L’ AUMÔNE DU CHIEN MAIGRE
Le Bodliisattva s’avançait ainsi, demandant l’aumône. Il parvint jusqu’à la frontière du royaume où il n’y avait I plus d’habitants. Il se trouva en cet endroit un homme qui, étant sorti du royaume, avait acheté un morceau de viande et qui l’avait embroché au bout d’un bois aiguisé pour le faire cuire au-dessus d’un foyer fait de bois mort qu’il avait ramassé. Il se trouva aussi qu’un de ces chiens c[ui, cherchant leur pâture, rôdent affamés autour des maisons, aperçut la viande embrochée qui cuisait au-dessus du foyer, l’enleva prestement et s'enfuit. L’homme, voyant le chien emporter dans sa gueule la viande dont il espérait se régaler, réfléchit un instant, puis s’élança à sa poursuite en criant : « Le chien, le chien emporte mon morceau de viande ! » Et il le pour-
suivit ainsi jusqu’à la frontière du royaume. Alors, fatigué, épuisé, il s’écriait :
— Le chien décharné a pris toute ma viande et l’a emportée pour la manger.
Puis il reprit le chemin de sa maison.
Cependant le chien, en courant, se dirigeait vers le Bodhisattva, néang Simbali-tévi et les mandarins ; (juand il fut en face du Bodhisattva, il eut peur, laissa tomber la viande (ju il avait en sa bouche et s’enfuit d'un autre côté.
Voyant cette chose, le Bodhisattva pensa dans son cœur que puisque le chien avait jeté cette viande, elle était .sans propriétaire et, (jue, dans ce cas, il n’y avait aucune faute à la prendre. « Je puis donc sans commettre une faute recevoir cette aumône. » Ayant ainsi réfléchi, il souleva le couvercle de sa sébile, prit la viande (jui était à terre, la débarrassa de la poussière (pii la couvrait et la mit dans .sa sébile. Puis il se mit à chercher l’eau dont il avait besoin pour la faire cuire.
Néang Simbali-tévi le voyant faire ainsi, lui dit avec son cœur :
— O Seigneur, vous (pii êtes roi! vous n’allez pas manger cette viande (jui est toute couverte de poussière et (pie lechien a portée dans .sa bouche. Ce serait une chose dégoûtante, Seigneur !
Le Bodhisattva lui répondit:
— O néang Simbali, (pie vous ôtes donc stupide ; vous no savez même pas (pie la nourriture 00(^110 en aumône est la meilleure.
Ayant ainsi parlé, le Bodhisattva fut s’asseoir en un endroit écarté, apprêta cette viande et se mit à la manger. Quand il eut fini, il prit de l’eau, et se lava la bouche et les pieds avec soin. Le voyant faire tout cela, néang Simbali se mit à le réprimander.
PRÉAS MOHA-CHÎNOK
— O néang Simbali-tévi, lui dit le 13odliisattv:i, cette nourriture n'est pas pour les autres, elle est pour moi, de même ({ue les biens que mes mérites [antérieurs] m’ont donnés ; elle n’est à personne fiu’à moi.