‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 41 sur 184 · np:i vh npai · texte numérisé non relu

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que les quatre mots de pardon ne sont pas de Moïse.

Mettons à la place de Jéhovah la Loi^ et voyons si ces attributs sont conformes ou contraires à la raison. Je ne fais pas l'apologie du système de Moïse, je l'explique.

La loi, représentant la justice, peut être compatissante, longanime, pleine de charité et de douceur, mais seulement avant son application à un crime.

Plutarque a écrit des pages divines sur la divine justice. D'après lui cette justice est lente, très-lente, miséricordieuse, avertissante comme une réprimande paternelle. Elle parcourt trois phases sur lesquelles les hommes ont modelé les trois instances, mais une fois qu'elle a prononcé elle est immuable. Voila l'idée de Platon! Voilà l'idée de Moïse. Jéhovah est très-patient, trèsindulgent, très bon; il avertit, mais il ne laisse rien impuni^ et il ne pardonne pas une iniquité. Le bien, il s'en souvient jusqu'à la millième génération, et pour le mal jusqu'à la quatrième, w mais seulement quand les générations persé^ vèrent dans le mnl. » On a voulu expliquer Ze«-

laphim comme une façon de j)arler qui veut dire longtemps; mais, n'y a-t-il pas dans notre société même des gredins qui jouissent du nom de leurs ancêtres d'il y a cinq siècles ? Y a-t-il dans la société un arrière petit-enfant d'un malfaiteur qui, h moin^ (Tune vie exemplaire ^ ne souffre pas de l'iniquité de son trisaïeul? Qu'on aille donc au village où l'on connaît Torigine de toutes les familles, l'on verra que le châtiment indiqué par Moïse est dans la loi de la nature. Quant à moi, je ne crois pas qu'il se borne à la famille du malfaiteur. En vertu de la solidarité de tous les êtres les suites d'une injustice commise, qu'on a laissé commettre, s'étendent encore plus loin, même sur des soi-disant innocents , attendu quil nest permis à personne de ifioler les droits d autrui ni surtout de laisser faire une injustice à son prochain^ sans risquer de faire retomber les effets sur ses propres enfants. L'histoire qui est le tribunal de Dieu en fait grandement foi. Elle prouve nonseulement la vérité de Moïse, mais encore la mienne!

Est-ce à dire que la société ait le droit d'éten-

dre cette solidarité de crime des pères aux enfants? Moïse qui a dû craindre cette autre iniquité dit expressément * : « « Les pères ne doivent pas mourir pour les enfants, ni les enfants pour les pères ; chacun mourra pour son propre crime. » La justice humaine ne peut être qu'individuelle. Elle ne frappe que le criminel. Mais, le premier coup porté, si le crime a été réel, les effets, quoique moindres, s'étendent certainement plus loin, que la justice le veuille ou non. La justice divine, qui, selon Moïse, est plus sûre et plus parfaite , se soui^ient — c'est là son mot* — également pour quatre générations. Heureux, mille fois heureux si les hommes ne s'en soutiennent pas plus longtemps. Je n'en connais pas dans l'histoire!

La justice de Moïse , le pivot de son principe philosophique, est longanime, sévère pour des délits réparables mais inflexible pour des crimes irréparables. Il va de soi que cette justice est égale pour tous. Quiconque a tué un homme*

\. Deutéronome, chap. xxiv, v. 16.

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