr. H. B., 274 fr. Villestreux, 310 fr. Benzon. L'édition de 1662, 131 fr. broché, Chédeau; 251 fr. raar. Villestreux et 504 fr. cartonné, môme vente, n» 70 ; cet exemplaire était probablement le même que celui qui fut successivement payé 170 fr. F. Didot, 330 fr. Bérard, et 141 fr. Piierécourt.

LIVRES CARTONNES

CHOIX DE MAZARINADES publiées par C. Moreau. Paris, 1853, 2 vol. gr. in-8.

M. C. Morcau est sans contredit, en France, la personne qui connaît le mieux les moindres détails de riiistoire de notre pays pendant la minorité de Louis XIY. On lui doit une excellente Bibiiographie des Mazarinades, Paris, 1850-51, 3 vol. in-8 (1), qui énumère 4311 articles et qui toutefois n'est pas complète, car M. Ph. van der Haeglien en a signalé quelques autres (Bulletin du Bibliophile belge, t. XV, p. 382 et 395) et M. Moreau lui-même a inséré dans le Bulletin du bibliophile de Téchener (janvier 1862, XV« série, p. 781-829) un supplément à joindre à sa Bibliogmpliie (209 articles). Le Choix qu'il a publié se compose de pièces ayant un intérêt historique ; celles en assez grand nombre qui sont licencieuses et burlesques ont été écartées, et toutefois quelques passages des morceaux admis dans le Choix ont paru devoir réclamer des cartons. Quelques mazarinades que M. Moreau n'avait pas admises (la Pure vérité cachée, la Miliade, la Lettre de Polichiyielle, etc., ont été réunies dans un volume in-18, publié en 1867. Amsterdam (Bruxelles, Gay; 100 ex. et 6 sur vélin) avec un avant-propos signé Philomneste junior (Gustave Brunet), lequel contient des détails assez étendus relatifs à la bibliographie des Mazarinades.

(1) M Avenel a rendu compte de cet important travail dans le Journal des Savants, juillet 1854.

CIRILLO (Angelo). Lettere. Venezia, 1608. Des cartons furent nécessaires pour la circulation de ce volume.

COLLETET. Cymiade, ou les deux victimes, tragicomédie. Paris. Courbé, 1642, 4°.

Un carton dans quelques exemplaires pour les pages 73-74, 79-80 ; il paraît destiné à rétablir ce vers que la censure avait retranché :

« Sacré respect des Dieux, quoy que tu me retiennes. »

(Gat. Soleinne, n° 1199.)

CONDILLAC, Cours d'études pour l'instruction DU PRINCE DE Parme, Deux-Ponts, 1782 (Parme, Bodoniy 1775), 13 vol. gr. 8°.

La cour d'Espagne, émue de la hardiesse de quelques idées, s'opposa à la publication, et, sept ans après seulement, Bodoni fut autorisé à mettre en vente son édition, après y avoir mis l'indication supposée de Deux-Ponts, et après avoir inséré plusieurs cartons. Il existe quelques exemplaires dans lesquels les anciennes feuilles ont été conservées à côté des cartons. Un exemplaire, avec les feuillets supprimés, et relié en maroquin, a été payé 145 fr. en 1805, à l'une des ventes du libraire Renouard. Voir aussi l'ouvrage publié par ce bibliophile : Catalogue de la bibliothèque d'un amateur, (Paris, 1819, 4 vol. in-8, t. II, p. 2); il possédait un autre exemplaire demi-reliure, avec les anciennes pages réunies à la fin du 13^ volume; à la vente faite en

1853, le prix ne dépassa pas 19 fr. ; les écrits de Condillac ne sont nullement recherchés aujourd'hui.

