Deutéronome, chap. xxxi, s . \t
i56 LES LIVRES DE DIEU.
comme' Moïse les droits naturels de l'esclave même? Moïse reconnaît partout Tinfluence de la femme sur rédiication et la religion; il ne craint rien tant pour son peuple que la corruption des femmes idolâtres. Il ne veut pas qu'on les ménage plus que les hommes, en cas de guerre d'extermination, et déjà l'histoire de Balak et de ses Médianites prouve que cette crainte n'était pas vaine.
Moïse n'a pas défendu les mariage^ consanguins par raison religieuse. Ces défenses ont toutes été instituées dans un but de pureté et de sûreté sociale. Ainsi Moïse a défendu au neveu d'épouser sa tante,' et il a permis à l'oncle d'épouser sa nièce. C'est que le neveu voyait souvent sa tante auprès de sa mère ou de son père, tandis que l'oncle ne pénétrait pas dans la maison de sa sœur mariée et ne voyait pas si souvent sa nièce, surtout en Orient et du temps de Moïse.
L'histoire des Grecs, des Romains et même des Juifs prouve le danger de la permission des mariages consanguins; témoin le crime d'Âmnan et de Thamar, tous deux enfants de David, mais de deux mères. S'il était permis d'épouser sa tante,
sa belle-sœur ou son beau-frère, plus d'un crime serait prémédité et exécuté dans l'intérieur des familles. Moïse a fait exception pour le beau-frère en cas de mort du mari sans enfant.
I^ femme juive se maintient à sa hauteur pendant le règne de la démocratie; elle ne s'avilit que lorsque les Juifs sont gouvernés par une monarchie absolue. Bientôt après, la femme disparaît comme figure politique et sociale, et il n'est plus question d'elle que dans les livres des prophètes, des poètes et pendant les grandes calamités nationales. La femme prend partout pour elle la plus grande somme de douleur.
Récapitulons !
Je crois avoir prouvé, soit en citant les textes, soit en indiquant les chapitres :
Que Moïse lui-même nie toute révélation céleste ou miraculeuse;
Que sa doctrine religieuse, sociale et politique repose uniquement sur la Rafsoii^ en rapport direct avec le créateur et émanant de lui;
Que le peuple juif n'a été élu ni pour sa vertu, ni pour sa noblesse, ni pour sa force, mais uniquement pour servir :
Premièrement : de peuple justicier contre les peuples idolâtres, impies et barbares.
Secondement : de peuple modèle à Tbumanilé tout entière, à condition qu'il suivra les lois de Dieu basées sur la liberté et le devoir.
Que si ce peuple manquait à ses devoirs, si élu qu'il fût, il perdrait tous ses droits. Le Dieu de Moïse n'est pas un être fortuit, plus fort que d'autres dieux, gouvernant le monde d'après ses caprices et sa volonté arbitraire, condamnant aujourd'hui et pardonnant demain , donnant à celui-ci, santé, fortune, pouvoir etl'ôtant à celuilà, parce que tel est son bon plaisir, mais l'Être qui est ce qu'il est, ce qu'il fut, ce qu'il sera; Jéhovah, en un mot. La loi, la logique qui jamais ne change, qui n'a égard, ni au riche, ni au pauvre, ni au fort, ni au faible.
Dieu, c'est la justice incorruptible, immuable. Par son essence, par sa loi le bien produit toujours le bien , et le mal engendre toujours le mal.
Celte justice ne laisse rien impuni, mais rien non plus sans récompense.
L'homme est libre, complètement libre, grâce à sa raison et à son instinct du juste et de Tinjuste.
Il tient son bonheur et son malheur dans sa main.
Cet instinct d'ailleurs est facile à sentir.
Il faut faire à son prochain ce que Ton désire qu'il vous fasse. 11 y a plus. Il faut ne pas permettre qu'une injustice soit faite, ni à un homme, ni à une bête, ni à la plante, ni à la terre.
