LES DÉBRIS DE LA GUERRE G
thorax ou les gencives, les maîtres coups de poing assénés par le Maître. Les Débris de la guerre, en un langage transcendantal, promulguent cette évidence naguère déduite avec une rare lucidité par x\lphonse Séché, à savoir que Ja guerre, à mesure qu'elle emprunte au machinisme ses moyens les plus terribles de destruction, crée, en dehors même du génie, humain, des phénomènes imprévus et foudroyants. L'avalanche, projetée au loin par une volonté consciente, obéit à des lois mystérieuses, sur lesquelles cette même volonté ne saurait avoir de prise.
Devant l'Italie, attentive et frémissante, le poète demande grâce pour les villes condamnées. Anvers, Gand, Bruxelles, Bruges, cités opulentes où les hommes d'autrefois ont accumulé tant de trésors et de merveilles, subirontelles, à leur tour, l'exécrable destin d'Ypres ou de Dixmude? A ce pathétique, venant du cœur, les cœurs se sont émus. L'exhortation de Maeterlinck ne fut pas moins efficace que les harangues d'Annunzio à mettre en armes l'Italie implorée. En effet, la postérité de Dante a frémi lorsque le poète, devant elle, évoqua cet enfer où, sous le joug scélérat de l'Allemagne, agonisent la Wallonie et la Flandre, coupables d'avoir fait honneur à leur parole et cru à la sainteté de leurs engagements.
M. Maurice Maeterlinck, dans un discours préliminaire, d'une calme noblesse, expose les motifs qui, désormais, l'incitent à exécrer la Germanie et les Germains. C'est dans une langue modérée et ferme, la condamnation des intrigants ou des lâches qui parlent de récondliation, qui tendent aux barbares leurs mains d'eunuques humanitaires par-dessus les charniers :
J'ai essayé de m'élever au-dessus de la mêlée — atteste M. Maurice Maeterlinck — mais, plus je m'élevais, plus j'entendais ses cris et mieux j'apercevais sa démence et son horreur, la justice de notre cause et l'infamie de l'autre. Il est probable qu'un jour, lorsque le temps aura lassé les souvenirs et réparé les ruines, des sages affirmeront que nous nous sommes trompés et n'avons pas regardé d'assez haut, qu'on peut tout oublier, tout expliquer et qu'il faut tout comprendre ; c'est qu'ils ne sauront plus ce que nous savons aujourd'hui et qu'ils n'auront pas vu ce que nous avons vu.
La prose de M. Maurice Maeterlinck est, à son accoutumée, un peu lourde, abstraite, exempte de noms propres ou de termes techniques, mais riche d'idée et d'une forme si grave, si pure, que l'auteur impose Tadmiration aux esprits même les plus différents du sien. 11 survit, dans ce moderne, poète du