‹ Les livres sacrés du CambodgeChapitre 172 sur 275 · La ville royale · texte numérisé non relu

La ville royale

valaient 100 ânchina' et étaient couverts de sculptures, s’en allait tout seul. Et néang SimEali-tévi pleurait du désir de voir bientôt le Bodliisattva rentrer au palais. Alors elle réfléchit dans son cd'ur et se dit :

— Oh! moi, je saurai liien trouver le moyen de le faire rentrer au palais.

Alors, elle fit appeler le grand ministre et lui dit :

— Eh bien! grand ministre, vous allez amener les chars et les conduire au Bodliisattva, vous cernerez la vieille maison abandonnée, la vieille sala, vous y entasserez de riierbe, des brindilles, puis vous y mettrez le feu afin d’avoir beaucoup de fumée et d’obliger le Bodliisattva à revenir.

Legrand ministre lui obéit .sur l’heure et néang Simbalitévi, ayant atteint le Bodliisattva, se prosterna et lui dit en pleurant :

— Seigneur! voici le feu qui consume le magasin de l’or, le magasin de l’argent, celui des pierres précieuses et tous les trésors royaux. Je vous en prie, retournez au royaume afin de tout sauver.

— Ilélas ! néang Simbali-tévi, ce sont des tracas en moins pour nous ; cet incendie est une bonne chose pour moi, ma chère. Mieux vaudrait encore que tout le royaume de Mifldla brûhit.

Ayant ainsi parlé, le Bodliisattva se dirigea vers la porte du Nord. Alors néang Simbali-tévi. les femmes du harem royal, les dignitaires et les guerriers se mirent à suivre le Bodliisattva. Néang Simpali-tévi commença à lui dresser des embûches; s’adres.sant aux othciers et aux guerriers, elle leur dit :

— Eh bien ! vous tous ! il faut que vous agissiez comme

1. L’anchia vaut 20 dâiiilœng, et le dânilœng vaut 37 g. 1/2; cela donne 7 kilogrammes .700 gr. d’or; c’est cher pour des chaussures.

PRÉAS MOHA-ÇHÎNOK 203

si VOUS étiez des pirates, que vous alliez tuer les gens de la campagne.

Alors les officiers et les guerriers, armés d’armes tranchantes, s’enduisirent le corps avec de l’eau de laque comme font les pirates et se mirent à tuer, à couper, à percer et à attacher sur des planches les gens qu’ils avaient tués, alin que le Bodhisattva vît [tous ces morts]. Alors les gens du peuple criaient très tort, en disant :

— Seigneur ! notre grand roi, quand vous étiez sur le trône, les pirates ne venaient pas ainsi tuer les gens de la campagne.

Alors néang Simhali-tévi se prosternant aux pieds du Bodhisattva, lui dit :

— Seigneur, grand roi ! il y a maintenant beaucoup de pirates, qui blessent, qui tuent les paysans. .le vous en prie rentrez dans votre royaume, ne nous abandonnez pas ainsi?

Le Bodhisattva, l’ayant écoutée, réfléchit dans son cœur et se dit : « Quand j’étais sur le trône, il n’y avait pas de pirates pour blesser, tuer les habitants ; s’il y en a maintenant, c’est que néang Simbali-tévi les a faits. » Ayant ainsi réfléchi, il lui répondit :

— Hélas 1 néang Simbali-tévi, ces choses-là ne sont pas arrivées de mon temps ; s’il y a des pirates, ce n’est pas mon affaire. Je veux vivre dans la quiétude des Aphéasarapréahm’ .

Cependant que le Bodhisattva parlait, les gens du peuple se mirent à sa poursuite . Le Bodhisattva dit : « Les gens du peuple vont-ils donc me suivre toujours. Je vais leur donner l’ordre de retourner. » Alors retournant sur ses pas, un demi-yuçh, il se plaça au milieu de la grande route et s’adressant aux amat, il leur dit :

1. Des dieux brahmas du paradis des ab/iasaros, le sixième des bralimalokas et le douzième des paradis.

— A (|ui appartient lo ])oavoir? Los amat lui répondirent :

— Seigneur, grand roi, le pouvoir est à vous.

Alors le Lodhisattva leur dit :

— Lli bien, ainat, s'il en est ainsi, je vous détends de passer par dessus ce trait ; si (luelcju’un de vous le passe qu’il soit rcaçh tuonJi' .

Ayant ainsi parlé, il prit la canne sur laquelle il appuyait sa main et traça une ligne au travers de la grande route. Alors, les gens du peuple n’osèrent pas franchir cette ligne tracée ]iar le Bodhisattva au travers de la route, mais ils se couchèrent dessus et se mirent à se lamenter. Néang Simbali elle-même n’osa pas aller au-delà du trait fait au travers de la grande route.

Alors, regardant la ville royale de Mithîla où le Bodlii saltva avait régné, elle ne })ut retenir ses larmes, se frappa :i la poitrine avec la main et se laissa choir sur la grande route.

Cependant les gens du peuple se roulaient sur le trait (pi’ils ne pouvaient dépasser et disaient :

— Lh ! voici que le trait cpie le roi a tracé ici est déjà effacé.

Alors néang Simbali-tévi se relevant, s’élança à la poursuite du Bodhisattva qui. se dirigeant vers le Nord, s’en allait à la forêt de l’IIimalaya.

Néang Simbali-tévi, tous les otliciers de l’armée et tous les soldats suivaient ainsi le Bodhisattva et celui-ci, les voyant derrière lui, n’osait jilus leur dire de retourner sur leurs pas. Il continuait d’avancer. Il lit encore soixante y uçh.

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