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chemin à mille inventions et stratagèmes » (1). Ce n’est pas ce que Montaigne en a retenu. Des traits de mœurs, des particularités sur les éléphants qui se rattachent à des sujets touchés par lui dans son Apologie, voilà ce qui l’a frappé. Ilen a retenu aussi quelques détails sur la personne d'Alexandre, et ici il nous faut compléter les indications de Coste.
On sait qu'avant 1580 Montaigne avait classé Alexandre parmi les trois hommes les plus excellents de l’histoire (If, 36). Entre 1580 et 1588 il a fait d'importantes lectures sur son héros, et leur a emprunté quelques détails dont les Essais se sont enrichis. D'abord il a revu la Vie d'Alexandre chez Plutarque et a contracté de nouvelles dettes envers elle ; mais surtout c’est à cette époque qu'il a étudié Quinte-Curce (juillet 1587) et Arrien de Nicomédie. Tous lui contaient à peu de chose près les mêmes anecdotes. Distinguer ce qu'il doit à chacun est parfois délicat, et d’ailleurs inutile le plus souvent. Voici cependant quelques traits qu'Arrien me paraît lui suggérer.
Trois des détails qu'il ajoute à .son jugement proprement dit sur Alexandre ([1, 36) me semblent venir, sinon d’Arrien, au moins de la préface que Witard à mise en tête de sa traduction. Là Montaigne à vu rappelé qu’en matière militaire Hannibal mettait Alexandre au premier rang de tous les grands capitaines, «estant prince si accomply et si preux capitaine, que Hannibal mesme luy donnoit la première place » dit Witard. Là aussi, il a appris que, dans l’antiquité, on portait volontiers sur soi des médailles à l'effigie d'Alexandre et qu’on estimait qu’elles portaient « bonheur à ceulx qui les avoient sur eulx » : pas n’est besoin pour ce détail de nous renvoyer à Trebellius Pollio, comme font les commentateurs ; voici ce qu’en dit Witard : il était « si bien renommé que anciennement ceux estoient plus asseurez contre tous perils et hazards qui portoient sur eux son pourtraict gravé en or ou en argent. » Montaigne écrit encore que « plus de rois et de princes ont escript ses gestes, qu'autres historiens n’ont escript les gestes d’aultre roy ou prince que ce soit ». J'ai cherché en vain une source précise à ces mots. Ils doivent être inspirés du passage suivant, que j'extrais toujours de la même préface : ( Aussi
(1) Arrien. Épitre au lecteur.
y a-t-il eu infinis hommes de sçavoir, tant Princes, Capitaines, Philosophes, Poètes, que autres, qui ont escrit de Iuy ». Montai gne a dû se souvenir avec quelque imprécision de cette phrase, et surtout d’une longue énumération de princes, de capitaines et de grands personnages dont Witard la fait suivre, qui tous, dit-il, ont écrit sur Alexandre.
En dehors de ce chapitre « Des plus excellens hommes » qui fait une si large place à Alexandre, de place en place on trouve, disséminées dans les Essais, des allusions à ce personnage. Plusieurs me paraissent inspirées par Arrien. L'histoire du médecin Philippe me parait plutôt se souvenir du texte d’Arrien que de celui de Quinte- Curce. Chez Quinte Curce, en effet, Alexandre est troublé, bouleversé même lorsqu'il prend le breuvage des mains de Philippe ; chez Arrien, au contraire, il a pleine confiance, et il semble bien que chez Montaigne il en va de même: « Philippe pour guerir le roy luy composa un bruvage, et comme il le luy vouloit presenter, Alexandre eut advertissement de la part de Parmenion par une lettre qu’il luy envoya de ne se fier que bien à point de sa santé à Philippe: par ce qu’il avoit esté gaigné par argent et corrompu par Daire, et que si tost qu'il eut leu les lettres, il prit la couppe en la main et baïlla les missives à lire à Philippe, et pendant qu'il lisoit, Alexandre hardiment, et sans monstrer aucun signe de peur, avalla la médecine et que incontinent on jugea bien qu'il n'y avoit point de malice de la part de Philippe, par ce qu'il ne s'estonna jamais... » (1) C’est le trait psychologique, la confiance d'Alexandre qui à attiré l'attention de Montaigne (1,-24) ; c'est un autre encore qu'il relève au treizième Essai du troisième livre lorsqu'il écrit «Alexandre disoit que la fin de son travail c'estoit travailler ». C'est en effet à un discours d'Alexandre que l'idée à été prise : «€ Quant à moy, lui fait dire Witard en français, je n'estime point qu'un homme genereux et de bon cueur se propose autre but de ses travaux que les travaux mesmes, qui luy causent tout honneur et réputation. » (2).
Voilà tout ce qui, dans l'édition de 1588, me paraît venir de la traduction d’Arrien, Il ne semble pas qu'à aucune autre époque
(1) Arrien, L. If, p.58, trad. Witard.
(2) Arrien, trad. Witard, p, 220,
Montaigne ait lu cet auteur. En tous cas, il ne semble pas lui faire d'emprunt avant 4580, ni après 1588.
