E, 30, €. II
(F. 85, ve.)
Olintlec ricevette Cortes molto Ailleurs, en certains bourg, pour bene, & allegio et provedette a tutta la bien venue dudit Cortez, ils sacrila gente copiosamente, perche cosi fierent cinquante hommes tout à la haveva commandamento di Motec- lois.
zuma che lo honorasse, secondo che WP B0 MAI p.124) poi lo disse lui medesimo, & commandamento à favore, sacrificio 50 huomini per allegrezza, il quale sangue viddero fresco & netto (3).
Han)
Ce que Montaigne nous dit encore, dans son Essai « Ds destriers », sur l’étonnement que ces animaux Ccausèrent aux sauvages lors de l’arrivée des Espagnols dans leur pays, me semble se référer encore au même volume de Gomara. Voici le texte de Montaigne :
« Ces nouveaux peuples des Indes, quand les Espagnols y
(1) Montaigne a lu encore le même fait dans l'Histoire générale des Indes de Gomara : « Entre les habitants de Tlaxcallan et les Mexicains y avoit guerre perpetuelle, Les habitans disoient que c'estoit pour maintenir leur liberte : Et les Mexiquains se vantoient que ils ne vouloient aucunement mettre fin à ceste guerre, ni les renger entièrement sous leur joug, à fin que leurs jeunes hommes eussent toujours occasion de s'exerciter aux armes prés d'eux sans aller chercher les frontieres au loing : & aussi pour avoir prés d'eux un moyen de recouvrer soudainement des hommes pour les sacrifices à leurs Dieux aux temps & Jours dediez pour ce faire, envoians une armee à l’impourveu sur leurs terres, desquelles ils amenoijient des hommes autant qu'ils en avoient affaire pour l’année. fo 83 r°.
(2) Aucuns tiennent que c'estoit pour exercer la jeunesse de Mexico & de Culhua, afin qu’elle escumast ses premiers bouilllons, guerroyans les Provinces voisines, sans aller si loing à Panuco & Tecoantepec, regions frontieres & trop à l’escart: & pareillement aussi d'en tirer des hommes prins en guerre, pour continuer leurs sacrifices aux Dieux..F. 430, r°.
(3) Olintlec receut l’estranger humainement, nour ce qu’il avoitcharge du Roy Mexicaiu d’ainsi le faire, comme depuis il le dit, encores ce barbare par commandement, ou signe de faveur, feit sacrifier cinquante hommes pour une allegresse publique, desquels le sang estoit encores tout frais espandu à la venuë des nostres, F, 98 r°.
arrivèrent, estimerent, tant des hommes que des chevaux, que ce fussent, ou dieux, ou animaux en noblesse au-dessus de leur nature. Aucuns, aprés avoir esté vaincus, venant demander paix et pardon aux hommes et leur apporter de l'or et des viandes, ne faillirent d'en aller autant offrir aux chevaux, avec une toute pareille harengue à celle des hommes. prenant leur hannissement pour langage de composition et de trefve, » (1.-48, t. IE, p. 256).
Ici Montaigne ne se tient très près d'aucun texte que je sache. On pourrait citer de nombreux passages des livres de Gomara où se manifestent l'admiration et la terreur éprouvées par les Indiens en présence des Chrétiens. Ici, Cortez est obligé de les rassurer et de leur déclarer lui-même que ses soldats sont des hommes mortels ; ailleurs (et c'est le plus souvent) il exploite leur crédulité à son profit ; ailleurs encore les Indiens noient un Espagnol prisonnier afin de faire une expérience décisive, et pour se prouver à eux-mêmes qu'ils n’ont à faire qu'à des êtres mortels. Pour ce qui est des chevaux, voici le passage que Montaigne me parait avoir eu dans l'esprit.
« Venne a Cortez il signor di quella terra, & altri quattro 0 cinque suoi circonvicini, con buona compagnia di Indiani, & gli portarono galline, & galli, frutte, & altre cose di provisione per l’essercito suo, & fino a quattrocento pesi d’oro in gioielli, & certe pietre turchine di poco valore... Domandorono perdonanza de tutto il passato, progerono che li ricevessero per amici, & si rimessero nelle sue mani... Annitrivano li cavalli & cavalle che tenevano ligati nel cortiglio del tempio di dove passavano, a certi arbori che vi eran, domandavano li Indiani che diceano, alli quali risposero i Spagnoli, che si sdegnavano perchè non li castigano per havere combattuto, & per questo loro, gli davano delle rosse, & galli perchè mangiassero, pregandogli li perdonassero. (F. 32 R).
