À L'OMBRE D'ANGKOR
Par Georges Groslier
Favorisé par le ministère des beaux-arts d'une mission au Cambodge, M. Georges Groslier a rapporté de son voyage un livre qui, pour la qualité du style aussi bien que pour l'excellence de la vision, dépasse hautement le commun des rapports officiels. M. Groslier sait remarquer les sites apparus, choisir le détail opportun, noter, en une phrase courte et lumineuse, le trait caractéristique, le schéma d'un paysage ou d'une architecture. C'est un coloriste qui, dans cette exploration de monuments séculaires et de temples déchus, ne s'attarde point à épiloguer sur la ruine des empires ou l'essence des dieux. 11 fixe, pour nos mémoires, les contours dont la forme s'atténue
et s'obnubile à chaque instant, les nobles apparences qui, demain, s'effaceront comme un rêve, l'aspect des palais désagrégés, les reliefs encore perceptibles de la pierre moribonde. Ces itinéraires, ces pèlerinages à travers les cités défuntes et les civilisations millénaires donnent au savant, à l'explorateur, au touriste même, assez heureux pour les avoir tentés, un lustre singulier, quelque chose du prestige dont la crédulité publique revêtait, jadis, les visiteurs d'un autel renommé. Ils ont participé à la gloire des choses divines ; ils ont reçu le baptême de l'Initié. Pèlerin de Saint-Jacques, badji de la Mecque, ils emportent je ne sais quel rayonnement des mystères entrevus. Ceuxlà surtout qui visitèrent l'Inde sacerdotale, ainsi que les provinces formant la péninsule indochinoise, ont pénétré plus avant que le commun des hommes dans la familiarité des arcanes sacrés. Ici, en effet, la végétation des mythes, la floraison des cultes et des dieux participent, en quelque sorte, à la luxuriance du climat. Fleurs gigantesques aux parfums sinistres et voluptueux, arbres démesurés, jungles ténébreuses, fleuves immenses, mers d'eau douce où viennent boire les tigres et d'où les éléphants sortent, à l'heure du bain, couverts de sanglants hibiscus ou de mauves orchidées que retient l'humidité rugueuse de leur peau,
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tandis que ricanent et glapissent les singes, pendus à quelque liane, entre des arbres géants, tel est, en vérité, le décor de Sakountala, le paysage
Où les fils de Rag-hû, beaux de fard et de g-loire,
luttent, sur la montagne sainte, contre les embûches de Ravana et les artifices du démon. La nature exubérante se reflète dans la multitude et le pullulement des êtres surnaturels, dans leurs destructions et leurs amours. La végétation mythique a son type éternel dans la végétation forcenée et la flore excessive d'un climat que la chaleur humide transmue en terre chaude,sibienque tous lesouvrages de l'homme, les édifices robustes et les colosses de granit, sont noyés, tôt ou tard, sous un océan de feuilles et de fleurs.
De Vat-Phu, première étape au sortir du Laos, de Vat-Phu « où les pierres de grès lavées par les pluies, brûlées de soleil, ont pris, de siècle en siècle, des tons gris, d'une finesse infinie », emporté sur le Tonlé-Repou, dans le sampan qu'ont prêté au voyageur des bonzes de Kompong Sralao et que décore Nag le serpent noir, le cobra aux replis hiératiques, M. Georges Groslier s'avance dans Fombre d'Angkor, vers le temple mystérieux où
les Khmers ont figé, à même la pierre grise, un rêve colossal d'harmonie et de beauté. Sur les rives du Mé-Kong, non moins qu'aux bords du Nil ou de l'Euphrate, Tarchitecture fut ce grand livre, cette Bible de la pensée humaine dont Victor Hugo a si magnifiquement exalté la splendeur. La culture hindoue — en révélant aux populations indigènes du Cambodge les conceptions d'une métaphysique idolâtre, d'une religion où l'animisme prend les figures multiples de l'homme et de la bête, où des échanges tératologiques donnent le jour à toutes sortes de divinités polymorphes, où les Déesses, riches de mamelles sans nombre, assument douze bras, dont chaque main présente un emblème, tantôt de destruction, tantôt de renaissance, où la doctrine de l'émanation prend corps dans un immortel à trompe d'éléphant, dans une vierge à mufle de panthère, où les avatars de Wischnou mettent sur les mêmes autels reptiles, carnassiers, oiseaux et bêtes de la mer — donna un prodigieux essor à Tarchitecture, à l'art de tailler la pierre, de figurer, dans le marbre, les simulacres de rOlympe brahmanique. Ce fut un épanouissement, une floraison géante de l'art par excellence, une floraison d'édifices pieux, comparable à celle du Moyen Age,
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Quand Cologne et Strasbourg, Notre-Dame et Saint-
[Pierre, Ensemble agenouillés dans leurs robes de pierre, Sur l'orgue universel des peuples prosternés Entonnaient rhosannah des siècles nouveau-nés.
Partout, à Bakong, à Ben Méala, dans la plaine de Prah Viehar, du haut Cambodge à la frontière cochinchinoise, les coupoles blanches reluisent dans le vert frémissement de la forêt. Les portiques s'ouvrent à Tinfîni sur une perspective de colonnes :
Transparents et pensifs, de grands sphinx, des grif-
[fons, Projettent des regards longs et mélancoliques Sur des dieux monstrueux aux costumes bouffons.
L'encens fume dans les cassolettes de bronze. L'eucalyptus, le santal, d'une couche aromatique et résineuse, patinent le calme visage des Bouddhas accroupis sur le lotus hiératique. Les bâtonnets de parfums s'allument dans la pénombre des sanctuaires où Pâme des fleurs mourantes se mêle aux acres senteurs des baumes incendiés. Les monastères de bonzes abritent les saints richis en robe safranée. Au bord des réservoirs, où les gazelles domestiques viennent boire, les pénitents s'immobilisent dans quelque supplice ineffable, d'où l'âme
trop longtemps captive du désir, asservie à la volonté de vivre, s'élance enfin vers la gloire suprême et l'ineffable volupté de l'anéantissement.
Bientôt, l'envahisseur quitte le pays qu'il a civilisé. Les temples à l'abandon ne reçoivent plus, aux jours de fêtes, les pèlerins venus des quatre vents du ciel. Bientôt, dans les cours désertes, sous les portiques silencieux, les bonzes décharnés, pareils aux ombres des aïeux, errent sur les dalles de marbre, plus tristes et funèbres que le vieux prêtre de Louis Bouilhet, apportant
Sur le dernier autel la dernière hécatombe.
