LES DÉBRIS DE LÀ GUERRE
Par M. Maurice Maeterlinck
Hector Berlioz disait de Meyerbeer, maître de rOpéra commercial, que ce musicien « outre le bonheur d'avoir du talent, possédait le talent d'avoir du bonheur ».
Le mot s'applique si exactement à M. Maurice Maeterlinck qu'il ne semble pas qu'on l'ait, en aucun temps, proféré pour un autre que pour lui.
Son talent est indéniable. Son bonheur équivaut à son talent. Célèbre, on ne lui connaît pas d'envieux ; poète, il thésaurise. La Fortune accumula sous ses pas toutes sortes de biens. 11 ne salue au firmament que des étoiles prospères. La chance le comble de ses dons les meilleurs. Et d'abord, son origine.
M. Maurice Maeterlinck eut le bonheur de
naître, en pays étranger, à la porte de Paris, de se présenter au public français avec l'estampille de la douane. Excellent moyen de parvenir! En même temps qù'ibsen — le Norvégien, Maeterlinck — le Gantois, fit les délices du Théâtre Libre. Dès les premiers jours, il connut les applaudissements fructueux, les tirages abondants. 11 importait dans la syntaxe du théâtre l'idiome laconique employé, jusqu'alors, exclusivement pour les rédactions télégraphiques. Heureux expédient qui permet, à coup sûr, d'éviter les fautes de français. Ce fut, sur le public d'alors, un irrésistible coup de foudre. Maeterlinck ravit les cœurs, les esprits. On lui donna du Shakespeare, on l'étouffa sous les roses. Tout autre se fût enivré de ces adulations, eût perdu le sens, joué au « cher maître ». Lui, se garda méticuleusement de toute enflure. 11 accueillit sans vanité les louanges et conserva le tailleur de sa jeunesse. Flamand rassis, expert à manier les atfaires, il entretint sa gloire à petit feu, se propagea sur l'un et l'autre continent, aussi heureux dans le commerce des Muses que dans le trafic des éditeurs. Ayant reçu de l'Amérique les œuvres d'Emerson, il les lui rendit au centuple. En comédien supérieur, il s'enveloppa de discrétion. Nul moins que lui ne prit la peine de briller.
Cependant, Claude Debussy, en illustrant.