La bataille et la défaite du roi Arit-Çiiînok
Cependaut, les généraux du roi Arit-Çhinok tiennent conseil dans la citadelle royale et disent :
— ^'oici maintenant (pie l’armée de l’ola-Çliînok, (pii est très forte, a pénétré dans le royaume sous les ordres de ses généraux. Allons trouver Arit-Çliinok et avertissons-le.
1. Il faut entpndro ici « d’arcs lcg('rs garnis à la poignée d'un cercle d’jirgcntet ornés à l’un do h'urs bouts d'un ornement doré ». Les arbalètes dont les danseurs font usage au théâtre sont encore ornées de cette faijon .
2. En pâli : les pandita, savants, sages, les puro/n'tns, chapelains, cL les iiralunann pajnna, savants, devins, astrologues.
PRÈAS MOIIA-CnÎNOK
Ayant ainsi décidé, ils furent trouver le roi, puis, prenant congé de lui, ils allèrent à Pola-Çhinok et se prosternèrent devant lui.
Celui-ci, les voyant })rosternés, donna Tordre d’arrêter immédiatement Tannée et chargea un amat d aller comme ambassadeur royal' trouver son frère:
— • T"h bien, amat, lui dit-il, allez demandera mon frère s’il consent ou non à me remettre le parasol ;i cin(| étages et le pouvoir royal (pie mon })ère a possédés.
L’amat, Tayant salué, se retira en reculant et s’en alla de suite trouver le roi Arit-Çliinok. Étant arrivé jirès de lui, il le salua et lui dit :
— Pola-Çhinok, votre frère, vient vous demander le parasol a cin<i étages et le pouvoir royal que son père a possédés autrefois. Si vous refusez de lui remettre le tn’me et le pouvoir, il vous attaquera avec son armée, vous réduira en poussière et s'emparera de klithila i])ar la force].
Arit-Çhînok se mit dans une si grande fureur cpie tout son corps tremblait, car il était un homme dur (|ui ne craignait pas les batailles. 11 était dans une aussi grande colere qu’un phuchéak néakéa révmli' (pTon aurait frappé sur la queue avec une \ erge de fer.
— Quand ma mère, après avoir mangé, s’endormait, ditil, je prenais son sein et je buvais de son lait. Dites à mon frère (pie je ne le redoute pas plus (ju’oii ne doit redouter un petit enfant (pii, dans son hamac, se met en colère. .le suis roi de droit; lui n’est qu’un homme, et je ne suis [las un homme comme lui. Ma tète doit, malgré la guerre, rester sous le sacré parasol à ciiKj étages et je dois conserver le pouvoir royal. Tant que je serai homme vivant, je resterai
1. Le texte emploie les mots vcuçhéu tif, du sanscrit rà/n data, royal messager, messager royal.
'Z. lioi des dragons et des serpents. Du pâli b/uijài/a luU/a rà/K.
sur le trône. Simon frère veut s'en emparer, (pi’il vienne le prendre. Amat, allez dire à Pola-Çhinok (pdil amène son armée pour se battre contre moi. S’il est le plus fort, s’il ] bat mon armée, alors il prendra le parasol à cim] étages et le ^ pouvoir royal; ils seront a lui. ^^lais si je suis le plus tort, | je les garderai; il n’y prétendra plus.
Ayant ainsi parlé, il donne l’ordre à .ses généraux de prendre leurs dispositions de combat, puis il entre dans sa chambre et dit à la reine :
— Ma chère Tévi',je vais me mettreà la tetedemon armée et m’en aller combattre Pola-Çhinok. O ma chère Tévi, (juand on ])art ainsi, on ne sait si on sera vaincu, si on sera vainqueur. Si je remporte la victoire, si je bats l’ennemi, je reviendrai de suite pour revoir votre visage et pour vous rassurer; si je suis vaincuÇ je mourrai au milieu de l’armée. Dans ce cas. Madame, gardez-moi dans votre souvenir et partout où vous irez, province, ville ou ville royale, vous serez bien reçue.
Ayant ainsi parlé, le roi, quand l’heure propice à la victoire'* fut venue, lit battre le gong et sonner les trompettes.. Puis il monta sur le cou de son éléphant, prit son croc à diriger, pressa sa marche en agitant vigoureusement ses jambes derrière ses deux oreilles, et s’adres.sant à son armée dit :
— Kh bien ! vous autres, marchez, car dès maintenant, je marche à l’ennemi ; s'il en est qui hésitent, qu’on leur coupe la tête et ([u’on la porte piquée au milieu de l’armée!
Alors les généraux, rassemblent leurs compagnies et marchent à l’ennemi.
1. Tèri (dcci), n’est probabloinent pas le nom de la reine, mais son titre, car les princesses sont souvent apiielées tcci, ({'pi.
2. Le texte emploie le mot (ilttii-dnhcrp du pâli (ipurajali ■
3. S(hhritthi, sacre, favorable, c/iod, tout à fait, ç/icf/, victoire.
PRÉAS MOHA-CIIÎNOK 163
Les deux années se rencontrèrent au milieu du royaume de Mithila, et le bruit du choc est si terrible (jue la terre en lut ébranlée.
Les généraux de Pola-Çhinok sont grands, forts et braves; ils marchent les armes hautes, en rangs serrés et se précipitent sur les généraux d’Arit-Çhinok,les attaquent avec leurs sabres, les chassent et les dispersent. Ils arrivent ainsi jus(ju’iv Arit-Çhinok, le renversent de son éléphant et le tuent sur le champ de batailh'.
Alors les généraux, les dignitaires, les ministres, les guerriers [du roi vaincu] sont pris d(' terreur ; ils vont, viennent et s’entredisent:
— ^ oici maintenant que Arit-Çhinok est mort sur le champ de l)ataillc, (jue i)Ouvons-nûus faire? Rien! Allons donc saluer Pola-Çhinok, allons-y de suite.
Alors tous les dignitaires, les ministres [du roi vaincu], cette décision prise, vont immédiatement trouver Pola- Çhinok et font leur soumission.