‹ Les Livres d'Histoire Moderne UtilisésChapitre 20 sur 48 · AIN CRISE · texte numérisé non relu

AIN CRISE

Tous les ans (au royaume de Benemotapa) le Roy envoye de ses domestiques & familiers porter de sa part aux Roys et Princes ses vassaux du feu nouveau, auquel les autres sujets vont pour en avoir leur part : ce qui fait comme s’en-

suit. Quand l'ambassadeur arrive à la maison de l’un de ces Princes, qui qu'il soit, on estaint le feu. Puis l'ambassadeur en r’allume de nouveau, & lors tous viennent en prendre là pour l'emporter en leurs maisons. Qui refuse cela est estimé traistre ou rebelle, & le fait on mourir comme criminel de lese majesté :

(1) C’est certainement dans Osorio que Montaigne à pris ce passage; mais il faut noter qu'il rencontrait cette coutume dans beaucoup d'auteurs lus par lui à la même époque : dans Hérodote, qu'il cite précisément à ce sujet (A pologie de Raymond Lebon, livre 11, ch. 42), dans Balbi (en divers endroits er notamment trad. latine de 1606, page 89), dans l'Histoire cle la Chine de Juan Gonsalez de Mendoza, On peut rapprocher de ce dernier auteur le passage suivant : « Le corps du roy estant bruslé, on jette dedans les femmes les plus favorisées, ensemble les serviteurs et esclaves les plus aimez, lesquels y vont tous si volontiers, que chacun procure d'entrer premier au feu, et celuy quiest le dernier, se tient pour infortuné et malheureux, disant eux tous qu'ils s'en vont servir leur Roy en l’autre monde auquel lieu ils s'attendent de vivre en toute joye : qui est la cause qu'ils s'offrent à la mort de si bon cœur et qu'ils mettent ce jour là leurs plus beaux et riches habitlements. (G. de Mendoza, Trad. Luc de la Porte, éd. 1589, page 315): voyez encore le même fait page 293.

où, quand ie roy, pour s'adonner du tout à la devotion, se retire de sa charge (ce qui avient souvent), son premier successeur est obligé d'en faire autant, et passe le droiet du royaume au troisieme successeur ;

où hommes et femmes sont circoncis et pareillement baptisés :

Albuquerque, vice-roy en l'Inde pour Emmanuel, roy de Portugal, en un extreme peril de fortune de mer, print sur ses espaules un jeune garcon, pour cette seule fin qu'en la société de leur peril son innocence luy servist de garant et de recommandalion envers la faveur divine pour lé mettre à bord.

(189,6 Il, p. 477).

Ninacheluen, seigneur indois, ayant senty le premier vent de la

& s'il est besoin, on leve une armée contre luy pour l'attrapper et exterminer cruellement comme un perfide et déserteur.

(L. IV, ch. 19, f. 124, ve .)

Il avoit une loy portant que si le Roy par dévotion quittoit la couronne pour employer le demeurant de ses jours à vivre solitairement en quelque lieu à l'escart & vacquer aux affaires de sa superstition incontinent après sa mort, son successeur seroit contraint laisser le gouvernement du Royaume, & se retirer en la même solitude, afin. . .

..& lors celuy a qui les loix adjugeoyent la couronne s’emparoit du Royaume.

(L. VII, ch. 12, f. 207, ve.).

Les masles sont circoncis au huitiesme jour, & couppe l’on mesmes quelque chose aux femmes, afin quelles semblent aucunement cir- CODAISL NRA. A MT TE Les masles sont. baptisez quarante jours après la circoncision, les femmes au bout de trois mois.

{L: IX, ch. 24, £. 276, we),

Albuquerque voyant un fort jeune garçon prest d'estre noyé par les vagues qui entrovent à randon dans sa navire, le chargea & tint sur ses espaules, jusques à ce qu'on fust venu au secours d'un autre navire, & dit, L'innocence de cest enfant m'asseure que par la grace de Dieu j'eschapperay ce danger.

(LA VIII GhNS EM 252 rt)

Quand Ninachetuen entendit que le Roy de Campar estoit appellé

deliberation du vice-roy portugais de le deposseder, sans aucune cause apparante, de la charge qu'il avoit en Malaca, pour la donner au roy de Campar, print à part soy cette resolution : il fit dresser un eschaffault plus long que large, appuyé sur des colômnes, royallemment tapissé et orné de fleurs et de parfuns en abondance; et puis, s’estant vestu d'une robbe de drap d'or chargée de quantité de pierreries de hault prix, sortit en ruë, et par des degréz monta sur l'eschaffault, en un coing duquel il y avoit un bucher de bois aromatiques allumé. Le monde accourut voir à quelle fin ces preparatifs inaccoustumés. Ninachetuen remontra d'un visage hardy et mal contant l'obligation que la nation portugaloise luy avoit; combien fidelement il avoit versé en sa charge ; qu'ayant si souvent tesmoigné pour austruy, les armes à la main, que l'honneur luy estoit de beaucoup plus cher que la vie, il n’estoit pas pour en abandonner le soing pour soy-mesme ; que fortune luy refusant tout moyen de s'opposer à l’injure qu’on luy vouloit faire, son courage au moins luy ordonnoit de s’en oster le sentiment et de ne servir de fable au peuple et de triomphe à des personnes qui valoient moins que luy.

Ce disant, il se jetta dans le feu.

fi (OIITinn se.

pour lui succeder en sa charge, il conclud en soi-mesme de ne souffrir nulement d’estre degradé. Pourtant il fit dresser un eschaffaut eslevé et longuet appuyé sur quelques colonnes, tapissé, orné de fleurs & parfums en abondance.