COiNTl. La Bella manc Parigi, 1582, in-4. • Il y a quelques exemplaires avec un carton aux feuillets 75-82, signés Ciiii-Cvi, au moyen desquels en supprimant le Capitolo di Nastugio di Monte Aleino, on a rétabli en entier la Canzone di Maestro Pagolo da Firenze, dont il n'existait que le commenment dans les premiers exemplaires, morceau que le bibliographe Gamba qualifie d'Una congerie di maledicence contro le piii venerabili autorità. Les pièces préliminaires n'ont plus que 2 fts, parce qu'on a supprimé le privilège de Henri III, et l'avertissement ditïere de celui de l'édition de 1589. La Delta Mano, souvent réimprimée en Italie pendant le xvi« siècle, doit son nom à la belle main de la dame chantée par le poète et à laquelle il revient toujours. Conti, mort en 14i9, est regardé comme l'un des plus fidèles imitateurs de Pétrarque; malheureusement il reproduit les défauts beaucoup plus que les beautés de son modèle.

Voir, au sujet de cet ouvrage, Renouard, Annales des Estiennes, t. II, p. 182; ce savant bibliographe et très-fervent bibliophile possédait un exemplaire qui avait appartenu à l'illustre président de Thou ; il fut adjugé, en 1853, à 165 francs.

CORNAZZANO (Antoine). Proverbii. Parigi, Didot, 1812, in-12.

ii LIVRES CARTONNÉS

Edition donnée par Renouard d'un recueil de nouvelles ; chacune d'elles a pour but de faire la joyeuse application d'un proverbe. Plusieurs éditions avaient paru en Italie au xvi^ siècle, mais elles étaient devenues extrêmement rares, et leur incorrection était excessive. La réimpression fut tirée à 100 exemplaires, plus sept sur vélin d'une finesse remarquable. A une des ventes de Nodier (celle de 1830, n° 671), un de ces exemplaires sur vélin, ayant un carton double, fut adjugé à 120 francs.

COURVAL-SONNET, Satyre Ménippée. (1) Lyon, 1623, 80.

Un exemplaire qui figure à l'un des catalogues de Renouard, contenait l'original et la réimpression d'un feuillet où l'incurie des typographes avait laissé passer des fautes énormes. Le Mamiei du Libraire, t. V, 143, donne de longs détails sur les diverses éditions de ce volume et sur celle des autres productions satiriques de cet écrivain; elles sont aujourd'hui recherchées; de beaux exemplaires des Œuvres satyriques, 1622, 8", ont été adjugés à 300 fr., vente d'un amateur (W. Martin), en avril 1869, n° 614, et 200 fr. en février 1869. Un exemplaire des Satyres, 1626, avec la suite, 1627, est

(l) Ce nom qu'a rendu populaire une satire célèbre publiée à l'époque de la Ligue, a son origine dans la littérature latine. Voir un article de M. Ch. Labitte dans la Revue des Deux-Mondes, V-^ août 1845 : Varrow et les Satires Ménippées.

offert au prix de 500 fr. sur un catalogue du libraire Aug. Fontaine, 1871.

Une réimpression, publiée par J. Gay, de h Satyre Mënippée a paru k Bruxelles, A.Mertens, 1864, in-18, à 100 exenipL, plus 2 sur vélin et 6 sur chine.

ANTE. L'Enfer, traduit par Rivarol, 1783,

in-8.

Des cartons dans les notes. Traduction reproduite dans le tome III des OEuvres de Rivarol. Paris, Léopold Collin, 1808, in-8. Villemain l'apprécie ainsi : « Quelques beautés du poètes sont » transparentes sous le coloris souvent fardé de » l'interprète; le tort de Rivarol est presque tou- » jours la paraphrase et l'élégance au lieu de l'éner- » gi(iue vérité. » De son côté, la Revue des Deux Mondes, dans un article sur les traductions françaises de Dante (novembre 1840), émet un jugement sévère : « Le comte de Rivarol, de spirituelle mé- )) moire, est un traducteur de Dante fort ridicule. » C'est une chose comique de le voir donner des )) leçons de bon goût à l'auteur de la Divine Cc- )) méclie. Tantôt il trouve les noms des démons » mal sonnants; tantôt il renvoie Dante au Diction- » naire de la Fable, ne comprenant pas, le pauvre » homme, que le système mythologique de Dante )) s'écarte à dessein des traditions païennes, parce » qu'il rentre dans la théorie donnée par les Pères » du Polythéisme. » Voir aussi Colomb deBatines.

Bibliographia dantesca, Pmto, MDCCCXXXXV, in-8, p. 252.

