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fictifs, les comptes généraux, destinés à représenter le commerçant proprement dit, abstracüon faite du capitaliste, qu'est la fiction sur laquelle repose toute la partie double. Voilà le véritable critérium qui distingue les deux méthodes.
Iseraitutile, pour harmonie de cette analyse, de montrer d'ores et déjà comment, après la mise en œuvre des comptes : Marchandises Générales, Caisse, Effets à Recevoir, Effets à Payer, la fiction s’élimine d'elle-même et la vérité se rétablit par la seule logique de la méthode, grâce au jeu du compte Profits et Pertes.
Mais il serait périlleux d’entrer dans cette explication avant d’avoir exposé la tenue des livres en partie double. Que l’on veuille bien patienter jusque-là.
Nous nous efforcerons, d’ailleurs, d’être assez bref. Aussi bien notre tâche n’est-elle point d'enseigner la tenue des livres, mais seulement d’en exposer ce qui est indispensable pour la discussion des principes.
D’après M. Léon Say (1), ce serait en Italie, à Venise, que la comptabilité en partie double aurait pris naissance. «Elle a été probablement
(1) Considérations sur la comptabilité en partie double, Mémoires de l’Académie des sciences morales et politiques, XVI: vol., p. 805.
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si
inventée, dit-il, par les gardiens de ces bancs où les marchands venaient s’asseoir pour traiter leurs affaires, comme on le fait encore dans les Bourses modernes. Il y avait dans ces endroits des gardiens du Banco, des garçons de cercle, comme on dirait aujourd’hui, et ces garçons de cercle sont devenus bientôt les caissiers communs de tous les marchands qui fréquentaient le Banco.
«Ils avaient à suivre des opérations souvent très compliquées, et, pour mieux se les rappeler, ils ont inventé une langue imagée qui leur permît de décrire tout ce qui se faisait dans leur Banco, et de dresser des tableaux dont l’exactitude pût se vérifier d’un coup d'œil. Il y a des ouvrages du xv° siècle qui parlent déjà de la comptabilité en partie double comme d’une méthode courante, et qui, afin d’instruire les marchands, donnent les règles à suivre pour la bonne tenue des livres. Lucas Paccioli, franciscain du Bourg de Saint-Sépulcre, a fait un traité de comptabilité en partie double intitulé : Somme d'arithmétique. W n’est pas le seul, d’ailleurs, et il a été sans doute précédé et certainement suivi par beaucoup d’autres.
IL est hors de doute, dit un auteur italien, € M. Bonalumi, que, non seulement Venise, mais «encore Florence, Pérouse et Gênes avaient adopté la partie double depuis longtemps,
«quand le frère de Saint-Sépulcre est venu au «€ monde et qu'il a écrit sa Somme en 1494. »
« Le professeur Richeri a fait des découvertes intéressantes sur les écritures de la commune de Gênes au moyen âge. Il parle d’un registre qu’on peut voir encore de nos jours aux archives de Saint-Georges, registre qui porte la date de 1348 et dont les premières pages seules font défaut. C'est le livre du massaro général de la commune, ou, en d’autres termes, du trésorier municipal. Il est très différent des autres livres de caisse. C’est la véritable partie double.
« De lItalie, la comptabilité en partie double s’est répandue, mais avec lenteur, dans toute l'Europe, en Allemagne, en Flandre, en France et en Angleterre. »
Quoi qu’il en soit de ces origines, la méthode de la partie double fut un énorme progrès. Il n’est pas exagéré de dire, avec M. Léon Say, qu’ «elle est pour les commerçants ce que l’algèbre est pour les mathématiciens ».
Elle généralise et condense le raisonnement, et les comptes y apparaissent simples, suecincts, symétriques, avec la netteté d’un tableau synoptique.
Ce sont des comptes qui procèdent entre eux aux échanges, aux opérations commerciales les plus diverses, et c’est pourquoi, dans son dialogue avec le prince d'Orange sur les avantages
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de la comptabilité des marchands, Simon Stevin, marchand de Bruges au xvr° siècle, pouvait écrire : « Le marchand parle débit, crédit, balance; fait Poivre, Gingembre, Capital, Caisse, débiteurs, si bien comme les hommes. » C’est donc que, dès 1607, le caractère principal et distinctif de la comptabilité en partie double était la personnification des comptes, la création d'êtres fictifs.
« Les marchands enfermés dans les villes, dit M. Léon Say, n’entendent, au milieu de leurs ballots, la voix d'aucune Naïade ; c’est tout au plus si, de temps à autre, Eole trouve assez de place pour dégonfler ses outres dans létroite merceria qui donne accès à leurs magasins. Les dieux du grand air ne se plaisent pas dans les arrière-boutiques. Cependant, l’imagination ne perd jamais ses droits. Quand la race des pâtres est devenue marchande, elle a porté dans les affaires le goût qu’elle avait pour les fictions, et elle s’est fait une nouvelle société d'êtres imaginaires, pour ne pas vivre isolée. La caisse et lemagasin sont devenus des personnages mythologiques, dieux roturiers qui n’ont d’ailleurs pas manqué d’autels. »
Si l'imagination a eu sa part, et M. Léon Say la fait belle, dans l’invention de la méthode en partie double, il faut reconnaître que les marchands ont su y apporter une limitation très