Sur les murs, que pavoisaient les étoffes de soie et les blancs étendards, l'herbe pousse, vigoureuse. La pluie « aveuglante et chaude » humecte les racines qui, peu à peu, font éclater les parvis de marbre et d'agates polychromes. Gomme dans le conte de Budyard Kipling, la liane karela croît devant l'idole et, lentement, l'arrache à son piédestal. De son jet puissant, le figuier descelle un bas-relief, tandis que la pierre humide, fond peu à peu, se résorbe dans la terre comme l'âme dans le Nirvana. Les Pyramides ont, dans la sèche atmosphère de l'Egypte, vu les siècles mourir à leurs
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pieds. Le sphinx chante à l'aurore l'hymne dont les Pharaons saluaient le dieu Soleil. Mais, ici, dans cette fournaise moite, le marhre spongieux s'émiette, s'amollit et disparaît. La rizière et la forêt occuperont les enclos d'où montaient, jadis, les bénédictions et les prières. Le paysan du Mé-Kong- demande à la pêche sa misérable vie. Ajoutez un peu d'agriculture. Le riz et les petits poissons utiles à sa subsistance combleront les vœux de ce triste survivant aux gloires du passé. Même, la danse, l'art sacré du Cambodge, a presque disparu. Cependant, à la pagode d'Angkor-Vat, M. Groslier a vu célébrer la commémoration des morts. Il a vu défiler, dans les cloîtres des bonzeries, une procession de Cambodgiens appelant avec tendresse les défunts qu'ils ont aimés.
L'air était lourd de résine^ de bétel, de fumée et de nourriture.
Une autre fois, il a contemplé cinq petites bayadères formées par une vieille danseuse de Norodom, exécutant leurs contorsions mignardes, leurs gestes d'une si véhémente et calme lubricité. Mais ces nymphes à la peau d'orange ne dansent plus que pour les touristes, adeptes suprêmes d'un art évanoui ! La conscience du rythme s'en est allée avec le sens des proportions harmonieuses. Les filles de la
terre cambodgienne ne dansent plus, à présent que la forêt envahissante a pour jamais banni des bas-reliefs et des frises Timage de celles qui, par leurs gestes savants et méthodiques, suscitèrent jadis, la volupté des hommes et des dieux. L'herbe croît, la nuit monte ! Demain, le Cambodge n'aura plus une courtisane sacrée, un pan de mur où vive encore Timage de Lackmi, de Ganésa, l'éléphant-dieu î
Quelques buissons rabougris, quelques chênes moribonds couvrent les demeures d'Assaracus. Les racines opiniâtres font éclater le palais des dieux. Pergame tout entière est couverte de broussailles. Même, les ruines ont péri.
Il faut savoir gré à M. Groslier d'avoir suivi le conseil d'Iule sur les ruines de Troie et, grâce au travail sacré des poètes — sacer et magnus vatum labor — d'avoir sauvé, parmi les ruines cambodgiennes, tout! ce^ji l'hKOdGQ^ vIVil^^iK) qu'une parole harmonieuseA)euvent arracher à l'inéluctable destruction. /
nusuvi*^ I
LES SAISONS DE L.i MORT
Par M. AuREL
Quand après la guerre et la crise du papier, la critique fera, peut-on dire, un nouveau recensement des ouvrages que, faute de place, elle a dû, jusqu'à présent, étudier en raccourci, elle constatera d'abord, la supériorité flagrante des écrits féminins sur la plupart des livres donnés par les hommes, pendant les trente et un derniers mois. Exception faite pour quelques écrivains qui, depuis longtemps, avaient déjà fourni leurs preuves et conquis un rang hors de conteste, rien n'apparaîtra plus vide et misérable que cette production inutile, cet amas de proses et de vers, champignonnant autour de la guerre franco-allemande. Si la crise du papier sévit dans les quotidiens, il ne semble
pas en revanche, qu'elle atteigne peu ou prou la librairie. A chaque heure de la journée, apparaît un bouquin nouveau. Les « carnets de route » s'amoncellent auprès des poèmes guerriers, ser mortes galeati ! et autres bourrages de crânes qui ne rachètent par aucune élégance de métier ou de facture la « miser abilité » du fond. Gela est médiocre, blafard, inutile et vain comme le nuage qui passe. Nulle vérité, nul accent personnel dans cette rhétorique guerrière. Quelques grands livres certes ! font un glorieux contraste avec ce néant. Le Feiiy les nobles vers de Bouhélier, dans ses LégefideSy La passion du Poilu qui révéla Marc Leclerc à la curiosité des bons esprits, le Bélier de Mars où Louis de Gonzague Frick apporte, dans la tranchée, un rameau des pastorales siciliennes (j e précise les titres qui me viennent, tout d'abord, en mémoire) suffiraient à l'honneur des lettres, pendant ces jours de haine et d'épouvante. Ici, même, une parfaite nouvelle, digne des maîtres les plus purs, Mérimée ou Maupassant, rappelle au public ce profond et charmant Pawlowski ; à cette place. La mort de r aigle de M. Jean Hennessy montra que le jeune député de la Charente n'est pas seulement un ingénieux économiste, mais qu'il porte en soi les dons plus rares de l'écrivain. Splendides exceptions ! Elles n'infirment,
d'ailleurs, en aucune manière, le jugement porté plus haut.
L'ensemble de la production masculine, pendant la guerre est d'une platitude consternante. Gela tient à ce que les mémorialistes improvisés, les romanciers à rengaines, les historiens d'occasion et les sermonaires laïques, nantis, presque tous, d'une préparation insuffisante, auraient en perspective beaucoup d'études encore, avant de pouvoir briguer l'honneur d'écrire pour le cinéma. En outre, la plupart d'entre eux vivent dans la tranchée.
Ils se battent contre l'Allemand et contre les météores, mouillés et repérés, sous une averse permanente d'eau et de plomb. Mettez-vous à leur place. La médiocrité des histoires cessera de vous étonner. Et vous garderez votre stupeur tout entière pour les écrits — badins ou apocalyptiques — des académiciens qui « remontent le moral » de l'Arrière ou de l'Avant I
La guerre — selon un mot de Gourmont qu'il est permis de citer deux fois — « aiguise la sensibilité au détriment de rintelligence ».
Quant elle émeut une femme d'esprit, quand elle fait donner au merveilleux instrument de son émotivité les plus fortes et sonores vibrations, il n'est pas douteux que l'œuvre née en un tel moment, aura toutes les chances pour devenir, à la fois, originale et belle. M""" Annie de Pêne a écrit sur la guerre, dans cette langue cursive, élégante et sobre dont elle use avec tant de charme, quelques-unes de ses meilleures pages. Colette a donné La paix chez les Bêtes, digne d'être nommé à côté des Livres de la Jungle^ tant pour l'agrément du verbe que pour le robuste naturalisme de ses tableaux. Voici, plus grave et plus triste, sinon plus attendrie, Aurel qui, dans le cœur des femmes de lettres, a choisi, non sans bonheur, la fonction de pleureuse ; elle s'est faite la messagère éloquente de la mort. Chaque jeudi, elle célèbre un poète, féru par les armes allemandes ; elle jette sur sa tombe les lauriers d'un beau discours. La France ! Nul ne l'aurait crue à ce point copieuse en poètes qu'elle put, ainsi, chaque semaine offrir à Libitine un pasteur de sonnets ! Donc, Aurel, en commémoration de ces jeunes hommes, célèbre une façon de requiem laïcisé. Devant la plus attentive des audiences, elle déplore leur génie, elle consacre leurs mémoires. Elle prononce l'oraison funèbre de ces jeunes héros, les ensevelit dans la pourpre
des métaphores et les envoie, à jamais glorieux, vers l'immortalité.