Enfin, il me semble que c'est encore un souvenir du même ouvrage qui à dieté à Montaigne le récit qu'on va lire dè la mort de Gualimozin ou de Guahutimoc, l'infortuné successeur de Montézuma sur le trône du Mexique. Mais ici il nous faut constater de notables infidélités qui commandent la prudence, et qui invitent à se demander si Montaigne n'aurait pas connu quelque autre source en même temps que celle-là. Nous allons d’abord
rapprocher les deux textes afin qu’on puisse voir clairement les différences qui les séparent.
« Le roy de Mexico, dit Montaigne, ayant longtemps defendu sa ville assiegée et montré en ce siege tout ce que peut et la souffrance et la perseverance, si onques prince et peuple le monstra, et son malheur l'ayant rendu vif entre les mains des ennemis, avec capitulation d’estre traité en roy (aussi ne leur fit-il rien voir, en la prison, indigne de ce tiltre) ; ne trouvant poinet aprés cette victoire tout l’or qu’ils s’estoient promis, aprés avoir tout remué et tout fouillé, se mirent à en cercher des nouvelles par les plus aspres geines dequoy ils se peurent adviser sur les prisonniers qu'ils tenoient. Mais, n'ayant rien profité, trouvant des courages plus forts que leurs tourments ils en vindrent en fin à telle rage que, contre leur foy et contre tout droict des gens, ils condamnerent le roy mesme et l’un des principaux seigneurs de sa court à la geine en presence l’un de l’autre. Ce seigneur, se trouvant forcé de la douleur, environné de braziers ardens, tourna sur la fin piteusement sa veue vers son maistre, comme pour luy demander congé de dire ce qu’il sçavoit pour se redimer de cette peine insupportable. Le roy, plantant fierement et rigoureusement les yeux sur luy, pour reproche de sa lascheté et pusillanimité, luy dict seulement ces mots, d’une voix rude et ferme : ( Et moy, suisje dans un bain ? suis-je pas plus à mon aise que toy ? »
Celuy-là soudain aprés succomba aux douleurs et mourut sur la place. Le roy, à demy rosty, fut emporté de là, non tant par pitié (car quelle pitié toucha jamais des ames qui, pour la doubteuse information de quelque vase d’or à piller, fissent griller devant leurs yeux un homme, non qu'un roy si grand et en fortune et en merite) mais ce fut que sa constance rendoit de plus en plus vaine leur cruauté. Ils le pendirent depuis, ayant courageusement entrepris de se delivrer par armes d’une si longue captivité et subjection, où il fit sa fin digne d’un magnanime prince (II, 6, t. VI, p. 66).
Lopez de Gomara conte tout au long l’héroïque résistance de Guatimozin, les circonstances malheureuses qui le livrèrent aux mains de Cortez, et cette capitulation à laquelle Montaigne fait allusion. On voit encore chez lui l'énergie du roi dans sa captivité où il trame un redoutable complot contre les Espagnols et se voit
lee
sur le point de rendre l'indépendance à son pays. Les divergences ne sont que dans le récit de la torture qui lui fut infligée. Après avoir maltraité leurs prisonniers pour apprendre d'eux où le trésor était caché, après avoir fouillé partout... (Montaigne est toujours exact), les Espagnols se décident à tenter l'effet de leurs supplices sur le roi et sur un de ses principaux seigneurs :
Nessuno Mexicano non diceva niente, anchora que tutti dicevano come era grande il thesoro delli Dei, & delli Re, per questa causa resolvattero di dare tortura a Quabhutimoc, & ad uno altro cavalliere, suo favorito, il cavalliere fu tanto constante, che anchora che morse nel tormento di fuoco non confessô cosa niuna di quante gli domandano sopra tal caso, 0 perchè non 10 sapeva, 0 perchè guardando constantissimamente il secreto che il suo signore gli confida, quando lo abbruciavano, guardava molto nel viso il Re perche havendo compassione di lui, gli desse licentia, secondo dicono, di manifestare quello che sapeva, 0 veramente che lo dicesse lui, Quahutimoc 10 guardô con grandissima ira, et lo trattô vilissimamente come huomo mole et da poco : dicendo se vedeva lui in qualche dilettatione overo in qualche bagno. Cortes levà del tormento à Quahuttimoc parendogli cosa brutta et crudeltà, 0 forse perche disse come haveva buttato nello lago, dieci di innanzi della sua prigionia, la pezze dell’artiglieria, l’oro, & argento, le pietre, perle, ricchegiore che haveva, per havergli detto il Diavolo che sarebbevinto. (p. 211 vo - 212.)