DÉLICES (les) DE LA POÉSIE GALANTE. Paris: Ribou, 1663, in-12.

Le cahier K doit avoir 13 feuillets, c'est-k-dire un carton, et les pages 253 et 254 en double.

DEJOUX, Lettres sur l'Italie. 1823.

Quelques passages furent cartonnés.

DELISLE DE SALES. Dictionnaire de chasse et DE PÊCHE, 1769, 2 vol. in-8. Trois feuillets du tome II, p. 35, 65 et 153 ont été cartonnés.

DESCRIPTION HISTORIQUE et géographique de la France ancienne et moderne. Paris, 1719. 2 tom. in-fol. avec 9 cartes, par d'Anville.

Pendant l'impression de cet ouvrage, l'abbé Beraud, de concert avec l'abbé Legrand, l'abbé Fleury et Denis Godefi'oy, firent, par ordre du Régent, des changements et des retranchements que l'auteur ne voulut pas admettre. La publication du livre fut retardée de trois années : il parut enfin, en 1722, avec des cartons et un nouveau titre qui ne porte ni le nom de l'auteur, ni celui du lieu d'impression. Les exemplaires avec l'épître dédicatoire au roi el les 6 feuillets supprimés ont seuls quelque valeur. L'avertissement et les cartons SQnt attribués k l'abbé Fleury.

DESFONTAINES. Les Bai.ss de Diane. Paris, 1769, in-8.

Un exemplaire ayant à la fin les cai'tons qui renferment les variantes, figure cat. Dinaux, l""*^ partie, 1864, n° 3348.

Ce volume, fort médiocre au point de vue poétique, est toutefois d un prix élevé. (M. Cohen l'évalue de 40 à 50 francs, par le motif qu'il rentre dans la catégorie de ces livres illustrés par les vignettistes du xviii« siècle, si fort à la mode aujourd'hui; il contient un très-beau titre et trois estampes gravées d'après Marillier.

DESPERRIERS (Bonaventure). Contes ou récréations. 1735. 3 vol.

Un exemplaire porté au catalogue de la vente G. Duplessis, n° 153, contenait, à la fin du l^"" volume, 38 feuillets supprimés et remplacés par des cartons. Le Manuel du Libraire donne des détails sur la suppression faite par la censure d'une partie des notes que La Monnoye avait écrites sur un exemplaire de l'édition de 1572, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, notes que l'éditeur de 1735 avait déjà tronquées et modifiées à sa fantaisie. Entre autres suppressions, la note qui occupe 5 lignes au bas de la page 355 et 24 lignes au bas de la page 356, a été réduite à 4 et 17 hgnes. La note 12 (en 2 lignes et demie), la première de la^ page 346 (mal cotée 246) a disparu. Dans le tome II, la note de la page 209, la note 3 de la page 265 ont été supprimées. De plus, le texte est extrêmement fautif; cela n'empêche point les bibliophiles de rechercher cette édition et de la payer cher. Le

Manuel signale des adjudications de 19 à 91 francs (exemplaires reliés en maroquin); prix bien dépassés depuis ; un exemplaire payé successivement 59 et 61 francs, ventes Pixerécourt, en 1839, et Nodier, en 1844, a été porté k 365 fr. à une vente faite par M. Potier, en février 1865, et à 1,000 francs à celle de L. de M*** (Lebeuf de Montgermont), en mars 1876, n« 902.

Observons que les anciennes éditions de ces Récréations figurent aujourd'hui parmi les livres précieux; la première en date, Lyon, Robert Granjon, mil. VC. LVIII, pet. -4% dont le Manuel cite des adjudications à 101 fr., Berlin et 250 fr. Solar, a été payée 605 fr., J. Pichon, 759 fr.; 700 fr., Yemeniz ; 900 fr. L. de M., 701 fr. L'édition de Lyon, Rouilla, 1561, était représentée à la vente Solar par un exemplaire qui, payé 330 fr., a été revendu 320 fr., Yemeniz, en 1867,^ n° 2064, et 3,000 fr. Richard Tufton, en 1875, 162.