Diodore de Sicile
L'histoire de Diodore de Sicile, à l’époque où Montaigne se met à écrire, avait été traduite en français incomplètement et par morceaux successifs. Claude de Seyssel avait donné les livres 18 à 20 en 1530 (1); puis Macault avait traduit les trois premiers livres en 1535 (2). Mais le principal fragment (livres 11 à 18) fut publié en français en 1554 par Jacques Amyot. Ainsi sur quinze livres qui nous restent de l’histoire de Diodore, on en pouvait lire treize en français. Il ne semble pas que Montaigne ait fait usage des traductions de Macault et de Seyssel ; au moins je ne vois pas qu'il leur ait rien emprunté dans les Essais. En revanche, sa dette envers les livres d’Amyot est assez considérable. Voici le titre du volume qu'il avait certainement dans sa bibliothèque :
Sept livres des historres de Diodore Sicilien nouvellement traduyts de grec en françoys. À Paris, de l'imprimerie de Michel de Vascosan. Avec privilège du Roy. MDLITIT.
Coste et Leclerc ont indiqué dans leurs notes une bonne partie de la dette de Montaigne envers Diodore de Sicile. Il nous faudra seulement compléter un certain nombre d’omissions qu'ils ont commises, et corriger quelques erreurs. Parmi les emprunts signalés par les commentateurs, M. de Zangroniz, dans un volume que nous avons mentionné plus haut, a relevé les principaux, ceux où Montaigne suit avec le plus de fidélité son modèle, et pour ces passages il a publié en regard les textes de Montaigne et du traducteur Amyot. J'y renvoie le lecteur désireux de constater combien de termes et de tours de phrases Montaigne prend directement chez Amyot.
En 1580, Montaigne prend quatre passages à la traduction de Diodore de Sicile :
(1) Réimpression en 1545.
(2) Réimpression en 1541.
Ed. M. Jouausr Ed. DEZEIMERIS DIODORE LAC IA RED 205, TA D MD Charundas . ALL A ÉD LPS MEURT US, LD EU), Le Législateur NAIL A NAN I. 43, LIL, p.222, T. I, p. 225, Zaleucus. NILOS/TEA45 re LS AEATTD li 0, Dale Epaminondas. A VIN2S, I ATANNE
Le dernier de ces emprunts n’est pas textuel et porte sur un fait qui devait être vulgarisé, si bien que nous ne saurions assurer que Montaigne l’a pris dans son Amyot ; les trois premiers, au contraire, suivent d'assez près la traduction d’Amyot pour qu'il ne soit guère douteux que Montaigne les y ait pris directement. Nous avons là la trace d’une de ses lectures.
Dans l'édition de 1588, on a signalé plusieurs nouveaux emprunts, mais presque tous me sont suspects. Voici, par exemple,un passage dont on attribue la paternité à Diodore, et qui certainement vient de Quinte-Curce :
Quinte-Curcee Montaigne Hmyot
Cum in obsidione Alexandre assie- Ces jeunes hommes perseverasset, oppida- geoit une ville aux qui estoient environ ni desperata salute Indes: ceux de dedans six cents adviserent ignem subiecere tectis se trouvans pressez, se que tuer avec leurs seque ac liberos con- resolurent vigoureuse- propres mains leurs
jugesque incendio cremant. Quod cum jipsi augerent, hostes extinguerent, nova forma pugnæ erat. Delebant incolæ urbem, hostes
ment à le priver du plaisir de cette victoire, et s'embrasarent universellement tous quand et leur ville, en despit de son humani-
plus chers parents seroit une chose trop cruelle, & qu'il valloit mieulx mettre le feu dedans leurs maisons, & quant & quant en ce
defendebant. té. Nouvelle guere : les jettant hors de leur (IX, 4.) ennemis combattoient place par les portes Pi , 4%,
pour les sauver, eulx essayer de gaigner les
pour se perdre, et faisoient, pour garentir leur mort toutes les choses qu'on faict pour garentir sa vie.
(LI, 8, t. III, p. 39.)
montaignes, ce qu'ils executerent, & feirent que leurs maisons servirent de sepulture à leurs parents.
(XVIL, 7, f° 268.)
On voit que le récit de Diodore ne contient pas du tout les
éléments de celui de Montaigne. Au contraire, Montaigne trouve chez Quinte-Curce à la fois le fait historique qu’il allègue, et la réflexion dont il l'accompagne.
Un seul emprunt mérite d'être pris en considération parmi ceux qu'on a signalés dans l'édition de 1588. C’est l’allusion faite par Montaigne (1-39) à la loi de Charondas sur la fréquentation des mauvaises compagnies. Mais c’est Ià une simple allusion ; les mots de la traduction d’Amyot n'y sont aucunement repris. (1) C’est probablement à une réminiscence que nous avons affaire, ou peut-être à un emprunt de seconde main, et cette allégation ne nous permet en aucune façon de supposer que Montaigne ait repris en main son Diodore entre 1580 et 1588.
