‹ Les livres et les hommesChapitre 16 sur 25 · LE VIEUX DIEU ALLEMAND · texte numérisé non relu

LE VIEUX DIEU ALLEMAND

suffisante pour ne rien ignorer des notions élémentaires qui permettent la discussion de son ouvrage. Il pense noblement. La générosité de ses intentions ne semble pas douteuse. Mais le choix des armes qu'il a prises est-il fort judicieux? A vouloir trop prouver on ne prouve plus rien. Quelles que soient Fignominie, et la laideur et la scélératesse des allemands, faut-il prétendre que leurs vices ou leurs crimes émanent d'un principe religieux ? Le Goth, fourbe, sanguinaire et pillard dont, au vi" siècle, Jornandès a donné un portrait qui semble d'hier, n'eut pas besoin de recourir au surnaturel pour accomplir de sang-froid les actes d'inhumanité les plus sinistres, pour accumuler, sur son chemin, les ruines et les cadavres. Les dieux de la Germanie, au début, quand les familles indo-européennes essaimèrent du Danube à la Loire, étaient sans doute à peu près identiques. Ce sont leurs fidèles qui les ont transformés. Le chasseur Wotan, accompagné du loup Fenris et des corbeaux familiers, fut, selon toute apparence, un double des grands dieux gréco-latins. Il ne ressemble guère, cependant, au Zeus de Phidias. La noble image primitive, souillée, abâtardie, est devenue un fétiche carnassier, digne d'être servi par les Boschimans ou les Papous. Mais les reîtres de Wallenstein ou de Tilly, les tragiques routiers

qui dévastèrent l'Europe au xvii® siècle, valaient-ils mieux que les Poméraniens, les Bavarois et les Saxons de Guillaume II ? Il est permis d'en douter. Ceux-là, pourtant, n'étaient pas suspects d' « odinisme » ! Nul principe religieux n'est capable de transformer les cœurs impitoyables. L'homme crée les dieux à son image. Et les chefs jésuites, les soudards catholiques dont la Guerre de Trente ans déchaîna la férocité (en attendant Villars et ses dragons) montrèrent, une fois de plus au monde, que le Christianisme est encore la plus excellente fabrique de monstres et de bourreaux.

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