LES DÉBRIS DE LA GUERRE G
d une fraîche et neuve musique, Pelleas et Mélisande, conquit à son auteur les plus réfractaires. Avec une telle partition, la France pouvait, enfin, opposer à Wagner un incontestable chef-d'œuvre. Le spectacle faussement naïf de Maeterlinck, désormais, ruisselait de poésie et de jeunesse. Poème, naguère estimable, il était devenu, sous Tarchet du magicien, l'un des plus beaux ouvrages dont s'honore la mémoire des hommes.
Georgette Leblanc ayant épousé Maurice Maeterlinck, embellit à son tour d'une gloire nouvelle et péremptoire les écrits du maître dont elle portait le nom resplendissant. Elle fut Monna Vana, Ariane, toutes les héroïnes du poète, qu'elle fît vivantes, belles de sa vie et de sa beauté. Cette merveilleuse artiste, abandonnant le souci trivial de la réalité, joue avec les attitudes les plus décoratives, les gestes les plus harmonieux, sans se préoccuper, un instant, d'être sincère ou véridique. Son art tient de la danse, de la sculpture beaucoup plus que du théâtre, au sens où peuvent l'entendre la Duse, M"' Réjane et même Sarah Bernhardt. Or, c'est l'irréalité même de son jeu — enroulements serpentins, pâmoisons, gestes chantournés — qui convient à l'interprétation d'une œuvre dont la trame se déroule, presque toujours, à travers les décors mouvants de l'Infini.
Célèbre, couronné deux fois comme dramaturge et comme philosophe, le penseur du Temple enseveli mérita par surcroît, après celui de Shakespeare belge, le nom de Virgile flamand, sa Vie des abeilles égalant, — ou peu s'en faut, — la beauté des Georgiques et les surpassant fort en exactitude. Maurice Maeterlinck, tout chargé de lauriers, s'amusait à étudier la boxe, afin d'élargir encore son entendement, lorsque la guerre lui montra la voie et joignit à ses guirlandes une couronne encore, celle du martyre. La nationalité belge avait facilité ses débuts, sa consanguinité avec l'héroïque petit ipeuple du roi Albert le fit « entrer vivant [dans l'immortalité ».
Les Débris de la guerre. Ce titre symbolique réunit en un volume tout ce que M. Maeterlinck a, depuis la Grande Guerre, écrit d'articles ou prononcé de discours. On y trouve ses conférences « Pro Patria », celles de Milan, de Rome, de Naples, de Florence et du Queen's Hall, dont tout Londres s'énamoura. Une élégie en prose glorifie, à la manière des Athéniens, sous Périclès, la douloureuse Miss Edith Gavell, petite infirmière en qui s'incarnent le dévouement caché,rhéroïsme tranquille de toutes lesfemmes qui font leur devoir. Un autre myriologue consacre le souvenir de Raymond Ron, lequel, prévôt de boxe, eut l'honneur d'encaisser, dans le