Après 1588, au contraire, très certainement, Montaigne a relu son Diodore et il lui a fait de très nombreux emprunts. Si l’on retranche, parmi ceux qu'ont signalés les commentateurs, les indications superflues ou erronées, il reste qu’ils en ont indiqué environ dix-sept, dont cinq ou six sont de simples allusions. Les dix autres sont plus importants et suivent de plus près le texte d'Amyot. A ce nombre ilen faut joindre au moins huit qu’ils ont omis, et dont six ou sept au moins sont importants. Ceci porte à vingt-cinq passages environ la dette connue de Montaigne envers Diodore.
Pour six de ces passages, M. de Zangroniz a donné parallèlement les textes de Montaigne et d’Amyot. En voici quelques autres pour lesquels il est intéressant de mettre les phrases d’Amyot sous les regards du lecteur.
Dans le passage sur Diomédon (1,3), on retrouve quelques mots d’'Amyot, et l'impression directe de la pensée de Diodore. A propos de l'affaire des Arginuses, Montaigne écrit que ce qui rend l'exécution des capitaines plus odieuse, c’est le fait de Diomédon « Cettuy cy (2) est l’un des condemnez, homme de notable vertu et militaire et politique, lequel, se tirant avant pour parler aprés avoir ouy l’arrest de leur condemnation, et trouvant seulement lors temps de paisible audience, au lieu de s’en servir au bien de de sa cause el à descouvrir l’evidente iniquité d’une si cruelle
ACT AXNTIENT-Rr27 00 (2) Source indiquée par Coste.
conclusion, ne representa qu’un soing de la conservation de ses juges, priant les dieux de tourner ce jugement à leur bien; et, à fin que, par faute de rendre les vœux que luy et ses compagnons avoient voués en recognoissance d’une illustre fortune, ils n’attirassent lire des dieux sur eux, les advertissant quels vœux c’estoient ; et, sans dire autre chose et sans marchander, s’achemina de ce pas courageusement au supplice, » Dans Amyot le discours de Diomédon est au style direct: « Adonc Diomedon l’un d’entre eulx, homme de bien de sa personne en la guerre, et au demourant droitturier et vertueux en la paix, se tira en avant pour parler, & luy estant faict silence parla en ceste manière : «Seigneurs Atheniens, je prie aux Dieux que la sentence que vous avez donnée alencontre de nous, tourne au bien et à l'honneur de la chose publique. Mais puis qu'ainsi est que la fortune nous garde de pouvoir nous mesmes acquitter les veusz que nous avions faicts et vouez aux Dieux pour la victoire, il est raisonnable que vous ayez le soing de les payer : car nous avions promis et voué de sacrifier à Jupiter sauveur, à Apollo, et aux venerables Deesses, si par leur grace nous obtenions la victoire ». Ayans dit ces paroles, il fut mené avec les autres à la mort » (1). Toute la. dissertation de Montaigne sur l'affaire des Arginuses, et notamment le rappel de l’aventure de Chabrias, est inspiré du récit de Diodore. (Page 117 et suivantes.)
Montaigne
Les grecs recoignoissent une autre espece de peur, qui est outre l'erreur de nostre discours, venant, disent-ils, sans cause apparente et d'une impulsion celeste. Des peuples entiers s'en voyent souventfrappez, et des armées entières. Telle fut celle qui apporta à Carthage une merveilleuse desolation. On n'y oyoit que cris et voies effrayées ; on voyoit les habitans sortir de leurs maisons comme à l'alarme, et se charger, blesser et entretuer les
Hmyot
Ce fut une calamité publique qui survint lors à la cité de Carthage par permission divine: car ordi nairement on oyoit des bruits par la ville & des frayeurs & espouven:
temens sans propos ny raison apparente, que l'on appelle tremeurs paniques : de sorte que plusieurs sortoient de leurs maisons en sursault, avec les armes aux poings, comme si l'on eust crié alarme, & comme si les ennemis eussent esté dedans la ville : & et s'entrebattoient
uns les autres comme si ce fussent ennemis qui vinsent à occuper leur ville. Tout y estoit en desordre et en fureur, jusques à ce que, par oraisons et sacrifices, ils ussent appaisé lire des dieux.Ils nomment cela terreur panique.
Alexandre vit une nation en laquelle on enterre les arbres fruictiers en hyver pour les defendre de la gelée. (1).
(I, 36, t. IL, p. 165.)
Les engeins que Bionysius inventa, à Syracuse, à tirer gros traits massifs et des pierres d'horrible grandeur, d’une si longue volée et impetuosité..…
(IL, 48, t. II, p. 254.) (2).
les uns les autres comme s'ils eussent esté ennemis, y estans les aucuns blecez, & les autres antierement tuez, jusques à ce qu'ils eussent appaisés par oraisons & sacrifices l'ire des Dieux.
(F. 185 vo.)
L'hyver ilz couvrent de terre leurs vignes & autres arbres portans fruict, puis quand vient la saison du printemps, ilz les descouvrent.
(XVII, 18, f. 289 vo.)
Et faut alhors trouvé à Syracuse l'engin à tirer gros traits massifz, et grosses pierres au loing.