Moïse proclame la solidarité des êtres, car il prescrit à l'homme des devoirs envers l'animal, la plante et la terre. Tout son système repose sur le DEVOIR que le fort doit accomplir envers le faible, le riche envers le pauvre, l'homme sain envers l'invalide, etc., etc. Si les hommes observaient ces lois et faisaient leurs devoirs, tous seraient heureux. Plus d'animal malfaisant, plus de peste, plus de guerre, plus de famine! Que l'homme, d'après Moïse, remplisse ses devoirs envers le prochain, envers l'animal, la plante et la terre ; l'animal, la plante, la terre, ne seront
que des élëments de bénédiction et de prospérité. Que l'homme libre manque à ses devoirs, les animaux, la terre même deviendront un sujet d'affliction et de châtiment.
L'animal s'ensauvagera, deviendra malfaisant.
La terre non cultivée, exhalera des pestes et des famines, « le ciel, dit-il, deviendra d'airain, et la terre de cuivre. »
Cette solidarité des êtres n'a été aperçue par aucun philosophe, ni ancien, ni moderne, depuis Moïse, jusqu'à Spinoza. Seule la Kabbale en a eu un pressentiment.
Moïse n'a fait que l'indiquer.
Spinoza l'a prise pour la pierre angulaire de . sa doctrine. Depuis, elle fait corps avec la philosophie : la science de Dieu.
Moïse nie la grâce et la prédestination.
L'homme n'a rien à reprocher à Dieu. Ses malheurs viennent tous de ses propres manquements au devoir, ou bien des prévarications des aïeux continuées par les fils et les petits-fils. Dieu ne se détourne que de ceux qui se détournent de lui, c'est-à-dire, qui ne font leurs devoirs, ni envers le prochain, ni envers eux-mêmes.
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. i6i
I^ système social de Moïse : cest la démocratie basée sur le devoir,
Montesquieu eût dit la vertu.
Moïse n'énonce pas le droit. Le droit de l'un jaillit toujours du devoir accompli de l'autre. Seulement le manque à ce devoir ne reste jamais impuni. A défaut de justicier direct, Dieu, c'est-à-dire, la force des clioses, la logique de la loi, suscitera des vengeurs pour le confondre.
La cause ne se dissout que dans l'effet qui le dévore, comme la torche est dévorée par l'incendie. Toute la morale de Moïse est dans ce devoir. L'homme, la créature, doit imiter le Créateur, doit aspirer à l'égaler par la justice et la pureté. S'il n'y aspire pas, s'il écoute la voix du droit égoïste plutôt que celle du devoir ; du devoir qu'il doit accomplir envers le faible, envers le pauvre et l'inférieur, envers l'animal et la plante, la justice le mettra tôt ou tard à la place de ce faible, de ce mallieureux, de cet animal, // lui sera absolument fait comme il a fait.
Moïse n a jamais songé une minute à créer un état théocralique dans le sens qu'y attachent les chrétiens. Son pontife n'a aucun pouvoir ni poli-
tique, ni judiciaire. Pour un seul cas, — une femme accusée d'infidélité par son mari jaloux, — le grand prêtre a une influence directe. Il n'a rien à pardonner, et il ne peut rien pardonner.
Le sacrifice est une amende pécuniaire pour le pécheur et ce pécheur ne peut le présenter qu'après réparation complète du tort fait au prochain.
L'autel ne protège aucun criminel. « Tu le prendras sur l'autel même \ » dit Moïse, et le pontife même était comme le dernier des Israélites, soumis à la loi uni^^erselle. Moïse proclame t égalité complète de la loi, pour l'étranger aussi bien que pour le citoyen. U accorde à la femme tous les droits humains. De même à l'enfant.
Il ôte à la tribu de Lévi toute propriété, afin qu'elle puisse se vouer à l'instruction du peuple sans distinction d'âge et de sexe. Le premier devoir de l'homme, d'après Moïse, c'est d'instruire son frère, de l'initier à la loi de Dieu.
La tribu de Lévi ne doit avoir nul souci de la vie matérielle; elle vivra des sacrifices, et elle