Le Recueil des OEuvres de feu R. Despériers. Ltjon, Jean de Tournes, 1544, pet. in-8, est encore plus recherché, on pourrait dire qu'il se paye au poids de l'or ; l'exemplaire aux armes du comte d'Hoym qui, en 1738, à la vente de cet amateur illustre (1) n'avait pas dépassé 6 fr., a été acheté,

(1) M. le baron Jérôme Pichon, président de la Société des Bibliophiles français, a inséré, dans le Bulletin du Bibliophile, en 1838, une notice sur le comte d'Hoym ; il se propose de la faire reparaître avec d'amples développements.

un siècle plus tard, 259 fr. 50 chez Pixerécourt; en 1870, à la vente du baron J. Pichon, il a atteint 1,600 fr.; iin autre exemplaire vient môme de s'élever, en 1878, au prix énorme de 3,000 francs, vente Robert Turner, n° 490, et ce n'est pas la peine de mentionner quelques autres adjudications aux chiffres encore assez respectables de 450 à 700 fr. Jadis, même dans les plus belles ventes, il était bien rare que le prix de 1,000 francs fut atteint ou dépassé; aujourd'hui, c'est une circonstance fréquente. M. G. Brunet a réuni à cet égard de nombreux exemples : Curiosités bibliographiques, (Genève, 1866, in-12). Livres payes 1,000 francs et audessus depuis 1866. (Bordeaux, Lefebvre, 1877). Des ventes récentes pourraient fournir de nombreux et remarquables exemples : A la vente P*** (de Portalis, février 1878, OEuvres de Rabelais, 1741. 3 vol. in-4, grand papier, 5,900 francs, exemplaire Radziwil et Benzon.

DICTIONNAIRE BIBLIOGRAPHIQUE, OU NOU- VEAU MANUEL DU LIBRAIRE ET DE L'AMA- TEUR, PAR P*** (Psaume). Paris, Ponthieu, 1824, 2 vol. in-8.

Ch. Nodier s'exprime ainsi, dans une note du Cat. Pixerécourt, n° 2190 :

(( Psaume était un homme de beaucoup de savoir » qui professait, en religion, en morale et en poli- )) tique un scepticisme chagrin, amer, presque tou- )) jours hostile et qui avait, malheureusement pour

» lui, inculqué k sa famille ses doctrines poussées » à leur dernière expression. Il est mort victime )> d'un lâche et détestable parricide.

)) L'introduction du Dictionnaire est une excel- )) lente compilation, le reste n'est guère qu'une » contrefaçon déguisée de l'inappréciable Manuel )) du Libraire^ avec additions de notes malveil- )) lantes et acerbes qui révèlent naïvement les » préventions et les haines de l'auteur. Le » livre tel qu'il est, ne peut donner une idée du » Hvre tel qu'il a été. Le libraire GosseKn, acqué- » reur de l'édition entière, fut obhgé d'y semer les » cartons afin d'en rendre la publication pos- )) sible. »

La Revue encyclopédique consacra un article à cet ouvrage.

Nous avons sous les yeux un exemplaire, auquel nous empruntons quelques passages :

Bomld. Les productions de ce ténébreux écrivain, ([ue l'on a surnommé avec juste raison le Lycopfiron de la politique, n'ont eu un peu de vogue que parce que certains valets de plume de la tyrannie avaient fait autrefois à leur auteur un immense trousseau de réputation. Mais, comme toutes les choses humaines, ce trousseau commence à s'user et tombe même en lambeaux depuis que les théories du despotisme, si ingénieuses qu'elles puissent être, ne sont plus de mode.

Hozier (d'). Son Armoriai était enterré dans la poussière des bibliothèques, mais la glorieuse ré-

surrection de la noblesse l'a fait exhumer, et il est aujourd'hui très-recherché par nos nobles de race féodale, voire même par les ci-devant vilains qui passent journellement dans leurs rangs.

Thomas (VAquin (Saint); malgré son titre de saint a professé certaines doctrines régicides, qui lui feraient un bien mauvais parti avec les chevaliers de la légitimité, s'il vivait de nos jours.