Nul ne pouvait assumer avec plus de bonheur qu'Aurel, cette fonction quasi-sacerdotale. En effet, il y a de la prêtresse dans Fauteur de Pour en finir avec ramant. L'aplomb dans le paradoxe, la parfaite assurance que donnent, réunis, la richesse, le talent et la beauté, un certain goût des allégations bizarres qui pousse Aurel à émettre des apophtegmes dans le genre de celui-ci : « Les dames de la Halle sont des « personnes d'une distinction infinie », à vanter les manières élégantes des maçons, infusent dans la parole de ce jeune écrivain quelque chose de narquois en même temps que de solennel tout à fait propre à la distinguer du commun des femmes. Quand elle dit la gloire des poètes morts, elle rappelle aux imaginations les moins classiques, une choéphore d'Athènes ou de Sparte, épanchant la libation funèbre sur le tertre où reposent les guerriers de Salamine, des Thermopyles ou de Marathon.
Ayant ainsi glorifié la mort de sa famille intellectuelle et pris, en quelque sorte, une part surérogatoire au veuvage public, Aurel dédie un livre encore à des chagrins plus
intimes ; elle pleure, en beau langage, la perte d'une mère qu'elle aima.
Ces sortes de tristesses, pour le commun des hommes, se compliquent d'une certaine pudeur.
Alfred de Musset qui, malgré toute sa piafiFe, malgré l'ostentation de sa désinvolture, avait des parties de bourgeois (bourgeois contemporain de Louis-Philippe!) a exprimé quelque chose de ce genre :
Les morts dorment en paix dans le sein de la terre , Ainsi doivent dormir nos souvenirs éteints Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière. Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains I
Tout cela est fort changé depuis. Les femmes, notamment, n'hésitent pas à ouvrir au public tous leurs jardins secrets. Le « mystère de l'Amour » n'est plus qu'un trope contemporain de Mille voye ou de rAlmanach des Muses. Et l'amour filial aussi, ne balance pas à dépouiller ses voiles, à prendre pour confident le premier venu, l'homme qui achète un livre quand il rentre de son bureau ou se dispose à prendre le chemin de fer. C'est une manière nouvelle de sentir. Il ne faut, suivant le mot de Spinoza, ni admirer, ni maudire, mais comprendre.
Aussi bien, l'adaptation d'Aurel à cette manière neuve est-elle aussi parfaite qu'on le peut souhaiter. Toute son œuvre n'est qu'une longue
suite de portraits faits par Tauteur d'après elle-même. C'est toujours à travers sa personne qu'elle étudie et regarde l' Humanité. Ce fut aussi l'originalité de Montaigne, ce malade charmant, qui dans le microcosme de son individu, reconnut, en toute leur plénitude, l'homme et l'univers.
Entre Le tombeau d'une mère et Les saisons de la mort, entre Lamartine et Aurel quatrevingt ans, à peine, se sont écoulés. Pourtant, la sensibilité du vieux maître semble néanmoins plus distante des regrets emphatiques d' Aurel que de la tristesse virgilienne.
C'est en effet, un mode très particulier de tendresse filiale que préconise cette haute artiste. La glorification à outrance des vertus, de labeauté, de l'intelligence maternelle, déroute au premier abord. Chez la plupart des hommes, en effet, le désespoir assume des accents moins pompeux. Tant de superbe, devant la destruction et les adieux éternels, a de quoi surprendre et pour tout dire, ne laisse pas même de choquer un peu.
L'insistance à louer la beauté physique de sa mère, à chercher la femme dans cet être qui paraît à l'enfant, comme une sorte de bon
génie, absolument distinct des autres femmes ; insister sur ses chapeaux, ses robes, son allure, son « chic » habituel indique un état d'esprit tout à fait spécial et caractéristique. Etre consolé de la mort d'un être cher par le souvenir de sa beauté, par le rayonnement qui descend de lui vers sa lignée est à coup sûr une chose imprévue et rare. Pour entretenir le public de sa mère, qui fut manifestement une femme gracieuse et distinguée, Aurel se drape de grande éloquence. Elle essuie avec un rayon de soleil ses larmes filiales. Superbement elle embouche la trompette héroïque pour saluer celle qu'Henri Heine, jadis, nommait < la chère vieille femme » ce moment funèbre où la barque d'Eurydice, l'emporte « vers le large de la mort ».
Un livre de ce genre ne s'analyse point. C'est un poème en prose. Il faudrait citer, choisir quelques phrases types, montrer les alliances heureuses, les mots trouvés, tous les bonheurs d'expression qui permettent de lire trois cents pages de variations, à peu près sur un thème unique. « Je m'acharne à tisser ton immortalité. » Ce cri termine un chapitre dans La saison de la mort. Et cela résume assez bien la tendance d'un pareil ouvrage. Tout, ici, est voulu, cherché, concerté pour un effet pathétique dont la violence, peut-être soutenue avec
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trop d^ « acharnement >,ne donne à l'intellect ni trêve ni repos. Parfois on souhaite une pédale sourde, un abat-jour sur les flambeaux excessifs. En revanche, que de lumière, que de pompe et de faste ! Jamais l'office des morts ne fut dit en plus riches ornements : les draps d'argent, les dalmatiques de velours noir et les flambeaux mortuaires n'ont jamais été parés de plus de luxe, de magnificence et de beauté.
Voici, avec certains de ses mérites les plus vifs et quelques défauts, caractéristiques de sa manière, un morceau où Aurel semble avoir mis le plus de soi : un hymne à la mère morte, à son impériale beauté.
Tesrêves d'adolescente s'étaient-ils pressés centra toi? Cet âge seul t'a ressemblé. Ta sensibilité de fleur jamais ne m'apparut si tendre, comme si le cercueil te délivrait de l'aneroisse, non de l'amour. Tu rentrais au berceau de tes plus purs désirs. Tei plus jeunes fatigues te cernaient d'une plainte à la douceur sans fin. Et le charme du navrement monté de toi faisait honte à notre douleur bestiale, tenaillante et sans ailes. Tu te tenais plus haut que tous les sentiments. Nul amour n'était assez déférent, nulle prière assez pure pour t'aborder. Ta détresse t'aimait et semblait câliner chacun de tes chers traits dont la douceur parlait plus haut que le malheur.
Dans l'arche de tes yeux, ta jeunesse pensait. Qu'avait-on fait de toi ? La terre n'avait donc pas besoin de beauté?
Libre de Ion doux corps brisé, tendre sainte Cécile qui s'abandonne au.t fauves, prête à redevenir espoir, chants et parfums .. La paix ne peut-e!ie monter que de Tamour vaincu ? Tu nous versais la paix.
De quelle argile divine étais-tu faite, toi sur qui le malheur absolu, révolu, n'osait se poser qu'en tendresse? Toi dont les supplices n'ont pu qu'approfondir tes grâces.
Ayant franchi les ronces de la terre, tu retrouvais les champs d'amandiers de ton rêve. Et j'entrais avec toi au Printemps de ta mort.
