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mystiques ou par l'art de Satan, peu importe. L'essentiel pour le prêtre du pouvoir (le pharisien), c'est de tenir ce pouvoir déchirant dans sa main, et ce fut là, en effet, le but des Talmudistes, disciples des grands-prêtres, maîtres du pouvoir absolu, et qui même après avoir perdu ce pouvoir (grâce à leur fanatisme), ont rempli leur pays de sectes, d'agitations, de rebellions et d'anarchies, jusqu'à ce qu'il fût la proie de l'étranger et la risée du monde entier !
Les peuples, comme les individus, ont l'habitude d'attribuer leurs malheurs à des causes extérieures ou à des forces supérieures. Rarement scrutent-ils leurs actions, en les soumettant aux jugements de la logique, plus rarement encore cherchent-ils la cause de leurs défaites, la perte de leurs droits dans Toubli de leurs devoirs les plus élémentaires. Les individus comme les peuples répugnent d'ailleurs d'accepter franchement la loi de la solidarité. On veut bien jouir des bienfaits de ses aïeux, on aime à se mettre à l'abri sous l'ombre des arbres que des ancêtres ont plantés, sans les avoir vus grandir, mais on se roidit contre cette même loi, dès
qu'il s'agit de payer une ancienne dette, et plus encore, dès que Ton doit subir le châtiment d'un mal, commis par les pères, et qui n'a pu être expié par eux. — Le niai comme le bien laissant forcement un laps de temps entre la cause et l'effet. — De soi-disant penseurs ont nié cette solidarité. Ce serait, disent-ils, une injustice que de faire expier aux enfants les crimes des pères. Oui, c'en serait une, si les enfants, reconnaissant le mal, réagissaient contre lui pour en arrêter le cours, pour couper l'effet à la racine de la cause. Mais cela se' fait rarement. Les enfants acceptent presque toujours les fruits de ce mal, ignorant que ces fruits ne sont que passagers, qu'ils sont empoisonnés. Les enfants reconnaissent encore plus .rarement les fautes des pères; d'ordinaire ils y persévèrent, les continuent et les défendent par toutes sortes de mauvaises raisons^ ils s'y engravent, s'y embourbent, s'y enlisent. Le mal devient alors un crime national. Un individu revient quelquefois à récipiscence. En réfléchissant, en scrutant son for intérieur, il reconnaît parfois son tort. Mais un peuple revient rarement sur ses crimes natio-
naux ; Il cherche et il trouve des arguments et des prétextes pour défendre son passé jet son présent; il lui faut des siècles d'expiation pour lui faire reconnaître ses erreurs, pour lui faire changer de voie et de système.
C'est ce qui est arrivé à la nation juive.
Voilà bientôt dix-huit siècles que ce peuple est dispersé parmi toutes les nations, comme Moïse le lui a prédit, par trois fois, avec tous les détails de la misère et de Tabjection.
Depuis plus de douze cents ans (depuis le sixième siècle jusqu'à 89), ce peuple est martyrisé par toutes les nations, valant moins que lui, et traité comme un être hors la loi, que Ton peut voler, piller, détrousser, injurier, assassiner à merci, impunément.
Bien des fois des penseurs de ce peuple, abreuvés de douleurs, abîmés de martyres, se sont demandé : Pourquoi sur nos tètes seules tous ces malheurs? Qu'avons-nous fait pour être le bouc émissaire de toute l'humanité?
^ 'avons-nous pas un corps et une âme comme nos bourreaux? ne naissons-nous pas, ne niourrons-nous pas nus connue eux? Ne sommes-
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nous pas intelligents, sensibles, raisonnables comme eux? Dieu a-t-il posé sur nos fronts un signe d'esclavage , a-t-il gravé le sceau du malheur sur notre poitrine, sommes-nous disgraciés par la nature? Ne sommes-nous pas en tout les égaux de nos oppresseurs , partageant avec eux les qualités et les défauts de la nature humaine? Pourquoi donc sommes-nous seuls persécutés, injuriés, vilipendés, exposés à toutes les injustices des méchants, abandonnés à tous les sots, à tous les envieux, à tous les scélérats du fanatisme, à tous les malfaiteurs des nations barbares et demi-barbares.