Pasquier (Etienne) réunissait à une vaste science une fermeté de caractère, dont n'ont pas toujours été doués certains de ses homonymes qui, par une heureuse flexibilité, ont bien pu parvenir à une certaine élévation, mais non à une grande illustration.

Pelletier (Dom). Nobiliaire de la Lorraine, Ouvrage curieux parce qu'on y voit pour quelles causes futiles les ducs de Lorraine accordaient souvent la noblesse; il est vrai que ces princes, n'étant pas riches, étaient obhgés de payer quelquefois avec cette monnaie leurs créanciers et leurs valets. Dom Pelletier souleva contre lui la petite noblesse de Lorraine, et il fut tellement roué de coups par un de messieurs les anoblis qu'il en est mort.

Voltaire; de tous les éditeurs de Voltaire, M. Touquet est celui qui a rendu le plus de services à la raison humaine en proportionnant ses éditions aux facultés de toutes les espèces de lecteurs. Aussi les obscurants de toutes les couleurs se sont rués sur lui et l'ont régalé de leurs diatiûbes accoutumées,

mais toutes ces ruades n'ont fait qu'augmenter le succès des Voltaire Touquet.

DIDEROT. Essai sur la vie de Senèque. Paris. Debure, 1779. Avec des notes par Naigeon. Réimprimé en 1820, in-12; cet ouvrage forme le 7« vol. de la traduction des OEiivres de Sénèque, par Lagrange (1778), vol. in-12.

Des cartons furent nécessaires pour que l'ouvrage put circuler. Les noms de Diderot et de Naigeon suffisent pour donner une idée de l'esprit dans lequel il est conçu. Ce dernier faisait profession de l'athéisme le plus net, mais le bibliophile le plus orthodoxe ne saurait se défendre d'un sentiment de sympathie à son égard. Renouard en parle avec détail (Cat. d'un amateur, t. I, page 54). « Naigeon )) fut toute sa vie passionné pour les beaux livres ; il )) poussait sa manie à un point vraiment excessif; » une ligne de marge, un maroquin un peu plus » brillant le faisaient pâlir et pâmer d'aise quand )) le livre lui appartenait, de chagrin quand un )> autre était l'heureux possesseur. »

Cette collection était surtout formée d'exemplaires de choix, des plus belles éditions des classiques grecs et latins; elles attiraient alors toutes les sympathies des bibliophiles tels que Gaillard et d'Ourches, et ce goût valait certainement celui qui domine aujourd'hui.

Trois ans avant sa mort (28 février 1810), Naigeon vendit sa bibliothèque à M. Firmin Didot, qui la conserva peu de temps et qui, en 1811, la livra aux

enchères en la mêlant k l'importante collection qu'il avait déjà formée. Les prix payés à cette vente attestent la baisse qui a frappé certains livres, la hausse qui s'est déclarée sur certains autres; un exemplaire des Essais de Montaigne, 1588, in-i", grand de marge et relié en maroquin rouge par Du Seuil, fut abandonné à Si fr.; en 1844, à la vente Nodier, il fut payé 132 fr. par J. Gh. Brunet, et en 1868, à la vente de cet illustre bibliographe (n° 102), il a été porté à trois mille cinquante francs.

DIDYMI TAURINENSIS (Th. Valperg.^) Littera- TVRJE coPTic^ RUDiMEXTUM. Pavmœ, 1783.

Des cartons aux pages 37, 43, 45, 61.

DUFOUR (Pierre), auteur supposé.

Histoire de la prostitution, tome VI. PariSy 1853, in-8.

Pages cartonnées 13, 14, 15, 16; k la page 15, deux citations de vers d'Eustache Deschamps sont retranchées; k la page 16, douze vers retranchés.

P. 31-41, des détails de toilette trop intime retranchés, ainsi (p. 261) qu'un sonnet contre Cayet, emprunté au Baron de Fœneste de d'Aubigné.

Pages 297-98 et p. 323, des suppressions.