Par Ambroise Vollard
« Ce qui entend le plus de bêtises au monde, c'est un tableau de musée. » Au temps où les Goncourt, virtuoses du verbe peint et de la phrase machicotée, émirent cet apophtegme irréfragable, on ne voyait pas, comme au temps où nous sommes, provigner, du premier janvier au trente-et-un décembre, les salons de peinture. On ne voyait pas les exhibitions intimes de la Salle Jaunindien, ou de la Galerie Outremer occuper, tous les jours, un territoire plus vaste, sur la place de Paris. Même, pour s'accointer aux chefs-d'œuvre admis par feu Gérôme, il fallait quelque effort. Le Louvre, le Luxembourg servaient d'asile contre les météores aux adultères sans logis, aux
vieilles demoiselles en possession de transcrire Les Noces de Cana sur une carte de visite, ainsi qu'aux Anglais, attentifs à leur seul Baedecker, devant le séculaire ennui de La Joconde. Que les temps sont changés ! La Peinture s'est faite laïque, oserai-je dire, laïque et démotique. Ruineuse aussi, afin de plaire aux amateurs cossus. Tournez le bec-de-cane de cette boutique. Les murs, du haut en bas, ruissellent de peinture. Les œuvres fortes et neuves s'offrent à vous. Entrez !
Les bêtises que, seuls, autrefois, entendaient les tableaux des musées, temples et cimetières de l'art, s'épanouissent librement, aujourd'hui, en présence de n'importe quelle œuvre suspecte de talent ou d'originalité. Car, citons un mot encore des Goncourt, « le Beau est ce que votre servante et votre maîtresse jugent naturellement affreux ».
Qu'un homme, doué pour entendre et saisir au vol ce papillonnement de l'ineptie, ait vécu longtemps parmi les peintres, les « connaisseurs » et les critiques d'art ; qu'il ait fait carrière dans le subtil commerce des tableaux ; pour peu qu'en outre il possède un tempérament d'ironiste et d'écrivain, il rapportera — ces colloques entendus — les plus vives représentations du monde qui s'héberge dans les ateliers, s'intéresse aux jeunes et, pour un
motif quel qu'il soit (spéculation ou désœuvrement, snobisme ou amour du Beau), s'attache aux arts plastiques et fait vivre les peintres, ignorés encore du public. Témoin irréprochable, narquois et documenté, il apportera une contribution vivante à Thistoire de la Peinture, auprès de quoi les volumes cicéroniens de Vasari (pour ne parler que d'un archétype mort depuis plus de trois siècles) paraîtront assez ternes et fortement soporatifs.
Cet homme, cet écrivain de langue agile et d'observation impitoyable, ce mémorialiste profond et gai, c'est, aujourd'hui, M. Ambroise Vollard. Il fut le premier à organiser des expositions. Il divulgua U œuvre de Cézanne^ ce qui releva sur le champ, les prix de vente, jusque là dérisoires (chez Tangui). A l'œuvre des maîtres il donna la consécration efficace de l'argent. 11 crut, en dépit des quolibets envieux, en dépit de l'imperméable sottise, au génie, aux succès futurs, à l'avenir du peintre, si longtemps méconnu. Présentement il donne à sa mémoire un livre, à la fois savant et familier, qui la consacre pour toujours.
Né à Marseille, fils d'un chapelier (qui servit peut-être de modèle au Mouret des Rougon- Macquart), homme bizarre et d'une singularité balzacienne, Paul Cézanne avait de ses origines italiennes (les premiers de sa famille étant ve-
nus de Cesena, chercher fortune de ce côté des Alpes) lïnnéité de la composition, le goût de la belle ordonnance et du dessin vigoureux. Classique, dans le vrai sens du mot, il méprisait souverainement les contours avachis, la manière flasque des Gabanel, des Bouguereau, les photographies peintes de Bonnat et toutes les horreurs que vomit sans relâche, pour notre monde sublunaire, l'Ecole des Beaux- Arts. Une académie exécutée à l'âge de dix-sept ans par Paul Cézanne montre quel dessinateur sans reproche, quel pur et beau classique pouvait être cet iconoclaste. Ingres, Léonard ou David n'ont rien de plus parfait. Ce nu dont les modelés surprennent par leur force, leur charme et leur exactitude, ferait pâmer tous les « pions du Beau *), signé d un « cher maître « ayant cours à l'Institut. Par bonheur pour Cézanne, son goût traditionnel s'enrichit bientôt d'une doctrine plus neuve et surtout plus féconde. Pissaro, que dès son arrivée à Paris, en 1870, il eut la chance de connaître et l'ingéniosité de comprendre, lui révéla cette doctrine, fortune de l'Impressionnisme, à savoir que la nature n'est point couleur de bitume ou de terre de Sienne, que les nuances claires existent, qu'il faut peindre ce qu'on voit et non ce que préconisent les magisters. Au jeune homme qui, livré à sa pente naturelle, eût peut-être essayé
des compositions gigantesques, tenté de « faire » du Véronèse ou du Rubens, Pissaro apprit le secret d'arriver, comme un enfant, devant la nature. « La poésie, affirmait Baudelaire, n^'est autre chose que l'enfance retrouvée. » Et c'est pourquoi Paul Cézanne fut un si noble poète de la couleur. Etonnamment libre, exonéré de toutes les routines et de toutes les formules, son dessin réalise avec plénitude l'axiome de Degas : « Le dessin n'est pas la forme (une forme abstraite et conventionnelle) mais bien la manière dont chacun voit cette forme, selon sa propre subjectivité ». C'est Vhomo additus natiirœàe Bacon.
Mais, disait plaisamment le maître, ce philosophe ne prévoyait pas le plein air d'appartement.
De sa fréquentation avec Pissaro, de ses études personnelles, d'une pensée uniquement vouée à son art, d'un amour enthousiaste et profond de la peinture qui le poussait à jeter brutalement ses toiles dans le feu, sitôt qu'il pensait y découvrir une imperfection, même légère, Paul Cézanne était arrivé à définir sa technique et son idéal par une maxime péremptoire :
Il faut — disait-il — refaire le Poussin, avec une vision et des sentiments nouveaux.
Cette influence que le peintre des Bergers d'Arcadie eut sur l'esprit de Cézanne se manifeste dans la plupart de ses grandes toiles, où plans, groupes de figures, mouvement des personnages s'apparentent, parfois de très près, à ceux du vieux maître. Un même goût latin pour l'ordre, la logique, inspirent à Cézanne l'économie et la placide beauté de maintes études (nus, baigneuses, environs d' Aix), reproduites magnifiquement dans le livre de M. A. Vollard. Cette humeur classique n'empêchait aucunement le Provençal de peindre avec des couleurs profondes et lumineuses.
Il savait, contrairement aux dogmes de Flnstitut, que le rayon blanc se décompose à l'infini, non seulement d'après la nature de Tobjet éclairé, mais d'après Fheure, la saison, la minute ; que la couleur est infiniment variable et que, seuls, des cuistres doués pour ne jamais peindre, admettent son immutabilité.
Quelques pontifes du siècle dernier n'y regardaient pas de si près. Détaille avait, dans son atelier, quelques palettes s'appropriant à toutes les circonstances de la vie : aurores, soirs d'été, paysages d'automne, défilés de grenadiers, soleils couchants, effets de neige. Ce qui lui permettait, avec une « bonne photographie », une estampe reproduisant le site, de peindre, sans quitter ses « pénates », n'importe quelle chose.
dans les climats les plus divers. L'antique Meissonier montrait plus de conscience. Ayant à badigeonner la retraite de Russie, il ordonnait qu'on saupoudrât de farine son jardin. Et ce fut la neige de la Bérézina !