(XAVEM TEST)
Montaigne fait une légère erreur en prêtant l'invention à Denys, mais il le pouvait aisément car Denys est présent à tous les travaux qui s’exécutent alors à Syracuse, il y prend une part active. « Lui-même en personne, dit Diodore, les alloit veoir besongner les uns aprèsles autres, disant tousjours quelque bonne parolle en passant à chacun et faisant tousjours quelque present à ceulx qu’il cognoissoit plus aspres à la besongne jusques à les appeler quelquefois à menger avec luy à sa table ». L'identité des termes ne permet d’ailleurs pas de douter que Montaigne ne se réfère au texte d’Amyot.
Montaigne
Philistus, chef de l’armée de mer du jeune Dionysius contre les Syÿra-
Amyot
Philistus, qui estoit chef de l’armée de mer du tyran, feit armer et
(1) Passage attribué à tort par les commentateurs à Quinte-Curse : comparer cet
auteur VII, 3.
(2) Source atttibuée à tort par les commentateurs à Elien : comparer son texte dans
les Histoires Variées.
cusains, leur presenta la battaille, qui fut asprement contestées, les forces estant pareilles. En icelle il eut du meilleur au commencement par sa prouësse ; mais les Syracusains se rengeans autour de sa galere pour l'investir, ayant faict grands faicts d'armes de sa personne pour se desvelopper, n'y esperant plus de ressource, s’osta de sa main la vie qu'il avoit si liberalement abandonnée, et frustratoirement, aux mains ennemies.
(IE, 22, t. IV, p. 286.) (1)
L’ancienneté jugea qu’à esplucher par le menu touts les autres grands capitaines, il se trouve en chascun quelque speciale qualité qui le rend illustre. En cestuy-cy seul, c'est une vertu et suffisance pleine par tout et pareille ; qui, en touts les offices de la vie humaine ne laisse rien à desirer de soy, soit en occupation publique ou privée, ou paisible ou guerriere, soit à vivre soit à mourir grandement et glorieusement.
(IL, 36, t. V, p. 109.)
equipper soixante galeres avec lesquelles il presenta la battaille aux Syracusains, lesquelz avoient presque semblable nombre de vaisseaux : le combat fut fort aspre et y eut Philistus du meilleur au commencement, tant il feit d'armes de sa personne : mais puis apres il fut enveloppé par ses ennemys : el s'appercevant que les Syracusains faisoient tout ce qu'ilz pouvoient pour l'enclorre entre eulx, à fin de l'avoir vif entre leur mains : il se tua luy-mesme pour ne souffrir les tourmens et ignominies, qu'il sçavoit bien qu’on luy eust fait endurer, s’il eust esté pris vif prisonnier.
(XVI, 6, f° 225 r°)
Qui voudra comparer les vertus de tous ces capitaines (ils viennent d'être longuement énumérés) avec les faits et la gloire d'Epaminondas, il trouvera sa vertu plus claire, plus nette et plus excellente que de nul des autres, pource qu'en tous les autres on trouvera tousjours quelque vertu particuliere et quelque qualité speciale plus dominante que les autres, qui les a renduz illustres et glorieux : mais en cestuy ey estoient joinctes ensemble toutes les qualitez et vertus, que l'on sçauroit desirer en un grand capitaine pour le rendre perfait et accomply de tout poinet.…….
(XV, 14, f° 214 ve.)
Plusieurs des additions de ce même Essai (I, 36) qui concernent la vie d'Epaminondas semblent venir de Diodore de Sicile. Quand Montaigne raconte, par exemple, comment Epaminondas fut privé
(1) Passage attribué par les commentateurs à Plutarque : Vie de Dion, ch. 8.
de son commandement pour son humanité envers les ennemis, puis peu après rétabli béotarque, il résume très exactement le déveloqpement de Diodore qu'Amyot avait ainsi traduit: «En la battaille qui fut donnée auprès de Corinthe aux remparts qu'avoient faits les Lacedemoniens, pour cuider en garde les Beotiens de penetrer au dedans de la Moree, Epaminondas ayant forcé & rompu la garde des Lacedemoniens qui defendoient ce rempart: & en ayant peu mettre à l’espee s’il eust voulu un bien grand nombre, se contenta seulement de ceste gloire d’avoir fait malgré eulx ce qu’il avoit voulu, et ne chercha point de les endommager d'avantage : ce qui fut cause que l’on eut grand souspeçon et grande defiance de luy, comme ayant voulontairement espargné les ennemys, à celle fin que particulierement ilz en sceussent gré à luy seul : au moyen de quoy ceulx qui portoient envie à sa gloire, ayans ceste occasion de le calumnier avec quelque apparence, le chargerent et accuserent de trahyson, tellement que le peuple irrité et mutiné contre luy, le déposa de la charge de gouverneur et capitaine : et le reduisant à l’estat d'homme privé, voulut qu’il allast comme les autres, à ce voyage de Thessalie : mais quand l’on veut que par ses effets il effaçoit toutes les calumnies que ses malveuillans avoient mises en avant à l'encontre de luy, le peuple adonc le remit en sa premiere dignité ». (XV, 19 fo 207 ro.)