Pages 377 et 381-384, on a fait disparaître des extraits de quelques farces faisant partie d'un recueil conservé au Musée britannique (1), notam-

(1) Cet exemplaire passe pour unique, mais sou contenu a été reproduit dans les trois premiers volumes de I'-^mcien Théâtre français (Paris, 1853 et suiv., 10 vol.), qui fait partie de la Bibliothèque el^évirienne.

ment de celle du Frère GuUiebert. Voir d'ailleurs les Supercheries littéraires dévoilées, par Quérard, seconde édition.

I^^IAIDIT. Vie de Saint Amable, 1702, traduit ç ^SS du latin de l'arcliiprêtre Juste. Des cartons ^^ furent nécessaires.

Cet ecclésiastique, mort en 1701, appartint à la congrégation de l'Oratoire; turbulent et bizarre dans ses opinions, il publia des écrits qui firent quelque tapage et qui sont fort oubliés; il est Fauteur de la Télémacomanie, 1700-1713, satire méprisable contre le chef-d'œuvre de Fénelon. FÉNÉLON. Télémaque. 1796, 2 vol. iii-8.

Dans la première feuille, lue et relue plusieurs fois, s'était glissée une faute : Pélénope pour Pénélope. Crapelet, dans ses Études sur la typographiey signale cette circonstance. « Je n'oublierai jamais l'état d'agitation où je vis mon père, tenant une bonne feuille dans ses mains, pâle, tremblant, la froissant avec désespoir; cette faute l'atterra; peu s'en fallut que de ce jour il ne renonçât k l'imprimerie. )) L'erreur fut réparée au moyen d'un carton.

FITZ-ADAM (pseudonyme adopté par divers écrivains : Ed. Moore, lord Ghesterfield, John Duncombe, et autres).

Le Monde, traduit par Monod, 1757, 2 vol. in-12.

Cet ouvrage n'obtint l'autorisation de circuler en France qu'après avoir été cartonné.

LIVRES CARTONISÉS 35

L'original anglais (The World) était une publication péno,dique qui, entreprise en 1753, prit fin en 4756 et forme 210 numéros in-foL; il a été réimprimé plusieurs fois, 1755, 1763, 1772, 1782, 1789, en 4 ou 6 vol. in-12. Bien inférieur sans doute au Spectator et au Rambler, qui lui servaient de modèles, il est loin d'être sans mérite, et Gifford se montre trop sévère en appelant les rédacteurs : A lùiot of fantastic coxcombs.

FRÉDÉRIC II. (EuvRES, Berlin (Strasbourg) 1788. 15 vol. in-8^ avec 6 vol. de supplément.

Il existe des exemplaires non cartonnés.

Au sujet des diverses éditions des ouwages de ce prince illustre, voir le Mamiei du Libraire, 6^ édit., t. II, p. 1386, et Quérard, France littéraire, t. III, p. 202 et suiv.

M. Sainte-Beuve remarque que l'édition de Berlin, Decker, 1846 et suiv. 31 vol. in-4*', est la seule authentique; on ne peut se fier aux éditions françaises, qui se disent exactes et fidèles, mais qui en imposent. Voir à l'égard de Frédéric, envisagé comme politique et comme écrivain, un article remarquable dans YEdinburgh Review, n" 224, juillet 1859.

FURETIÉRE (Antoine). Recueil de plusieurs

VERS, ÉPIGRAMMES ET AUTRES PIÈCES QUI ONT ÉTÉ FAITES ENTRE FURETIÈRE ET MESSIEURS DE L'ACADÉMIE FRAN- ÇAISE, Amsterdam, 1687, in-12; Nouveau recueil de factums, Amsterdam, 1694, in-12. Ces écrits, susci-

tés par de vifs débats avec l'auteur de YEssay d'un dictionnaire universel, 1684, contient quelques passages cartonnés; M. Gh. Asselineau en a publié une fort bonne édition (1) avec une introduction trèsintéressante (de LV pages) et des notes instructives Paris, Poulet-Malassis, 1859, 2 vol. in-12).

UYOT DE PITAVAL. Bibliothèque des gens de cour, 1726, 5 vol. in-12.

Ce laborieux compilateur, né en 1673, mourut en 1743, après avoir éprouvé, dit-on, plus de douze attaques d'aploplexie ; quelques passages de sa Bibliothèque choquèrent des personnages puissants ; il fallut les modifier.

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