‹ Les Livres d'Histoire Moderne UtilisésChapitre 11 sur 48 · DEAR A · texte numérisé non relu

DEAR A

(2) 1 semble que ce soit l'opinion d'un récent biographe du Comte d'Egmont. Juste, dans son ouvrage intitulé : « Le Comte d'Egmont et le Comte «de Iornes d'aprés des documents. authentiques et inédits » (Bruxelles, 1862), cile ce fait et n'apporte à l'appui aucun autre témoignage que celui de Montaigne (p. 348).

delle cose de! Turchi di Paulo Giovio, con gli fatti e la vita di Scanderberg » de Paul Jove, ou la traduction française que Gaulteron avait donnée de cet ouvrage. Je ne l'ai, en effet, rencontrée que dans cette seule biographie de Scanderberg. Toutefois, les termes de Montaigne sont tout à fait différents de ceux de Paul Jove, et les circonstances dont Jove l'entoure ne se retrouvent pas dans les Essais. Il est possible que Montaigne ait trouvé ce récit dans quelque ouvrage de seconde main; il est possible aussi qu'il y ait là chez lui une réminiscence directe de Paul Jove ; en tous cas, nous ne pouvons inscrire ce volume au catalogue des livres possédés par Montaigne qu’en faisant beaucoup de réserves. On en pourra juger en comparant les deux textes. Voici la phrase des Essais :

« Scanderbech, Prince de l’Epire, suivant un soldat des siens pour le tuer, et ce soldat ayant essaié par loute espece d’humilité et de supplication de l’apaiser, se resolut a toute extremité de l’atandre l’espée au poing : ceste sienne resolution arresta sus bout la furie de son maistre, qui, pour luy avoir veu prandre un si honorable parti, le receut en grace. » (4) Montaigne ajoute « Cest exemple poura soufirir autre interpretation de ceus qui n’auront leu la monstrueuse force et vaillance de ce prince la », ce qui semble témoigner qu'il a lu, lui, une biographie de Scanderberg, celle de Jove très vraisemblablement. Voici le passage correspondant dans la traduction de Gaulteron : « parlant ung jour Scanderbeg avec ses soldatz de faire quelque entreprise d'importance, le soldat desprouevement respondit, & avec tant d’insolence, qu’il le feit entrer en collere, de sorte, que meit la main a l’espee & courut subitement pour le frapper. Maïs le soldat tourna legerement le cheval, & se meit à fouyr, toutesfois Scanderbezg le suyvit jusques à une riviere, laquelle ne pouvant le soldat passer tourna bride, & mettant la main a l’espée, avec bonnes & humbles parolles deit, que pour leaue, ne pouvoit plus oultre courir, & qu’il estoit contrainct deffendre sa vie. Ce voyant Scanderbeg qui auroit voluntiers recouvert ung homme, d’ung tel vouloir & courage, pourautant d'argent qu'il pesoit plus tost que de le perdre, considere mesmes la grantreverence qu'il luy portoit tout commeu

({)T 1, Det L p-4-

de pitie luy deit, vien avec moy & ne te soucie sinon de faire bonne chere, car je ne Le nuyray aucunement. » (1)

Erreurs de Montaigne

Enfin, j'ai relevé dans les Essais de 1580 deux réelles inexactitudes en matière d'histoire. J'ai cherché si quelques livres n'avaient pas induit Montaigne à les commettre, mais sans succès. Il est très possible que ce soient des confusions dues à sa mémoire. Tout le monde en ferait de semblables, et ceci ne veut pas dire du tout que sa mémoire était réellement défectueuse.

La première de ces confusions est au sixième Essai du premier livre. Montaigne vient de raconter, d’après Guichardin, comment, au siège de Capoue, le chef des assiégés, Fabrice Colonne, ayant commencé à parlementer, M. d’Aubigny profita de ce que les Capouans faisaient plus molle garde pour s'emparer à l’improviste de la ville; il continue en ces termes : «Et, de plus fresche memoire, a Yvoi, le seigneur Jullian Rommero, aiant fait ce pas de clerc de sortir pour parlementer avec monsieur le Conestable, trouva, au retour, sa place saisie. » (2) J'ai cherché en vain la trace d’un siège d’Yvoy où pareille aventure se fût passée. Cette petite ville des Ardennes, plus connue aujourd’hui sous le nom de Carignan, à été plusieurs fois assiégée sous François Ir et Henri Il par divers combattants (1543 et 1552); mais aucun des historiens du temps ne nous montre à aucun de ces sièges en présence l’un de l'autre, le connétable de Montmorency et le capitaine Rommero. Mais voici dans la «continuation de l'histoire de nostre temps », de Guillaume Paradin, une aventure tout à-fait semblable, advenue au siège de la petite place de Dinan, dans la seigneurie «du Liège ». Le fait se passe en 155%. Nous trouvons bien les deux personnages cités par Montaigne. Paradin nous présente Rommero en train de parlementer avec le «Connestable » qui assiège la place Et, dit-il, ce temps pendant, que l'autre estoit longuement a estriver et opiniastrer, plaidant lousjours pour ses armes : mon diet

(4) Ch, 42 à la fin. Dans le texte italien, éd. de 1541, f. 49 v°, la traduction de GAULTERON est d'ailleurs très exacte.

Page 1