Montaigne parle de l’éloquence d’Epaminondas ; il rapporte qu'il était philosophe pythagoricien : tous ces détails étaient dans Diodore. Quand il écrit : « La prosperité de son pays mourut luy mort, comme elle estoit née par luy », il se souvient d’une phrase de Cornelius Nepos (Epaminondas, 10), mais aussi d’une phrase d’Amyot : « Il acquit de son temps à son pays par force d'armes la principaulté de la Grece, et depuis sa mort ses citoyens incontinent la perdirent, et allerent tousjours declinans de mal en pis... (XV, 44; {. 214 vo).
Voici quélques autres passages où Montaigne suit de plus près son modèle :
Montaigne Amyot
Le senat y deputa Timoléon avec Le sénat fut d’advis d'envoyer cette nouvelle deffaite et declara- Timoleon à Syracuse, et. luy protion : que, selon qu’ se porteroit poserent de bien estranges et bien
bien ou mal en sa charge, leur arrest prendroit party à la faveur du liberateur de son pais ou à la desfaveur du meurtrier de son frere (1).
UUL, 1, t. V, p. 184).
Imitation meurtriere comme celle des singes horribles en grandeur et en force que le roy Alexandre rencontra en certaine contrée des Indes, desquels il eust esté autrement difficile de venir à bout; mais ils en presterent le moyen par cette leur inclination à contrefaire tout ce qu'ils voyent faire : car par là les chasseurs apprindrent de se chausser des souliers à leur veuë avec force nœuds de liens, de s'affubler d’accoustremens de teste à tout des lacs courants et oindre par semblant leurs yeux de glux. Ainsi mettoyent imprudemment à malces pauvres bestes leur complexion singeresse ; ils s'engluoient, s’enchevestroyent et garrotoyent eux- Inesme.
(IL, 5, t. VI, p. 7.) (2).
(4) Source déjà indiquée par Coste.
nouvelles conditions : car ilz luy declarerent, que s’il se portoit bien au gouvernement des Syracusains, ilz prononceoient des lhors par leurs arrest qu'il avoit tué un tyran :
et au contraire s'il s'y portoit avaricieusement, ilz le jugeoient et condamnoient comme parricide ayant occis son propre frere.
(XVI, 19, f° 245 r°).
Il y a plusieurs especesde singes plus grands aussi qu'ilz ne sont ailleurs, & les prent on par un artifice que eulx mesmes ont enseigné aux hommes : car autrement de les prendre à force il seroit trop malaisé, pource qu'ilz sont robustes de corps, fins et malicieux : mais pource que c'est une beste, qui de sa nature contrefait tout ce qu'elle veoit faire, les chasseurs qui les prennent, aucunefois oignent les paupiéres de leurs yeux avec du miel à la veue de ces singes: les autres se chaussent des souliers :
les autres se mirent dedans des mirouers qu'ilz approchent de leurs testes : et puis laissent les souliers qu'ilz ont chaussez, et y attachent des liens : et au lieu de miel y laissent de la glus: et à ces mirouers attachent des lacs courans: tellement que quand ces bestes cuydent contrefaire ce qu'elles ont veu faire, elles se treuvent empestrees, les unes ayans les paupieres engluees, les autres les piedz liez,& les autres tout le corps enferré.
(XVII, 20, f° 293 r°.
(2) Les commentateurs renvoient à tord à Elien, de animal XVII, 95.
Les Athéniens, ayants à mundifier l'isfe de Delos et se justifier envers Appollo defendirent au pourpris d'icelle tout enterrement et tout enfantement ensemble.
(IL, 5, VIN p.12) u(4).
Alexandre passant par l'Hyrca nie, Thalestris, royne des Amazones, le vint trouver avec trois cents gens-d'armes de son sexe, bien montez et bien armez, ayant laissé le demeurant d'une grosse armée, qui la suyvoit, au delà des voisines montaignes ; et luy dit tout haut et en publiq que le bruit de ses victoires et de sa valeur l’avoit menée là pour le veoir, luy offrir ses moyens et sa puissance au secours de ses entreprinses; et que le trouvant si beau, jeune et vigoureux, elle qui estoit parfaite en toutes ces qualitez luy conseilloit qu'ils couchassent ensemble afin qu'il nasquist de la plus vaillante femme du monde et du plus vaillant homme qui fust lors vivant quelque chose de grand et de rare pour l’advenir.
Alexandre la remercia du reste; mais pour donner temps à l’accomplissement de sa dernière demande, il arrésta treize jours en ce lieu, lesquels il festoya le plus alaigrement qu'il peut en faveur d’une si courageuse princesse.
(LEL, 5, t. VI, p. 23.)
Suyvant un certain oracle... les Athéniens purgerent et mundifierent l'isie de Delos, sacree à Appollo.. ils feirent une ordonnance, que de là en avant il ne fust loysible ny d'enfanter ny d’enterrer homme dedans le pourpris de l'isle de Delos.
(XIL. 17, f. 59 ve.)