Inquiet, tourmenté par son rêve de coloriste, Cézanne se relevait la nuit, allumait un flambeau. Dans son atelier désert, à la lueur papillotante d'un flambeau, il jugeait son travail du jour précédent. Satisfait, il éveillait M"" Cézanne pour lui faire part de son succès, puis l'invitait, en récompense, à faire, vers deux heures du matin, une interminable partie de dames. Quand il peignit le portrait de M. Yollard qui, sauf erreur, ne demanda pas moins de cent quinze séances, il eut, peu de temps après la centième, ce cri de triomphe :
Je crois que le plastron de la chemise commence à bien venir.
S'il haïssait règles, professeurs, canons et prescriptions de toutes sortes, il arborait aussi pour les femmes une horreur singulière qui faisait songer, parfois, à un Schopenhauer mal embouché. Il faisait, en toute occurrence, étalage d'un catholicisme, intransigeant combien qu'assez hétérodoxe, qu'il appuyait volontiers d'une terminologie aucunement séraphique.
M. Vollard consacre un long chapitre au-x relations de Cézanne avec Fauteur de LAssomynoir. Le violon d'Ingres, cher entre tous à Zola, fut son goût pour la peinture, à quoi le pauvre grand homme n'entendait goutte. Cézanne vendit fort tard ses œuvres. Même célèbre, il avait, pendant les jours de son automne, gardé une allure indépendante de rapin besogneux. Il était loin de se trouver à l'aise dans le monde et le salon de son vieil ami. Les entretiens innombrables qu'avaient les intimes de Zola sur le nombre des tirages comparés, sur la vente de Daudet, du Maître, et de ses fidèles, Huysmans, Paul Alexis, la troupe entière de Médan, lui semblaient une conversation de portier. Il ne se gênait en aucune manière pour le dire, non plus que pour souligner « la sacrée gueule » que faisait Concourt, « en entendant ces chiffres démesurés ».
J'ai beaucoup aimé autrefois, — disait-il, — Manette Salomon, mais je n'ai plus rien lu de cette marque-là, à partir du moment où la « veuve », comme dit l'autre, s'est mise à écrire seule.
Cet « autre » était Barbey d'Aurevilly. Quelques froissements survenus entre eux éloignèrent de plus en plus Zola et Cézanne, partis ensemble pour la conquête de Paris. Passant
par Aix, Emile Zola, pourtant si bon, négligea de rendre visite à son ami d'antan,si bien que, lorsqu'il mourut en 1906, quatre ans après Zola, Cézanne avait effacé, depuis longtemps, le souvenir du maître de ses propos et de son cœur.
Avec une ironie excellente, M. Vollard a renouvelé, pour Cézanne, ce que M. Jullien avait jadis fait pour Hector Berlioz et Richard Wagner. 11 a réuni, dans quelques pages, la plupart des sottises que, tour à tour, les journalistes ignares et les confrères envieux émettaient communément, chaque fois que le peintre exposait n'importe quel tableau ; nu, paysage, nature morte. Car ils n'y comprenaient goutte et promenaient, sur chacun de ces ouvrages, la même cécité.
M.MarcelFouquier distingue à première vue, dans la peinture de Cézanne, « la gaucherie du dessin et la lourdeur du coloris ». Le New^ York Herald trouve ses « pommes vernies et ses compotiers mal équilibrés ». Les Débats regardent comme « le témoignage d'une fatale impuissance les portraits maladroitement équilibrés de Madame Cézanne dans la serre^ de Madame Cézanne au chapeau vert^ de Geffroy et de Vollard ». Quant à M. de Besseix (?) il ny va pas par quatre chemins. Parlant de Cézanne, comme Louis XIV de Tenîers, il traite
ses personnages de « magots peints avec de la boue, pour ne pas dire pire ».
Ce sont proprement les discours du Père Uhu. M. Ambroise Vollard qui, jadis, aima beaucoup ce fantasque et délicieux Jarry, mélange paradoxal de Mercutio et de Panurge, a donné, en sa compagnie, un Almanach du Père Ubu dont la place est à côté à'JJbii roi et jnèTnei à' Uhu enchaîné ^ceiiQ merveille! Car Ubu est devenu, dès son berceau, un type, comme Faust ou Polichinelle, représentatif de l'Humanité. 11 vivra aussi longtemps qu'il y aura des poètes, des artistes et des gens de cœur. 11 est indélébile, comme le génie de la Beauté, puisqu'il représente, à leur encontre, la Bêtise, la Laideur, la Bassesse, l'Envie, la Noirceur du faux Artiste et du vrai Bourgeois.
Esquisse d'une biographie intellectuelle Par M. D. Toupance ^
L'étude sur Leconte de Lisle (Jouve et G°, éditeurs), que M. Désiré Toupance, avec une foi généreuse dans l'Art impérissablement
1. « A Laurent Tailhade, à l'auteur du monstrueux Discours contre les patries, à Vinsuiteur de Déroulède, de Lemaitre, de Barrés, de Gallieni et de Marchand, de ceux que je salue des maîtres (les gens qui parlent français disent : en qui je salue, etc.), de la pensée et de l'action.
Hommage
Parce qu'il faut saluer où qu'ils se trouvent le talent et
la flamme.
Limoges, le 7 septembre f9l6.
Désiré-J. Toupance. »
Ceci est la manière forte. J'imagine, là-bas, sous les chàtaigners de son pays, M. J. Toupance, rêvant au moyeu de
jeune, émet en pleine guerre, dépasse de beaucoup le niveau coutumier de ces sortes d'ouvrages, la plupart d'une froideur mortelle et d'un mortel ennui. M. Désiré Toupance aime le maître qu'il s'est donné. Sans chercher à savoir ce qu'un tel écrivain porte de lacunes ou de défauts, il en étudie au microscope les beautés.
Dans ce lourd tintement de balancier, dans le marteau d'Héphaïstos retombant pesamment sur l'enclume, avec un rythme toujours le même, dans le bruit un peu sourd du dodécasyllabe monotone dont fut engoué le Parnasse,
faire parler de soi dans la chronique de VOEuvre. Tandis que la plupart des « jeunes » s'exercent à flagorner l'homme dont ils voudraient obtenir un paragraphe, lui, plus malin, excommunie un peu ce de cujus. Une pointe d'ail, un soupçon de piment ont bien leur saveur, après tant de crèmes à la vanille et de blancs-mangers ! Seulement je crains que M. Toupance n'ait mérité une correction, que ses maîtres ne lui donnent sur les doigts et ne le morigènent grièvement pour la douceur dont il accompagne son exécration. En outre, je me demande, puisqu'il admire et cite Bourget, puisqu'il vante Barrés, comme un « maître » et parle d'un tel Scapin avec piété, puisqu'il voit en ce pauvre Déroulède, un « chef de la pensée humaine », comment il peut saluer en nous « du talent et de la flamme » ? Ce délicieux Jules Lemaitre, si méconnu au moment de l'Affaire et qui, pendant ses derniers jours, me fut si amical, eut souri, 'im^ine, devant cette confusion de laquelle je ne saurais, d'ailleurs, me montrer que fort ému et obligé.