A cela les chrétiens d'avant 89 ont toujours répondu et répondent encore aujourd'hui :
« Cest que vous avez crucifié Notre-Seigiieur Dieu Jésus-Christ. »
Réponse à la fois odieuse, et hypocrite! Il ne m'appartient pas de discuter la divinité de Jésus, mais de toute manière la réponse ne supporte pas cinq minutes de réflexion et de critique.
Si Jésus est Dieu, s'il s'est fait homme pour être crucifié, afin de racheter l'humanité, les
juifs qui l'ont crucifie n'étaient que ses fidèles instruments. Loin de punir leurs descendants, les chrétiens devraient leur décerner des récompenses, pour avoir obéi à la voix de Dieu, afin de contribuer au rachat de l'humanité, pour laquelle il a souffert avec amour, avec passion! Si Jésus n'est pas Dieu, les juifs qui l'ont crucifié ont certainement commis un crime horrible, un crime de lèse-humanité, mais qui n'a nullement besoin de dix-huit siècles d'expiation. Il y a plus. Dans le cas même que ce crime eût exigé des victimes expiatoires, il eût dû s*arrêter du moment que les vaincus, à leur tour, sont devenus des vainqueurs. Or, c'est juste le contraire qui est arrivé. Non-seulement les juifs n'ont été poursuivis que du moment de l'avénement du christianisme officiel, mais encore ce même christianisme ^ pour devenir une religion , a officiellement abandonné la doctrine du crucifié pour adopter celle des crucificateurs^ le dogme chrétien n étant autre ^ comme nous Cassons prouvé^ que le dogme des tatmudistes pharisiens y Ui^ec la seule différence^ qui au lieu du Seigneur (Jbéni soit'il) ils ont mis Jésus , et en changeant
t unité en trinité. Les noms sont changés^ mais les principes sont les mêmes (wec toutes les conséquences sociales.
La mort de Jésus n'est donc pas et ne saurait être la cause de l'annihilissement du peuple juif pendant des siècles.
Il faut chercher ailleurs !
Car il ne suffit pas de rechercher les causes des malheurs d*Israél durant des siècles, il faut encore approfondir celles de sa durée et de son inexterminabilité. Tant d'autres nations ont disparu aVec leurs antiques religions. Toutes ont accepté la foi du {vainqueur ^ en prenant part au banquet de la i^ie. Seule ^ la nation juiife présente un double phénomène historique.
Elle ne peut pas mourir.
Elle aime mieux vivre misérablement, en gardant sa foi vaincue, que de vivre glorieusement en acceptant la religion dominatrice.
Quelques chrétiens, sentant cette objection, ont dit qu'il fallait qu'il y eût toujours des juifs pour rendre témoignage au christianisme. Vraiment ! C'est se contenter de peu. Si le christianisme n'avait pas d'autre témoignage que l'exis-
tence des juifs, il n'y aurait pas là de quoi s'enorgueillir.
Les Rabbins à leur tour, les modernes comme les anciens, prétendent que, possédant à eux seuls la vérité, — l'unité de Dieu, — que, dépositaires de cette vérité, ils doivent rester jusqu'à ce que tous les peuples l'aient reconnue.
Mais ces mêmes Rabbins, au nom même de cette unité , professent absolument les mêmes principes que leurs persécuteurs. Destinée de l'homme, la grâce plus ou moins réconciliée avec le libre arbitre , la prescience de Dieu , le pardon du mal par l'aumône ou la prière, après repentir et confession, il n'y a pas un zest de divergence entre un talmudiste le plus orthodoxe et le jésuite le plus retors. Ce que l'un prêche au nom de Jéhovah Un, l'autre le prône au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Dans les détails il y a quelques nuances. L'un ordonne la circoncision, l'autre le baptême ; l'un n'exige pas la confession auriculaire et il défend de manger du lièvre et de la viande de porc, mais, tous deux, sur la loi fondamentale de la religion, professent absolument les mêmes prin-
cipes. Même doctrine sur Dieu, sur sa toute puissance, sa prescience, sa manière de s*interrompre et de faire des miracles. Mêmes principes sur lenfer, le paradis, le purgatoire, l'immortalité, la résurrection et le dernier jugement. Mêmes principes, absolument les mêmes, sur la récompense du bien et le châtiment du mal, sur le juste malheureux et le méchant heureux. Les philosophes juifs depuis Job jusqu'à Spinoza exclusivement — ce dernier rompant en visière aux arguties scolastiques — traitent comme tous* les penseurs chrétiens les mêmes sujets, posent les mêmes problèmes et les résolvent de même. Nul d'entre eux n'est parvenu un moment seulement à concorder la prescience avec le libre arbitre, la grâce avec la justice, la destinée avec la volonté, tous rongent l'os de Job et y ébrèchenl leurs dents. Tous accordent que Dieu peut annihiler les suites d'une action humaine par le pardon, qu'il peut faire qu'une chose faite ne le soit plus, qu'il aurait pu, par conséquent, créer l'homme autrement qu'il est, qu'il a mieux aimé le créer imparfait et pécheur, pour pouvoir lui pardonner ces péchés; que si Dieu voulait.