En s’en retournant par le pays de Hyrcanie, la Royne des Amuzones qui avoit nom Thalestris, le vint trouver. Elle estoit belle de visage et de taille, et vigoureuse de sa personne à merveilles. Et ayant laissé le fort de son armee es montagnes qui sont sur les confins de l'Hyrcanie: s'en vint avec trois cents amazones seulement, armées trouver Alexandre, lequel de prime face s’esmerveilla de veoir la façon de faire et Ja contenance asseurée de ces femmes. Si demanda à la royne Thalestris quelle occasion la menoit là : elle luy respondit, qu’elle estoit venue pour se faire engrossir par luy. Pource, dit-elle, qu'à ouvyr le bruit de tes faits, tu es le plus vaillant homme qui soit aujourd’huy vivant au monde : et je suis la plus forte et la plus vaillante femme. Si est vraysemblable que ce qui naistra de nous deux devra surmonter en vaillance et en prouesse tant d'hommes qu’il y aura en tout le monde. Alexandre fut fort joyeux de ceste response, et accepta l'offre de sa compagnie. El apres avoir fait bonne chere l’espace de treze jours avec elle, la renvoya en son pays.
(XVII, 16, f. 287 vo.)
(1) Passage attribué a tort par les commentateurs à Thucydide. Comparer son
histoire INT, 194.
Ce dernier exemple est à noter pour la légère inexactitude qu'il présente. Montaigne nous montre Thalestris offrant le concours de ses armes à Alexandre; or cette idée ne se rencontre pas chez Diodore. Montaigne cependant reprend avec beaucoup de fidélité certains mots de son modèle. Il est peu probable qu'il l'ait eu sous les yeux en écrivant: on ne s’expliquerait pas aisément en ce cas son inexactitude. En dépit de toutes plaintes sur sa mémoire, il semble bien qu’elle lui rapporte ici des mots et des détails assez précis.
Ces quelques citations suflisent pour permettre d'apprécier la dette de Montaigne envers Amyot, traducteur de Diodore de Sicile. Voici maintenant le tableau de ses emprunts publiés dans l'édition de 1595 : la lettre À indique qu'il s'agit d’une simple allusion, ou d'une phrase qui ne suit pas de près celle d'Amyot. Les initiales Z et V accompagnent les passages où la fidélité du récit de Montaigne rend particulièrement intéressant de se reporter à la traduction d’Amyot ; la première indique que les deux textes de Montaigne et d’Amyot ont été publiés parallèlement par M. de Zangroniz dans son volume, la seconde qu'on les trouve dans les pages ci-dessus.
je 4, t. 1, p. 6, Dionysius le vieil : . Amyot(Z) XIV: CNE ATSUTS I: SRE MN LES NA Do) ES SE MEN (Z) XVII, Fe f. 262 r° TEe JAP 2 DIOMeUONS (V) XIII. 31-32 f. 118 re IF SOLE D 20 Chabriase : : (A) XV. 9, f. 190 r° DTA CRT Sn RO RTE Tel Du ve (A) XV. 2, EE ATIT I. 18,t.1I, p. 105, Celle qui apporta. . . (NT EVENT ETUIS VS I. 30,t. I, p. 117, La mère de Pausanias (FA 1S.€ ER 10. f. 20 ve LS 0 Rp AMIE OS CUITS (LIENS PATATE TMORETe L'SIAT II MES MIEChOl SRE (2) XVe 416,10 2037r2 LCI SD A6 M AIGXEDATON Er CR (V) XVII. 18, f. 289 vo LCAAUTE PAT MA 240 NPEITAS TR EN Se (A) XII. 24, f. 68 r° LONAS ECAIl SD MO NDINNVEIRS EN FR (V) XVI. 12, f. {4 r° CLP A NTAILET D 00 A CIATUS PCI (AE VI ONE 25 IL. 11, L. III, p. 169, Les Agrigentins . - (A) XIII. 27, f. 108 v° LEA LEIVS D 21 DIONYEIUS ÈS (Z) XV. 20, f. 208 r°
(4) Montagne a d'ailleurs presque autant de chances d’avoir pris ceci chez Tite- Live, IV, 29
(2) Les commentateurs ont reproché à Montaigne d'avoir par erreur intitulé « Les Leneiens », la tragédie de Dyonisius; c'est Amyot qui lui à fournit cette indica-
tion, « avoit peu auparavant faict jouer a Athenes une sienne tragedie intitulée, les Lenciens ».
TRAIN INDE BIS US RS A MY OL INVA XNV T6: 225 re II. 36,t. V, p. 109, L’ancienneté jugea. . (V)XV. 14, { 214 vo DISRS ORNE CD UCI ME VENATOTIQUE CANEXN EN 0 TRIO TE DOG D'MAOSS ONMENUMIANTÉ EE VIEN) Et e207Er LES GUN np. IS TA PrOSPÉTITÉ (1). (A) XV. 24, f, 214 vo LILAS D 184 ATIMOlÉON ES MEN (NOÉ MP IT. 5, t. V, p. 7, Imitation meurtrière . VIEIL 0 ER 295 LOS EAU De LM Test A lheniens tee" (MEGA CET CDR M EN EDS TR AIS ITS RE" (MIX VIL 16,1. 287 «ve ILPA2OLE VE p: 288 © Les Néoritess. {A) XVIL. 93, f. 299 re Hérodote
Montaigne lit en général Hérodote dans la traduction française de Saliat, comme M. de Zangroniz l’a montré. [ci encore le travail de M. de Zangroniz me permettra d’abréger. J'y renvoie pour tous
les parallèles qu'il a donnés ; je me contenterai d'y apporter un complément.
