CAROLUS DURAN
porains, ne trouva dans les générations montantes qu'une déférence un peu moqueuse, d'où la foi était partie. 11 s'était cru Tégal de Titien. Des critiques avaient flagorné de cette prodigieuse énormité. Sans doute, son entourage, si artiste, si prévenant pour l'aïeul aimable et toujours puéril, sauva l'illusion qui l'avait, jadis, empli d'un si fol orgueil.
C'était un homme plein d'urbanité dont j'ai, quant à moi, gardé le meilleur souvenir. Il me fît l'honneur de me recevoir à sa table, pendant qu'il était directeur de la Villa Médicis. Je respire encore les effluves de la chaude nuit romaine, les parfums du mois de juin, les orangers épanouis, les roses s'elfeuillant autour du Méléagre, les lucioles rayant d'un trait de feu les charmilles et les quinconces de buis taillés à hauteur d homme.
Assis aux côtés du maître de la maison, il me conta sa jeunesse à Rome, son beau temps d'Italie et ses courses, à travers la campagne, costumé en pi fferaro . Noir de cheveux, le visage fardé, le plastron de sa chemise défiant le plus fastueuxémail, il semblait jeune encore, n'avait point cessé de porter beau. Il me cita des vers d'antan, le Don Juan de Nainouna. Parfois, sa mémoire faiblissait. Discrètement, je le remettais en route. Vers la fin du repas^ il me confessa l'ennui qu'il ressentait à prendre ainsi de
l'âge. Et, comme il attendait un madrigal, bien vite je protestai, l'assurant que, parmi tous ces jeunes hommes, peintres, sculpteurs, musiciens, pas un n'avait sa jeunesse, pas un, son éclat ni son brio.
La vieillesse des hommes à femmes est lugubre. Que peut-il rester de joie, à cette heure où l'amour s'enfuit, chez ceux qui n'eurent d'autre souci que de trousser les péronnelles ? Armand Silvestre, sexagénaire, à la tête de plusieurs faux ménages, courait encore le guilledou, nonobstant l'affection cardiaque dont il allait mourir. Un jour, où plus cruellement suffoqué, il râlait tristement sur un fauteuil et, sans doute, remâchait la vanité des anciens plaisirs :
Dire, exclama-t-il, que j'ai rêvé d'être un Musset dans ma jeunesse ! Hélas ! je ne suis pas même sûr, à présent, d'avoir été un Paul de Kock I
La mort prend Garolus Duran à la mâle heure. Cet homme espetaclous, comme on dit à Toulouse, a manqué sa sortie. On ne meurt pas avec éclat dans le civil, en temps de guerre. On Ta, néanmoins, inhumé en grande pompe. Les discours n'ont pas manqué, ni le monde officiel ! Et je songe à la fin sinistre de Van Gogh, à son oreille qu'il trancha d'un coup de