EPOQDE DE SA REDACTION
Peu nous importe de savoir par qui le Talmud a été rédige et copié, et dans quelle époque il a reçu la forme actuelle. Qu'il soit tout à fait antérieur ou tout à fait postérieur aux Évangiles et même au concile de Nicée, ou bien qu'il en soit le contemporain, l'essentiel, pour nous, c'est de le faire connaître, de faire connaître ses doctrines et sa manière d'argumenter. Quand il est d'accord avec le dogme catholique, que nous importe d'approfondir si saint Paul ou rabbi Ëkiba a le premier émis l'avis, que la foi est supérieure aux œuvres, ou si saint Jacques ou rabbi Éliézer le premier a dit, que l'œuvre seule sauve et ja-
niais la foi. Il nous suffit d'apprendre en quoi les Juifs restés juifs et les Juifs devenus chrétiens étaient d'accord par rapport aux doctrines, et en quoi ils différaient et diffèrent encore. Le dogme catholique existe, de même que l'évangile, de même que le Talmud qui, depuis vingt siècles, est devenu le livre de doctrines des Juifs restés juifs.
Si ces Juifs, tout en niant la divinité de Jésus- Christ, ont accepté, sinon en détail, du moins en bloc les doctrines théologiques des chrétiens, ou si ces chrétiens, tout en mettant le nom de Jésus à la place de Jéhovah, à leur tour, ont professé et imposé aux gentils les doctrines contenues dans le Talmud, quoique dégagées de ses interprétations, de ses argumentations scolastiques et mystagogiques, si tout cela est prouvé par de nombreux textes irréfutables, indéniables, voilà, ce me semble, un résultat immense, une véritable révolution théologique. Si, à côté de ces résultats, il est encore prouvé qu'ils sont diamétralement opposés, non-seulement à la raison philosophique, mais encore au système et aux doctrines de Moïse et même en partie de Jésus, ne voilà-t-il
pas de quoi éveiller la curiosité de tout penseur, de tout homme d'Elat, de tout homme de bien, cherchant la vérité pour elle-même et pour glorifier le nom de Dieu !
Lecteur, vous n'avez qu'à parcourir les textes du Talmud extraits de trente gros volumes que je vais citer, pour vous convaincre de la vérité que je viens d'énoncer *.
Qu'il nous soit permis pourtant de donner au lecteur une idée préalable du Talmud et de lui indiquer le temps de sa rédaction.
Tout d'abord il y a, entre la copie des documents talmudiques et le commencement du Talmud, un espace de six siècles, à peu près autant qu'entre la vie de Moïse et la première rédaction du Pentateuque. Le Talmud n'est ni un code, ni un livre de dévotions, ni un livre de méditations; c'est un livre où sont inscrits, sans ordre et pêlemêle, les débats théologiques, judiciaires, philoso-
i . En citant les textes hébraïques et chaldéens du Talmud je n'ai indiqué que le Traité et le livre qu'il appelle Perek. Ayant eu une édition très-rare non expurgée d'Amsterdam que le savant Munk a bien voulu me prêter, je n'ai pas indiqué le folio, de peur qu'il ne soit pas le même dans les éditions modernes.
phiques, mathématiques^ hygiéniques, etc., etc.,, que MM. les rabbins ont soutenus avec leurs collègues et leurs disciples dans leurs différentes académies, à Jérusalem, à Pumbéditha, à Nabarda, à Lud, à Suza, à Alexandrie. Ces débats ne sont souvent que des causeries, et ces causeries commençant par l'Orient finissent presque toujours par rOccident. C'est une course au clocber, un véritable steeple-chase de questions, de réponses, d'arguments, de citations, sautant d'un sujet à l'autre sans la moindre gêne. Il est presque impossible de mettre un peu d'ordre et de logique dans ces libres débauches de l'esprit. Mais à travers ces pugilats et ces luttes de la parole toujours libre, souvent vagabonde, serpente un corps de doctrines qui a fini par faire loi et qui a fait des Juifs dispersés et exilés de leur patrie une nation à part, cumulant les dogmes chrétiens avec le Dieu unique de la Bible, ne rejetant que la divinité de Jésus-Christ et tout ce qui est contraire à l'unité de Dieu. Que ce soient les rabbins qui ont enseigné ces principes aux apôtres et aux papes, ou le contraire, peu nous importe. Ces principes ne sont ni ceux de
la philosophie, ni ceux de Moise. Ils sont pha^ risienSy ils sont dogmatiques.
Deux rabbins, Rab Asche et Rabina, du quatrième au cinquième siècle après Jésus, ont recueilli les copies du ïalmud, les ont coUigées telles qu'elles nous sont parvenues. Mais pour peu que Ton connaisse l'hébreu et le chaldéen, on voit la différence de langage, d'après l'époque où a vécu le rabbin cité. Ainsi, est- il question d'un rabbin ayant vécu avant Jésus-Christ, tels que Hillel, Siméon Ben Shatach, Hanina Ben Dosa, Jehoschua Ben Peracliia, il parle en hébreu pur comme Jésus-Christ lui-même. Car le peu de paroles hébraïques que cite l'Évangile de Jésus, telles que Dalethi kumi^ (lève-toi, mon enfantj, ou Elij Eli^ lamah Esabthani^ (mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-lu abandonné!) et non Sabakthanij prouvent que Jésus a parlé le pur hébreu et non l'araméen. Quand le Talmud cite un rabbin ayant vécu quelque temps après la destruction de Jérusalem, soit à Babylone, soit en Kapadocie, soit ailleurs, son hébreu