‹ Les Livres d'Histoire Moderne UtilisésChapitre 30 sur 48 · VI, D · texte numérisé non relu

VI, D

catio praebent. Deinde ad viginti

agrestes, qui in exercitu ordines duxerant, tridui inedia maceratos

ad id erudelitatis cogunt, ut dentibus Spirantis ducis artus dilacerent, atque deglutiant. Ille mira constantia neque gemitum edere, neque in miserabili mortis quicquar horrescere, unum tantum deprecari, ne insontem Lucatium quem ipse renitentem ad id belluim perduxisset, his cruciatibus dignum existimarent.

Postremo laniatis omnibus membris, quum diutius gravissimos dolores, vel immani spiritu sustinere non posset, extractis visceribus exenterant, in frusta secant, atque ahenis et verubus coctum, comedendum militibus suis apponunt.

(L. XILI, f. 128 D) (1).

genere

Ea erat in castris disciplina severissimis acerrimi imperatoris legibus constituta, ut quum milites nihil sibi ex ea victoria licere intelligerent, in fertilissimo autumno horti sine custodibis tuto relinquerentur (?).

(DEV iM253/C)

Il est probable que c’est encore de Paul Jove que Montaigne à pris ce qu’il raconte, au quarante-huitième Essai du premier livre, sur la frugalité des armées turques. Toutelois, ce n’est pas dans son histoire qu’il a trouvé ce dernier renseignement. Je le rencontre dans un petit écrit intitulé « Ordo ac disciplina turcicæ militiæ » ; il est généralement imprimé avec les vies des empereurs turcs du même Paul Jove. Voici le texte de Montaigne :

(1) Traduction française. Édition de 1581, cf. [. 245. (2) Traduction française. Édition de 1584, cf. f. 472.

« Pour verifier combien les armées turquesques se conduisent et maintiennent à meilleure raison que les nostres, ils disent qu'outre ce que les soldats ne boivent que de l’eau et ne mangent que rizet de lachair salée mise en poudre, dequoy chacun porte aisément sur soy provision pour un moys, ils savent aussi vivre du sang de leurs chevaux, comme les Tartares et Moscovites, et le salent. » (1)

Les premiers mots de la phrase « Pour verifier combien les armées turquesques se conduisent à meilleure raison que les nostres », pourraient très bien faire allusion au dessein de Paul Jove. Il veut, en effet, dans son petit écrit, montrer les motifs de la supériorité des armées turques. Il en constate trois principaux : une discipline rigoureuse, la croyance en la fatalité qui leur ôte tout souci de leur conservation, enfin la frugalité. C'est cette dernière qui nous intéresse ici. (« Tertia causa est, dit-il, quia absque pane et absque vino diu vivere possunt, oriza et aqua contenti. Saepe numero etiam æquo animo Carent carnibus. Quod si contingat eos orizam quoque minime habere, salitis carnibus minutatim contritis, ac velut in pulverem redactis utuntur. Nam ejusmodi pulveres in quibusdam sacculis secum ferunt cumque opus est, immixta calida aqua, dissolutis ebibunt atque inde nutriuntur. Praeterea soliti sunt, præsertim cum nimia fame laboratur, equos phlebotomare atque illorum sanguine vitam propriam alere. » (2)

Plusieurs détails signalés par Montaigne font défaut dans le texte de Paul Jove : mais il s’agit de faits sans doute couramment répétés alors ; Montaigne à pu les ajouter de lui-même. Il se peut encore qu'il puise, non chez Paul Jove directement, mais chez quelque imitateur de Paul Jove, qui avait enrichi déjà de plusieurs détails nouveaux le témoignage de son modèle (3). En tous cas, directement ou indirectement, la phrase de Montaigne vient de celle de Paul Jove et lui doit beaucoup.

A), 48, t. II, p. 256.

(2) « L'Ordo ac disciplina turcicae militiae » avait d'abord paru en italien; mais c'est par la traduction latine que cet écrit s'est principalement répandu, On en trouve une autre traduction latine, un peu différente de celle-ci, dans le recueil « Chronicorum lurcicorum », publiée à Francfort en 1578.

(3) On retrouve des indications semblables, visiblement puisées chez Paul Jove, dans Guillaume Postel, édition de 1575, p. 295: mais au lieu d'ajouter au texte de Paul Jove, Postel retranche le détail sur le sang de cheval. Ce n’est dont pas chez lui que Montaigne a puisé cela,

Guillaume Paradin

Auprès de l’histoire de Paul Jove, il faut citer celle de Paradin, parce que, visiblement, elle a été composée à l’imitation de celle de Paul Jove et des histoires analogues, écrites en Italie à la même époque. Le titre nous indique que le cadre en est assez semblable :

(€ Continuation de l'histoire de nostre temps depuis l'an mil cinq

cons cinquante, jusques à l'an mil cing cens cinquante six, par M. Guillaume Paradin, doyen de Beaujeu. » (A Lyon 1556 ou à Paris 1575.)

Un exemple nous suffira pour montrer que Montaigne a fait

usage de ce volume.

Montaigne

L'isle de Goze forcée par les Turcs, il ÿy a quelques années, un Sicilien, qui avoit deux belles filles prestes à marier, les tua de sa main et leur mere aprés, qui accourut à leur mort. Cela faict, sortant en ruë, avec une arbaleste et une arquebouze, de deux coups il en tua les deux premiers Turcs qui s'approcherent de sa porte, et puis, mettant l’espée au poing, s’alla mesler furieusement, où il fut soudain envelopé et mis en pieces, se sauvant ainsi du servage, aprés en avoir delivré les siens.

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