(1) Tous disaient bien que le tresor des Dieux & de leurs Roys estoit grand, mais rien d'avantage. Pourtant il fut conclud, qu'on donneroit la genne au Roy Quahutimoc, & a un Prince sien familier. Quoy qu'on applicast ce Prince au tourment du feu, si aspre qu'il y rendit l'esprit, si ne voulut il jamais confesser aucune chose, de tout ce qu'on l'interrogeoit touchant cela, ou pource qu'il n'en sçavoit rien, ou que ces gens là gardent avec une constance admirable le secret qu'ils tiennent de leur Roy. Comme on luy chauffoit les pieds tres-ardemment, il avoit tousjours l'œil sur le Roy, afin (à ce qu'on dit) qu'ayant pitié de luy, il fuy donnast permission de reveler ce qu'il sçavoit, ou que le Roy le dist Iuy-mesme. Quahutimoc le regarda hideusement, & de travers, le blamant d'estre si mol & lasche, & luy demanda s'il estoit en un bain delicat, non plus que luy. Par ceste parole, Ferdinand feit oster le Roy de la torture, lay semblant que c'estoit vilenie & cruauté de le tant molester : aussi que luy donnant la gehenne, il dit qu'il avait enfoncé dans le lac, dix jours auparavant sa prise, l'artillerie que les Chrestiens avoient laissee, & l'or, l'argent, pierres & perles, & tous les joyaux qu'il possedoit, par despit que le diable luy avoit predit sa ruyne. p, 327 ro.
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A comparer avec ce récit celui que nous avons lu dans les Essais, on aperçoit chez Montaigne une double intention qui explique les divergences. Il veut rendre plus odieuse encore la cruauté de Cortez, et, par contraste, élever davantage le courage du roi torturé. Tout le contexte oppose les vertus des Indiens à l'inhumanilé et aux vices de leurs vainqueurs espagnols : il préparait donc eette légère déformation. Montaigne refuse de croire que ce soit par compassion que Cortez à délivré Gualimozin du supplice : la pitié, pense-t-il, ne peut pas toucher de telles âmes. Et, d'autre part, il ne dit pas que Guatimozin confessa avoir jeté ses trésors dans le lac: une inflexible obstination convient seule à sa dignité royale ; seule est en harmonie avec la fière réplique qu'il vient d'adresser au seigneur torturé à ses côtés.
Je ne pense pas que si Montaigne avait eu son texte de Gomara sous les yeux, il aurait commis ces infidélités : son exactitude habituelle m’'empêche de le croire. Notez d’ailleurs que rien ici n'est textuellement traduit. Peut-être en faut-il conclure qu'il à pris le récit dans un ouvrage de seconde main que je n’ai pas encore rencontré. Pourtant une autre hypothèse me parait plus probable.Tous les autres emprunts que nous avons signalés dans la traduction de Cravalix ont pris place dans le premier livre des Essais. Ils sont fidèles et ont dû être insérés au moment même de la lecture de Montaigne. Celui-ci seul se rencontre dans le troisième livre, et il est inexact. Ne serait-ce pas que Montaigne à lu la traduction de Cravalix à une époque où il ne composait pas encore le troisième livre, et où il se contentait d'insérer ses additions aux deux premiers, avant 1586. Plus tard, au moment où, inspiré par la lecture de l'Histoire générale des Indes, il écrivait cet essai « {les coches, » où il exaltait les vertus des sauvages et s’indignait contre les cruautés des Espagnols, tout naturellement le récit autrefois lu dans le livre de Cravalix lui est revenu à la mémoire. Quelques mots de l'Histoire générale le lui rappelaient d’ailleurs. Et tout naturellement encore, inconsciemment, cédant aux préoccupations du moment, Montaigne l’a légèrement déformé pour le faire servir d’une manière plus complète au triomphe de sa thèse.
Ce n’est qu'une hypothèse qui a lavantage d'expliquer les inexactitudes du récit de Montaigne. Elle reste douteuse, bien
entendu. Mais quoi qu’on en veuille penser, une chose est certaine, c'est que, entre 1580 et 1588, Montaigne a lu avec attention l'histoire de Cortez écrite par Lopez de Gomara. C’est un signe nouveau du fait que nous signalions tout-à-l’heure : à cette époque la curiosité de Montaigne commence à se disperser, elle cherche à se dépayser. Elle le fera bien d'avantage encore après 1588.