l*homme ne pécherait pas du tout. Tous enfin conviennent que Dieu suspend ses lois de temps à autre pour gouverner par des miracles. Et si par hasard quelqu'un, juif ou chrétien, ose relever ces contradictions, ces axiomes qui s'excluent d'eux-mêmes, il est déclaré athée, hérétique, mis au ban de la société, aussi bien parles rabbins que par les muphtis et les évêques.
Quelle était donc la mission des Juifs après la venue du christianisme? Quelle vérité particulière avaient-ils à conserver? Pourquoi ont-ils toujours vécu et pourquoi ne sont-ils pas morts une fois pour toutes ?
Voilà les questions très-graves que nous allons examiner et qu'on ne saurait examiner avec fruit, sans quitter toutes les ornières rebattues et bourbeuses, dans lesquelles ont roulé depuis dix-huit siècles, juifs, chrétiens et musulmans!
Les nations, dit Tacite, périssent quand leur raison d'être a disparu, quand le principe en vertu duquel elles se sont élevées n'existe plus, ou a été renié par elles.
Voyons quelle a été la raison d'être de la nation juive.
Rien de plus facile à trouver. Cette raison d'être, Moïse la énoncée plus de dix fois, en y ajoutant, comme Tacite, que le peuple tombera dans l'esclavage, disparaîtra même, dès qu'il l'oubliera, la violera ou la méconnaîtra.
Au milieu de plusieurs peuples idolâtres et par conséquent matériels, barbares et ne pratiquant que le droit du plus fort, — car les hommes agissent toujours les uns envers les autres d'après l'idée plus ou moins juste qu'ils ont de Dieu, — Abraham, au risque d'être brûlé vif, proclama l'existence d'un Être suprême et juste, l'égalité des créatures devant le Créateur et l'amour du prochain. Soit qu'il eût reçu cette croyance d'un autre, soit qu'elle fût le résultat de son génie, toujours est-il que lui, le premier dans l'histoire connue et recueillie par des hommes, a fondé une tribu, reniant les idoles, reconnaissant un Dieu idéal et proclamant en son nom la justice contre le droit du plus fort. Abraham lui-même risque sa vie pour venir au secours de son ami Malkizedek , et refuse , après la victoire, d'accepter une récompense quelconque.
pas même un cordon de soulier ^ Il était de son devoir de compromettre fortune et vie, pour empêcher une injustice faite à son prochain.
Le premier acte d*Abraham, la première conséquence de son principe fut l'abolition des sacrifices humains. Il était d'usage, chez tous les peuples de son temps, de sacrifier les enfants les plus chers, dans le but d'apaiser la colère des dieux. Naturellement. Leurs dieux étaient des forces plus ou moins supérieures, et toujours la force inférieure était sacrifiée à la force supérieure. De justice, pas une trace La terre existait pour la plante, la plante était dévorée par l'animal, l'homme sacrifiait l'animal ; à son tour, il devait être sacrifié à une force supérieure, qui, elle aussi, subissait le bon plaisir d'un Jupiter plus fort que les forts. Abraham, proclamant un Dieu juste, ne pouvait pas admettre un usage si barbare. De là l'histoire du sacrifice d'isaac, auquel, au nom de Dieu, il substitue un bélier. Légende ou non, c'est le premier pas de