LECONTE DE LIâLE 199
Gautier parmi ces joailliers Est prince. Leconte de Lisle Forg-e l'or dans ses ateliers...
il entend vibrer, tour à tour, la harpe des Scaldes et la cithare d'Apollon. 11 place dans un éclairage nouveau, dans une lumière au goût du jour, le buste du poète. 11 s'eiforce de le représenter plus humain, plus vivant qu'il ne le fut jamais. 11 ne souscrit pas à l'opinion des scholiastes pour qui l'auteur des Poèmes Barbares^ grand artiste sans doute, mais artificiel et non moins convenu qu'un autre Delille, cet abbé qui mit Virgile en périphrases, mérite déjà, comme disait Veuillot, que Ton mette « son nom dans les apothéoses et ses livres aux vieux papiers ».
Quand il affirme que « Leconte de Lisle « fut le maître de Sully-Prudhomme, d'Ana- « tôle France, de Bourget et de Barrés », l'auteur exagère sa complaisance. 11 attribue une part excessive au poète de l'Impassibilité dans l'orientation des intelligences contemporaines. Prosateur subtil, nombreux, avec — souffrez le mot, de grâce — un mélange tout à fait roublard d'afféterie et de laisser-aller, M. Maurice Barrés, jamais, n'a produit de vers. Chose digne de remarque. On ne cite même pas de lui, ce volume d'adolescence où près-
que tous les jeunes hommes dégurgitent Fexcès de leurs lectures et de leur émotivité.
Leconte de Lisle n'a donc pu montrer à M. Barrés la technique d'un art qu'il ignore ou que, du moins, il n'a jamais pratiqué. Dans la poésie élégante, un peu sourde, aux rimes sans éclat de Sully-Prudhomme et de son meilleur disciple, M. Paul Bourget, le reflet de Leconte de Lisle apparaît bien lointain. Poètes de la vie intérieure, à part le fétichisme de la consonne d'appui, Sully-Prudhomme ni Bourget ne doivent rien au Parnasse dont ils évitent soigneusement le fracas et l'oripeau. Tout le côté clinquant, pompe d'opéra, peinture d'histoire, emphase, cher à l'école de 1867, leur fait absolument défaut. Ils s'apparentent, d'abord à Sainte-Beuve, dont les Consolations ^les Pensées d'août et môme le romantique Joseph Delorine ont grandement influé sur l'orientation de leurs esprits timorés et délicats ; puis, à tels poètes anglais, Keats, par exemple et certains lakistes dont xM. Bourget, en sa première manière, est pénétré. Cet art voilé, grisâtre, estompé qui chante à demi-voix et met à son piano la pédale sourde n'a rien de commun avec les grands éclats du Parnasse. Çà et là, quelques vers :
La bête se ruant d'un bond involontaire, Oubheuse des chants, lampait le sang humain
marquent la date de Sully-Prudhoinme, dénotent l'estampille de Leconte de Liste. On la chercherait vainement dans la poésie achromatique de M. Paul Bourget. -
En revanche, la versification d'Anatole France, au début, émane directement des forges parnassiennes. Les « maigres chevaux », les murs (( clairement peints », le défilé des Dieux, dans Leuconoé (de quelques années antérieure à La tentation de Saint -Antoine)^ témoignent d'une familiarité assidue avec les Pohnes antiques, Verlaine aussi, le Verlaine de Poèmes saturniens^ subit à la fois la direction de Baudelaire et celle de Leconte de Liste. Gomme l'auteur de la Fontaine aux lianes^ il préconise le nirvana, la résorbtion de l'être dans l'impassible néant ;
Est-elle en marbre ou non, la \'éniis de Milo ? ... Ainsi que Çavitrî, faisons-nous impassibles : ^lais, comme elle, dans Tâme ayons un haut dessein
Ce fut tout. L'épithalame de La bonne chanson mêla des sanglots et des cantiques humains aux chants compassés, aux orgues fallacieuses devant quoi les émules du divin Lélian s'étaient, d'abord, pâmés.
« Horace, avec deux mots, en dit plus long que vous»,
retorque Agnès au triste Arnolphe. Bientôt, le public fut de l'avis d'Agnès. Verlaine, avec
deux mots, en disait plus que le Parnasse tout entier.
Leconte de Lisle eut une jeunesse apparemment besogneuse, en tout cas obscure, et qui ne présageait aucunement la gloire et les honneurs de son arrière -saison. Ses premières ardeurs se tournèrent vers le fourriérisme, à cette époque où chaque immeuble de Paris hébergeait au moins un prophète, quelquefois un dieu. Sans doute, il prit contact avec la littérature dans le salon, que hantait Villemain et quelques autres pontifes, de M""* Louise Collet. Ce bas-bleu dont Fhospitalité ne s'arrêtait pas à la ceinture et qui disait parmi d'autres gentillesses : « On a retrouvé les bras de la Vénus de Milo... dans mes manches », fut, sans doute, un des êtres les plus insupportables qu'ait mis au monde la connivence de la coquetterie et du pédantisme féminin. A travers les perpétuels mirages du bon Flaubert, on entrevoit la silhouette de cette bourgeoise, révoltée et d'autant plus bourgeoise qu'elle s'est déclassée. Parfois, elle communique à son glorieux amant quelques pièces du jeune poète : Le Jaguar, Le Manchy. En ce temps, il se nommait Leconte, pour tout potage. De Lisle, vint plus tard, en souvenir de la Réunion où ce breton avait passé les premiers temps de sa vie.
Encore qu'il fît partie, avec M""" Clémence Royer, des irréconciliables et professât contre TEmpereur une haine publique, Leconte de Lisle touchait sur la cassette particulière de ce « Néron » des Châtiments qui fut le plus généreux des souverains et le plus aimable des hommes, la pension que Napoléon 111 ne refusait jamais aux artistes dans le besoin. Ses coreligionnaires le lui reprochèrent avec aigreur, après, bien entendu, la chute de l'Empire. La Troisième République, néanmoins, lui donna la Bibliothèque du Sénat où les hommes de ma génération purent le voir tout à leur aise. Sa tête olympienne, aux traits fins et durs, que le monocle faisait grimaçante, contrastait avec sa taille trop courte et son embonpoint de philistin.
Bibliothécaire pasteur d'éléphants ! Ce poète qui rêva, tour à tour, le désert, le silence des dortoirs funèbres, l'Egypte mortuaire et l'Hellade triomphante, d'une jeunesse immortelle, qui chanta les dieux runiques et ceux que le Gange asseoit dans un lotus, menait la vie étroite et correcte d'un petit employé. Gœthe bureaucrate, olympien et rond-de-cuir, il jetait des mots cruels au visage de la destinée. 11 prodiguait les sarcasmes, les brocarts dont quelques-uns firent fortune.