Montaigne Hmyot Ainsi faisoint les Egyptiens, qui, Quand a la façon de faire d’Ae-
au milieu de leurs festins et parmy gypte où ils ont accoustumés d’apleur meilleure chere, faisoient porter ordinairement au milieu d'un aporter l'anatomie seche d’uncorps festin l'anatomie seche d’un corps d'homme mort, pour servir d’adver- d'homme mort et le monstrer
tissement aus conviés. tous les conviez . ..
à (E20/ DS t p.150.) (Banquet des sept sages, Î. 151 D.)
La traduction de Saliat parut pour la première fois en 1556 et elle fut plusieurs fois réditée du vivant de Montaigne, notamment en 1575 et en 1580. Il est inutile, et probablement impossible, de déterminer laquelle de ces éditions Montaigne a eue entre Îles mains : elles se reproduisent très exactement les unes les autres. Je renverrai à la réimpression de la traduction Saliat qui a été faite au XIXe siècle (2), parce que le lecteur pourra se la procurer plus commodément que les éditions originales et parce qu’on y à introduit la division en paragraphes qui en rend le maniement plus
(4) Cf. aussi Cornelius Nepos, Epaminondas, c. X,. (2) Réimpression de Eugène Talbot, Paris 1864.
commode. Voici le titre de l'édition de 1556, celle que Montaigne possédait probablement : «Les neuf livres des histoires de Herodote prince et premier des historiographes grecz, intitulez du nom des Muses Clio, Euterpe, Thalia, Melpomène, Terpsicore, Erato, Polymnia, Urania, Calliope, plus un recueil de George (iemiste dict Plethon, des choses avenues depuis la journée de Mantinée, le tout traduit du grec en françois par Pierre Saliat, secretaire de Monseigneur le Reverendissime cardinal de Chastillon. À Paris, avec privilège du Roy, pour Estienne Groulleau libraire, demeurant en la rue neuve Notre-Dame, à l'enseigne Sainct-Jean-Baptiste.
Saliat n’a pas travaillé directement sur le texte grec, mais seulement sur la traduction latine de Laurent Valla. Les savants du temps trouvaient déjà cette méthode blämable: c’est, je crois, cette traduction de Saliat qu'Estienne vise dans la préface de son Apologie pour Hérodote, lorsqu'il critique des traductions d’historiens grecs faites sur des traductions latines infidèles. Montaigne, nous l’allons voir, ne semble pas s'être soucié de cette difficulté.
Dans l'édition de 1580, les commentateurs nous renvoient une dizaine de fois à Hérodote.
Ed. Jouausr Ed. DEZEIMERIS TNA URL D ee PRNMERTE UE Le conte dit que Psammenitus... TO ET Te 20: LRTADT Xerxes...
LT TR D. 20; ANCD AG ri Cyrus...
LT ALP Elo ET HARRIS Le Le masson de Herodote… TAROT RD 2105 TREMDAE Te Le conte du roi Crésus.… MOTTE, SSP RER Helen 100) Ainsi que faisoient les Egyptiens.…. PA EE mien LS CL TD AI0E La Passion donna au fils de Crésus.. 1078 tele: 0, HORDE Darius demandoit.….
AE Ce IN, DRE EPL Ten Alt Cimon.… LL AAILIPEPALSE TRI NN205; Citation grecque.