Cela fait il se vestit d'une robe de drap d'or, & tout couvert de pierres précieuses sortit en rue ainsi equipé, & monta par des degrez sur l’eschaffaut.

Il y avoit en dessus un bucher de bois odoriferant bien agencé & allumé. Ceste pompe extrordinaire de Ninachetuen fit lever les yeux & les oreilles de tout le peuple, ne sçachant que vouloit dire cest appareil. Ninachtuen commença lors a faire une piteuse harangue et en premier lieu ramenter les services que les Portugallois avoyent receus de luy avant la prinse de la ville, & ce qu'il avoit fait depuis en faveur du Roy Emmanuel : combien il s’estoit monstré ferme & fidele en son devoir : avec quelle magnanimité en plusieurs endroits il avoit hazardé sa vie pour preuve de loyauté.

Que pour recompense de tant de bons devoirs, la nation Portugalloise vouloit diffamer de telle sorte sa vieillesse qu’il estoit impossible de trouver homme ayant son honneur en quelque recommandation qui voulust ni peust digerer cela en aucune sorte: car ils le despouilloyent de la charge qu'eux mesmes luy avoyent commise, le dégradoyent de ses honneurs le reputans digne d'achever ses jours ignominieusement, & servir de fable & de risée à tout le monde. Quant à luy, qu'il avoit tousjours moins estimé sa vie que son honneur & fait mesme sa

De fresche memoire, les Portugais assiegeans la ville de Tamly au territoire de Xiatine, les habitans d'icelle porterent sur la muraille quantité de ruches, dequoy ils sont riches, et, avec du feu chasserent les abeilles si vivement sur leurs ennemis qu'ils abandonnerent leur entreprinse, ne pouvant soustenir leurs assauts et piqueures. Ainsi demeura la victoire et liberté de leur ville à ce nouveau secours, avec telle fortune qu'au retour du combat il ne s'en trouva une seule à dire.

M2 STE p.245)

Ce qu'on nous dit de ceux du Bresil, qu'ils ne mouroyent que de vieillesse, on l’attribue à la serenité et tranquillité de leur air ; je l'attribue plustost à la tranquillité et serenité de leur ame deschargée de toute passion, pensée ou occupation tendue ou desplaisante, comme gents qui passoyent leur vie en une admirable simplicité et ignorance, sans lettres, sans loy, sans roY, sans religion quelconque.

(EL, 12, t. II, p. 265.)

résolution de mourir pour conserver sa reputation, & pourtant qu'à l’heure présente il changeoïit volontiers sa vie à la mort plustost que de recevoir la honte qu'on luy vouloit faire.

Disant ces choses il se jetta dedans le feu.

(PER che27, 62215)

Baraigue fit une autre course jusques aux portes d'une viile du territoire de Xiatime nommée Tanly.

Les habitants qui se voyoyent en extreme danger apporterent sur les murailles & mirent le feu en une infinité d’exaims d’abeilles dont le pais est riche : tellement que les Portugallois bruslez du feu & picquez vivement de ces mouches furent contrains se retirer, & y en eut qui receurent des coups de main, afin qu'ils ne se plaignissent pas d'avoir esté chassez par les mouches seulement. Barrigue fut du nombre. (1)

{(L. VII, ch. 19, f. 244. vo.)

La terre est fertile, plaisante, & si salubre qu'il n’est gueres besoin d'y (au Brésil) user de medecine :

car ceux qui meurent sont emportez plustost de vieillesse que de MANIA AE SR Er

conques, vivent sans religion, sans loy, ne s'aident de poids ni mesures, ne sont sujets à Roy quelconque.

(LIT; ch. 15186, 1

(4) Osorio ne dit point qu'aucune des abeilles ne périt dans l'affaire. Il est possible que Montaigne, qui écrit Zarmly au lieu de Zanty et Xiatine au lieu de Xiatime ait lu cette anecdote dans quelque autre livre que nous n'avons pas encore rencontré, ou, plus simplement, qu'il écrive ceci de mémoire et que quelque inexactitude se glisse

dans son souvenir.

Les Portugais prindrent en la mer des Indes certains Turcs prisonniers, lesquels, impatiens de leur captivité, se resolurent, et leur suc:

ceda frottant des clous de navire l'un à l’autre et faisans tomber une etincelle de feu dans les caques de poudre (qu’il y avoit en l'endroit où ils estoyent gardez) d'embraser et mettre en cendre eux, lears maistres et le vaisseau.

(LI. 19, EL. IV, p. 82.

On trouva (au nouveau Monde) l'abstinence de toute sorte de chair et poisson à leur vivre.

(II, 12,4. IV, p.1t):

Les Portuguais disent qu’en certain endroit de leur conqueste des Indes ils rencontrerent des soldats qui s’estoient condamnez avec horribles execrations de n'entrer en aueune composition que de se faire tuer ou demeurer victorieux, eb pour marque de ce vœu portoientla teste et la barbe rase.

(IL, 21, t. IV, p. 286).

Au royaume de Narsingue....

non seulement les gents de guerre, mais aussi les artisans desmeslent leurs querelles à coups d’espée. Le roy ne refuse point le camp à qui se veut battre, et assiste, quand ce sont personnes de qualité, estrenant le victorieux d’une chaisne d'or; mais, pour laquelle conquerir, le premier à qui il en prend envie peut venir aux armes avec celuy qui la porte, et, pour s'estre desfaict d'un combat, il en a plusieurs sur les bras.

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