JOUAUST
Ed.
Dezeimeius
Le conte dit que Psammenilus...
Xerxes. ..
Cyrus...
Le masson de Hérodote...
Le conte du roi Crésus...
.vinsi que faisoient les Egyptiens..
La Passion donna au fils de Crésus.
Darius demandoit...
t. IIL
Ci mon...
t. IIL
Citation grecque...
En dépit de ce nombre respectable de di.\ références, il ne me semble pas que Montaigne étudie Hérodote entre 1570 et 1580. Plusieurs de ces exemples étaient déjà tout-à fait vulgarisés, et Montaigne en cite de mémoire : à propos de l'histoire de Crésus et de Solon (I, 20), il dit lui-même que « les enfans le sçavent ». Presque tous ces exemples avaient été utilisés par des moralistes; c'est chez ces moralistes que Montaigne les prend, et non directement chez Hérodote. Pour certaines anecdotes, pour celles de
— IS.'i —
Xerxes fouullaul la mur el do Cyrus aimisaiU loiite son aniuJe au passage du fleuve Gyndus, par exemple (I, \), les commoiilateurs eux-mêmes nous renvoient en même temps f|M'à Hérodote, à Plutarque {Traité de la Colère) et à Sénoque (Oe Ira, Ili, 21) : c'est (le IMutarque et de Sénéque qu'ils viennent peut-être en elTet. Il y faut joindre encore l'anecdote de Cimon (11, Ml, qui vient très probablement de Plutarque {Vie de Caton l'Aucieyi), et certainement la coutume des Egyptiens d'apporter un squelette dans leurs festins (I, 20), que Montaigne a copiée textuellement dans son Amyot. D'autres exemples avaient été vulgarisés par les moralistes modernes : tel est celui du « masson de Hérodote » (I, 7), qu'on retrouve dans V Apologie d'Estienne lue par Montaigne précisément à cette époque; tel est encore l'anecdote du fils de Crésus retrouvant soudainement la parole (I, 21), qui est partout chez les compilateurs contemporains de Montaigne. Dans aucun de ces passages on ne trouve chez Montaigne les termes même de Saliat. Il en est de même pour l'exemple de Psammenitus (I, 2), qui cependant était moins répandu. Dans deux cas seulement, on serait tenté de croire que Montaigne se reporte au texte : au texte grec pour la citation grecque de l'Essai II. 12. à celui de Saliat pour le mot de Darius rapporté dans l'Essai I, 23. Mais je retrouve la première dans Stobée, où certainement Montaigne l'a prise (1). Quant à l'exemple de Darius, je le rencontre dans le commentaire que Le Roy dit Regius donne en 1568 des Politiques d'Aristotc (livre II, chap. 6). Le Roy a transcrit textuellement la phrase de Saliat. Or Montaigne s'est certainement servi de la traduction et du commentaire de Le Roy; ce même Essai I, 23, où il reprend l'exemple de Darius, répète avec de légères uiodifications des exemples et des idées que Le Roy exprimait au sixième chapitre de son deuxième livre. Il y a tout lieu de croire (|ue là est la source de Montaigne, et que nous n'avons aucune preuve d'une lecture d'Hérodote en 1570 et 1580. Je me sépare donc ici des conclusions de M. de Zangroniz.
En 1588, il est possible que nous ayons la trace d'une lecture de Saliat ; je n'oserais jjas l'affirmer ; en tous cas , il est certain que Montaigne lui emprunte fort peu directement.
(1) Sermo XXII.