En dépit de ce nombre respectable de dix références, il ne me semble pas que Montaigne étudie Hérodote entre 1570 et 1580. Plusieurs de ces exemples étaient déjà tout-à fait vulgarisés, et Montaigne en cite de mémoire : à propos de l’histoire de Crésus et de Solon (1, 20), il dit lui-même que « les enfans le sçavent ». Presque tous ces exemples avaient été utilisés par des moralistes ; c'est chez ces moralistes que Montaigne les prend, et non directement chez Hérodote. Pour certaines anecdotes, pour celles de
Xerxes fouettant la mer et de Cyrus amusant toute son armée au passage du fleuve Gyndus, par exemple ([, 4), les commentateurs eux-mêmes nous renvoient en même temps qu'à Hérodote, à Plutarque (Traité de la Colère) et à Sénèque (De Ira, HI, 21): c’est de Plutarque et de Sénéque qu'ils viennent peut-être en effet. Il y faut joindre encore l’anecdote de Cimon (IE, 11), qui vient très probablement de Plutarque (Vie de Caton l'Ancien), et certainement la coutume des Egyptiens d'apporter un squelette dans leurs festins (1, 20), que Montaigne a copiée textuellement dans son Amyot. D’autres exemples avaient été vulgarisés par les moralistes modernes : tel est celui du (masson de Hérodote » (I, 7), qu'on retrouve dans l’Apologie d'Estienne lue par Montaigne précisément à cette époque ; tel est encore l’anecdote du fils de Crésus retrouvant soudainement la parole (1, 21}, qui est partout chez les compilateurs contemporains de Montaigne. Dans aucun de ces passages on ne trouve chez Montaigne les termes même de Saliat. Il en est de même pour l'exemple de Psammenitus ([, 2), qui cependant était moins répandu. Dans deux cas seulement, on serail tenté de croire que Montaigne se reporte au texte : au texte grec pour la citation grecque de l’Essai Il, 12, à celui de Saliat pour le mot de Darius rapporté dans l’Essai I, 23. Mais je retrouve la premiere dans Stobée, où certainement Montaigne l’a prise (1). Quant à l'exemple de Darius, je le rencontre dans le commentaire que Le Roy dit Regius donne en 1568 des Politiques d’Aristote (livre Il, chap. 6). Le Roy a transcrit textuellement la phrase de Saliat. Or Montaigne s’est certainement servi de la traduction et du commentaire de Le Roy; ce même Essai 1, 23, où il reprend l'exemple de Darius, répète avec de légères modifications des exemples et des idées que Le Roy exprimait au sixième chapitre de son deuxième livre. Il y a tout lieu de croire que là est la source de Montaigne, et que nous n’avons aucune preuve d’une lecture d’'Hérodote en 1570 et 1580. Je me sépare donc ici des conclusions de M. de Zangroniz.
En 1588, il est possible que nous ayons la trace d’une lecture de Saliat; je n’oserais pas l’affirmer; en tous cas, il est certain que Montaigne lui emprunte fort peu directement.
(4) Sermo XXI.
M. de Zangroniz écrit que « dans les chapitres 23 du livre I et 12 du livre IL, les coutumes extraordinaires qui sont rapportées sont empruntées pour la plupart aux livres IT, IT et IV d'Hérodote, » Je crois que c'est une erreur : une ou deux au plus viennent d'Hérodote ; presque toutes, comme nous l'avons vu plus haut, sont prises à Gomara. Plusieurs autres des allégations attribuées par les commentateurs, et après eux par M. de Zangroniz à Hérodote, viennent en réalité de Plutarque. Dans les deux cas suivants, il suffit de comparer entre eux les trois textes
pour s’en assurer :
Plutarque
Il" est vräy “que Gobrias s’estant jetté dedans une petite chambre obscure apres l'un des tyransde Perse qui s'appelloient Mages, comme qui diroit les Sages, & se trouvant aux prises bien à l'estroit avec luy, crya à Darius, qui y survint l’'espée nue au poing, & qui doutoitde frapper le Mage, de peur qu'il
n'assenast quant & quant Gobrias, qu'il donnast hardiment
quand il devroit don-
ner à travers tous les
(Amyot, Œuvres mor.,6d.de 1572, f, 41BetC.)
Et comme les Perses voulussent changer de païs, & au lieu du leur qui estoit aspre & bossu, en prendre. un
Montaigne
Il ne faut pas vouloir mourir pour se venger, comme fit Gobrias: car, estant aux prises bien estroictes avec un seigneur de Perse, Darius y survenant l’espée au poing, qui craingnoit de frapper de peur d'assener Gobrias,illuy eria qu'il donnast hardiment quand il devroit donner au travers tous les deux. »
II, 12, t. IV, p. 81.)
Comme les fruicts naissent divers et les animaux, les hommes naissent aussi plus et moins belliqueux, jus-
Herodote
Gobryas saisit le mage au corps, par quoi Daire demeura tout piqué, pensant, à cause de l'obscurité du lieu, comment il pourroit faire sans toucher Gobryas:; mais Gobryas le voyant demeurer oisif, lui demanda pourquoi il ne jouait de la main ; et il repondit :
«Je regarde à ne vous point frapper.» Gobryas lui dit : « Donnez à tous deux de l'espée travers le corps.
(LL, 78, p. 5.)
Cyrus ecoutant la harangue des Perses...
commanda que les paroles fussent executées : mais, au Ccom-
autre qui estoit doulx & plain, Cyrus ne le voulut pas permettre, disant, que les semences de plantes, & et les meurs des hommes deviennent à la fin semblables aux lieux & contrees où ils demeurent.
Amyot. Œuvres mor. 1572. f. 188.
tes. selon que porte l'inclination du lieu où ils sont assis, et prennent nouvelle complexion si on les change de place, comme les arbres : qui fut la raison pour laquelle Cyrus ne voulut accorder aux Perses de changer leur païs aspre et bossu pour se transporter en un autre doux et plain.
(LA ENV pu45)
mandant, avertit les Perses de s’appreter non à dominer, mais à être dominés:'car est-il ainsi que de régions molles viennent hommes mols, pource que ce n’est le propre d'une meme terre de porter fruit admirable et hommes vaillants pour la guerre. Les Perses se repentirent et désisterent, comme vaincus,
de l’opinion de Cyrus...