« Bête comme l'Himalaya » restera parmi
les surnoms du dieu Hugo, avec le « Jocrisse à Pathmos » d'Aurevilly et le « beau bossu » d'Henri Heine. 11 appelait Mallarmé, fidèle bourgeois de la rue de Rome : « le Sphynx des Batignolles ». Et dans Le Petit Sou du 30 décembre 1902, on pouvait lire cette anecdote qui, depuis, a fait un grand chemin :
Victor Hugo se promenait dans son jardin avec cette attitude olympienne qui ne l'abandonnait jamais, lorsque survint Timpeccable ciseleur des Poèmes antiques.
— Vous ne devineriez jamais à quoi je pensais, lui jette à brûle-pourpoint fauteur de la Légende des Siècles.
— A quelque œuvre nouvelle, maître...
— Non, je songe à ce que je pourrai dire à Dieu quand je me trouverai en sa présence.
— Vous lui direz : Mon cher confrère...
M. Toupance a, bien entendu, négligé ces anecdotes ; il peint en beau son poète. Flaubert reprochait à Leconte de L'Isle son manque de couleur, comme plus tard, Verlaine, son manque de souplesse et de fluidité. Le vers de Leconte de Liste semble, en effet, exempt de vie, ossifié, sclérosé. La joie en est absente. Ce n'est pas un organisme en évolution, mais bien, la plupart du temps, une pièce de musée et de collection que l'ennui défend contre les naïves curiosités.
LECONTE DE LTSLE iOo
Seul, un critique, versé dans l'Histoire des hommes aussi bien que des lettres peut — et c'est le cas de M. Désiré Toupance — aborder, sans choir en léthargie, une œuvre comme Les paraboles de Dom Guy ou même Le Runoïa^ malgré quelques morceaux lyriques de premier ordre, qui soutiennent, sans être diminués, la comparaison avec les plus belles pièces de La légende des siècles.
Une étrange vergogne empêcha Leconte de traduire le gracieux et magnifique Aristophane, à cause des phallophories de Lysistrata^ des Oiseaux ou de La Paix. Singulière petitesse dans un esprit incontestablement grand ! Mais le rire lui manquait. Flaubert signalait déjà comme un signe d'incompréhension et d'antiphysis « son horreur du bordel ». Il n'eut pas compris Rabelais, ce demi-dieu, que peu de jours avant sa mort, feu Maurice Maindron qualifiait de « vieil étudiant ». N'importe ! Il faut savoir lire les poètes, les aimer dans leurs beautés sans prendre cure de leurs faiblesses ni de leurs défauts.
De Leconte de Lisle M. J. Toupance goûte le charme nostalgique, le bercement opiacé des poèmes où, faisant trêve à son érudition incommode, le poète évoque les pays de sa jeunesse, Fenchantement des îles où s'épanouit rêveusement « son âme de créole ». Ainsi, La
Fontaine aux lianes ^ Clairs de lune et cette Chute des étoiles d'une musicalité que Verlaine lui-même n'a guère surpassée.
Si M. Toupance a dédaigné les aspects, trop humains, de son grand homme, il semble avoir, en même temps, par système religieux et politique, évité de donner la place qu'il mérite à Leconte de Lisle, parmi les défenseurs de la libre pensée. A défaut d'autres écrits, Le catéchisme républicain^ paru chez Lemerre, vers 1872, montre quels furent les sentiments du poète là-dessus. Mythographe, il se rattache à l'école de Maury, des frères Muller. Il se réclame de leur « éternelle aurore ». Contemporain de Louis Ménard et de Renan, il a subi leur influence, interprété comme eux les fables divines. Kaïn (orthographe de 1873), dont il a fait plus tard Quaïn, lorsqu'il était si simple d'écrire « Gain » et d'éviter cette pédanterie, est le plus beau cri de révolte que, depuis lord Byron, un poète ait proféré :
Mais quand tesprêtres, loups aux mâchoiresrobustes, Repus de graine humaine et de rage maigris, De rholocauste offert demanderont le prix, Surgissant devant eux de la cendre des justes, Je les flagellerai d'un immortel mépris.
Que l'auteur de cette éloquente diatribe ait été « le maître de Barrés », cela peut offrir un
sujet de controverse. Gomme Aristide Briand, M. Maurice Barrés est « beaucoup trop bien élevé » pour constrister nosseigneurs les évoques, archevêques et prélats de toute robe, quand il discute avec eux.
J'écarte à dessein de la controverse n'importe quelle discussion ayant trait à la philosophie, aux symboles, aux doctrines politiques, à l'interprétation des légendes que dramatisent les Poèmes, tragiques et barbares. Il convient d'attendre que la paix soit revenue avant d'étudier l'essence et de perscruter la forme des dieux.
C'est avec un sentiment très vif de l'Histoire, une sagacité pénétrante, que M.Toupance étudie et met en place les divers phénomènes de révolution religieuse. Il comprend fort bien, par exemple, que 1' « hiérogénie » acariâtre de la bourgeoisie parisienne, au xvii^ siècle, que le jansénisme aussi bien que la morne tristesse des couvents jésuites, n'ont rien de commun avec la foi jeune, allègre et vivace qui emportait le « moyen âge énorme et délicat » sur les ailes de ses folles cathédrales.
Non, la mysticité tiiste n'est pas du Moyen Age, elle date vraiment de la Réforme et des Guerres de religion.
Au risque de faire crier au paradoxe, je dirai que le siècle le plus mystique fut le plus brillant, celui
OÙ les églises, parées et dorées, ressemblaient à des boudoirs plus qu'à des sanctuaires.
Le siècle le plus mystique, d'une mysticité à la fois sensuelle et triste, fut celui de Louis XV et de la Pompadour, de Voltaire et des Encyclopédistes, de Boucher, de Fragonard, d'Eisen et de Baudoin, celui où en dépit d'une façade de scepticisme railleur ou de libertinage élégant et charmant, un grand nombre d'âmes troublées et qui peut-être sentaient confusément les grands bouleversements prochains, se rejetèrent avec une foi mystique dans une dévotion passionnée.
Le siècle mystique fut beaucoup moins celui des flagellants que celui des convulsionnaires.
C'est, en effet, dans la première moitié du xvi^ siècle, aux débuts de la Réforme (la diète de Worms est de 1521) que la direction, le confesseur prennent une importance capitale et préparent, aussi bien pour la canonisation que pour le bûcher, des béates et des visionnaires. On peut dire qu'alors, chaque ordre, chaque monastère un peu important, façonne, contre la Réforme, sa voyante dont l'Eglise fera une démoniaque ou une sainte, d'après les besoins de sa polémique. Aux xvii" et xvin" siècles, on verra même des mystiques bourgeoises, telles que mesdemoiselles Antoinette Bourignon, Henriette Gouronneau et les dévotes à chaufferettes, miraculées du diacre Paris, dont Garé
de Montgeron a noté, si ingénument, les divagations hystériques.
Michelet seul (avant M. Toupance qui paraît avoir, sur ce point, une doctrine féconde) a compris l'importance énorme du confesseur dans l'évolution de l'idée religieuse, à l'avènement de Luther et de Calvin. Les pions du « nationalisme intégral » dénigrent Michelet, dont la Bible fait (justement, hélas !) hausser les épaules à M. Salomon Reinach. Il faudra, néanmoins, — mutatis imitandis — revenir à ce poète qui, dans la conscience dupasse, a pénétré plus avant que tous les épigraphistes, les docteurs^ de la France ou de la Germanie.