M. de Zaïigruiii'/ écrit que (( dans les chapitres 2^ du livre I et 12 du livre II, les coutumes extraordinaires qui sont rapportées sont empruntées pour la plupart aux livres II, III et iV d'Hérodote. » Je crois que c'est une erreur : une ou deux au plus viennent d'Hérodote ; presque toutes, comme nous l'avons vu ])Ius haut, sont prises à Gomara. Plusieurs autres des allégations attrihuées par les commentateurs, et après eux par M. de Zangroniz à Hérodote, viennent en réalité de Plutarque. Dans les deux cas suivants, il suffît de comparer entre eux les trois textes pour s'en assurer :
Plutarque
Il est vray que Gobrias s'estant jette dedans une petite chambre obscure après l'un des tyrans de Perse qui s'appelloient Mages, comme qui diroit les Sages, & se trouvant aux prises bien à l'estroit avec luy, crya à Darius, qui y survint l'espée nue au poing, & qui doutoitde frapper le Mage, de peur qu'il n'assenast quant & quant Gobrias, qu'il donnast hardiment quand il devroit donner à travers tous les deux
(Amyot^ Œuvres mor.,éd.de 1572.
f. 4i'B etc.)
IVIontaigne
Il ne faut pas vouloir mourir pour se venger, comme fit Gobrias: car, estant aux prises bien estroictes avec un seigneur de Perse, Darius y survenant l'espée au poing, qui craingnoit de frapper de peur d'assener Gobrias, il luy cria qu'il donnast hardiment quand il devroit donner au travers tous les deux. »
II, 12. t. IV, p. 81.)
HcPodote
Gobryas saisit le mage au corps, par quoi Daire demeura tout piqué, pensant, à cause de l'obscurité du lieu, comment il pourroit faire sans toucher Gobryas: mais Gobryas le voyant demeurer oisif, lui demanda pourquoi il ne jouait de la main ; et il repondit :
(( Je regarde à ne vous point frapper.» Gobryas lui dit : (( Donnez à tous deux de l'espée travers le corps.
(III, 78, p. 5.)
Et comme les Perses voulussent changer de pais, & au lieu du leur qui estoit aspre & bossu, en prendre un
Comme les fruicts naissent divers et les animaux, Jes liommes naissent aussi plus et moins belliqueux, jus-
Cyrus écoutant la harangue des Perses...
connnanda que les paroles fussent exécutées : mais, au com-
autre qui estoit doulx & plain, Cyrus ne le voulut pas permettre, disant, que les semences de plantes, & et les meurs des hommes deviennent à la fin semblables aux Houx & contrées où ils demeurent.
Amyot. Œuvres mor. 1572. f. 188.
tes... selon que porte 1 inclination du lieu où ils sont assis, et prennent nouvelle oomplexion si on les change do place, comme les arbres : qui fut la raison pour laquelle Cyrus ne voulut accorder aux Perses de changer leur païs aspre et bossu pour se transporter en un autre doux et plain.
(II. 1-2. t. IV, p. 115)
mandant, avertit les Perses de s'apprêter non à dominer, mais à être dominés: car est-il ainsi que de régions molles viennent hommes mois, pource que ce n'est le propre d'une même terre de porter fruit admirable et hommes vaillants pour la guerre. Les Perses se repentirent et désistèrent, comme vaincus, de l'opinion de Cyrus...
Il faut noter que, dans ces deux cas, Plutarque ne fournit pas seulement à Montaigne les ternies mêmes qu'il reprend, il lui apprend encore l'usage à faire de ces exemples. De part et d'autre, les applications morales sont analogues.
Restent six allusions dont plusieurs portent sur des faits déjà très vulgarisés et que Montaigne pouvait trouver bien ailleurs que dans Hérodote. Le premier, par exemple, était non seulement chez Plutarque (Propos de table VII. 10), mais encore dans le premier livre des Sérées de Guillaume Bouchet (discours préliminaire) que Montaigne lisait précisément à cette époque, à ce qu'il me semble, et Bouchet dit l'avoir pris chez Xénophon et chez Rufus. Le second est l'histoire de l'anneau de Polycrate que les moralistes de tous les temps ont récitée avec prédilection. Voici la liste de ces allusions dans l'ordre où le texte que Montaigne nous les présente :