Ayant des ailes, ce maître de l'Histoire, pareil à l'oiseau qu'il a chanté, voit de plus haut et de plus loin que le troupeau des hommes, asservis aux terrestres chemins.
Par M. Camille Saint-Saens, de l'Institut
En même temps que l'Opéra sous la direction de Pierre Gailhard, grand artiste qui fut aussi un ingénieux entrepreneur de spectacles, mettait en scène l'oratorio de Camille Saint- Saëns, remanié pour le théâtre et que le public faisait à Samson et Dalila un accueil distingué, Richard Wagner, après une longue attente, prenait en France possession de la gloire posthume que lui disputent aujourd'hui, si lâchement, les surenchérisseurs des haines et des colères nationales. Ce fut un jour d'apothéose. La Walkijrie obtint de M. Maurice Barrés (incapable d'ailleurs de solfier correctement Tai du bon tabac dans ma tabatière) des encensements et des prosternations. Car,
il n'est pas de petite économie. Or, ayant dépendule pèlerinage de Bayreuth, l'auteur du Jardin de Bérénice en voulait tirer de la copie, afin de rentrer dans ses débours. Et puisque le snobisme était, en ce moment, infatué de Wagner, Barrés wagnérisa comme le roi de Bavière lui-même ou comme Edouard Dujardin. Ce fut alors que M. Camille Saint-Saëns manifesta les premiers symptômes de l'étrange maladie à laquelle nous devons quelques-uns de ses « bons mots » avec le plus notable de ses méchants écrits.
Lorsque, dit-il, après de longues hésitations, rOpéra se décida enfin à mouieT Samson et Dalila, on me promit des merveilles de mise en scène. . . Mais on prenait presque aussitôt la résolution de faire succéder la Walkyrie à Samson et, du coup, les splendeurs de la mise en scène me furent supprimées... On donna l'ouvragée avec les misérables décors qui subsistent encore (les mêmes, je pense, à l'ombre desquels MM. Messager et Broussan ont assassiné la Forêt)... Je dus employer toute mon énergie pour obtenir, au commencement du second acte, une mince bande rouge, indiquant la fin du crépuscule. i
Cette « mince bande rouge » a comblé de noirceur le Maître d'Etienne Marcel, à'Henri Vin et de tant d'autres fous célèbres. Son atrabile s'est émue à se voir ainsi traiter en
m LES LIVRES ET LES HOMMES
parent pauvre. Et c'est dans la « mince bande rouge » d'un crépuscule si raté qu'il trempa la plume avec quoi fut écrite Germanophilie, une plaquette qui ne saurait agrandir sa renommée. Imputer à Wagner la lésine de rOpéra, le triomphe de la Walkyrie, lui reprocher, plus de vingt ans après sa mort, le mercantilisme qui a fait spéculer sur la curiosité publique (mise en haleine par une attente excessive) les directeurs de ce théâtre, est un enfantillage digne de pitié. A lire ces choses, on éprouve je ne sais quel malaise, la pudeur filiale de Sem devant l'ivresse paternelle. Car ici, « l'ilote est un esprit ». L'aigreur, la hargne, l'animosité qui poussent M. Camille Saint- Saëns à ravauder les plus misérables commérages, ont quelque chose de sénile et d'enfantin qui déconcerte en un pareil esprit.
La haine serait excusable, par ce temps de folie où le plus flasque bourgeois se croit tenu de raisonner en énergumène. Mais ici la haine manque de sincérité.
Une odeur, non de patriotisme ulcéré, mais de boutique émane de ce pasquil. A travers les redites, les vagissements critiques, les griefs ineptes, on entend clairement la voix criarde et fausse de l'Envie. Au lieu de confesser la gloire de Wagner, de reconnaître en lui un de ces « fils aînés de Dieu », porte-parole des fa-
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milles humaines, qui se font ouïr à travers les siècles, un génie, égal de Dante ou de Shakespeare, M. Camille Saint-Saëns ergote, s'amuse à chercher des poux dans la crinière du lion. Ces miser ahiiités, comme disait Wagner luimême, sembleraient fort à leur place dans un volume de M. Paul Bourget, dans une étude « historique » de M. Frédéric Masson. 11 est tout naturel qu'Yvonne Sarcey débaptise TEau de Cologne et que les gens qui ne parlent pas français^ révent de supprimer l'étude classique de l'allemand, comme si l'ignorance et la négation pouvaient jamais constituer un progrès ! Bon pour les autruches de se croire en sûreté quand elles ont fermé les yeux ! Mais Camille Saint-Saëns ! Mais l'auteur de la Symphonie avec orgue^ de Samson, de tant d'autres belles œuvres ! Mais le maître que nous applaudissions de tout notre cœur, de tout notre esprit, à ce concert de Nice où, l'hiver dernier, sa robuste vieillesse affirmait encore une incomparable virtuosité dans l'interprétation de ses propres chefs-d'œuvre et des pages rivales, descendre à de telles querelles ! C'est là, en vérité, un spectacle mélancolique. « Tu verras — dit Veuillot — quelle guenille peut devenir l'esprit humain. » Quand la guenille est déchiquetée par la main même qui écrivit Samson et Dalila, ce n'est pas sans amertume qu'un
esprit bien fait en voit flotter les lambeaux.
M. Saint-Saëns, qui n'a jamais obtenu au théâtre de succès complet, sinon avec un oratorio transporté sur les planches, ne pardonne pas à Wagner la puissance dramatique de la Tétralogie ou de Tristan. Sdi mauvaise humeur contre le iMaître de Wahnfried déborde sur les poètes allemands, lïncite à proférer divers béotismes d'une singulière pesanteur. Entre autres, il incrimine Gœthe de n'avoir pas fait sa Gretchen pareille à la Marguerite en sucre de feu Gounod. 11 trouve cette histoire de ténor séduisant une blanchisseuse, très supérieure à l'immense composition du Faust allemand. 11 décharge son catarrhe sur Schiller, sans paraître soupçonner l'immense trilogie de WaUenstein, pour laquelle M. Vincent d'indy a écrit la plus noble musique de scène, que la jalousie, à défaut de meilleurs sentiments, devrait signaler à l'auteur de Germanophilie. Enfin il s'abaisse (lui qui, dans son nom, porte du moins une voyelle superfétatoire), à railler les consonnes parasitaires de « Nietzsche » et autres imbécillités.
Cela est triste, au fond, de voir une personne, justement illustre, un vieillard chargé d'honneurs, se ravaler ainsi, à la porte du tombeau. Je voudrais oser dire que cela est consolant pour le commun des hommes. Le génie
et le talent n'excluent pas la petitesse. Wagner a signé U7îe Capitulation. M. Camille Saint-Saëns avoue, hélas ! Germanophilie. En quelque lieu qu'il regarde la folie humaine, s'il existe un Etre distribuant aux Ephémères les dons supérieurs de l'intelligence, quels doivent être sa compassion et son dédain, quand il assiste au carnaval de ses élus ! Qui dat nivem sicut lanam !