La Koumarey
En ce moment, les deux moba-khsatriyas’, tout en parlant, étaient parvenus jusqu’à la porte du royaume ; ils y trouvèrent plusieurs enfants ([ui jouaient sur un tas de sable ; l’une d’elle s’amusait avec un petit tamis à tamiser le sable. Cette enfant' avait un bracelet à l'un de ses bras et à l’autre elle en avait deux ; les deux bracelets s’entrechoquaient et on entendait parfaitement le bruit deleur choc, mais l’autre qui était seul ne faisait entendre aucun bruit.
Le Bodhi-sattva réfléchit dans son cœur que néang Simbali-tévi le suivait et il se prit à comparer néang Simbalitévi et lui-même aux deux bracelets (|ui s’entrechoquaient : « La femme, pensa-t-il, fait toujours ce qu’elle peut pour empêcher [l’homme] d’entrer en religion. Qui sait si cette petite même ne va pas m’insulter? »
Ayant ainsi pensé, il dit à l’enfant :
— Eh bien, petite fille, avez-vous demandé à votre mère pourquoi l’im de vos bras fait du bruit alors que l’autre reste silencieux ?
L'enfant répondit :
— Eh, mon Seigneur! ce bras-ci fait du bruit parce que je lui ai mis deux bracelets et celui-là est silencieux parce qu'il n'en a qu'un ; il est comme celui qui a vaincu tous les désirs et qui n'a plus aucune passion. Mon Seigneur, quand
1. M((hà-hsh(itriij(i, les deux grands kshatriyas, c’est-à-dire le roi et la reine.
2. Notre texte dit plus loin nranQ /.-ouinarei/, c’est-à-dire jolie tille.
on est deux, il y a toujours discussion, quand on est seul, on ne peut se quereller.
Puis elle ajouta :
— O mon Seigneur 1 voici que vous emmenez derrière vous votre femme, comment ferez-vous quand demain elle troublera votre calme de religieux ? Séparez-vous donc de néang Simbali-tévi, congédiez-la et donnez-lui l’ordre de retourner sur ses pas, puis continuez d’avancer seul dans la voie de la sainteté; restez vertueux et cela sera tout à fait bien.
A ces paroles d’une petite enfant, le Bodhisattva s’adressant à néang Simbali-tévi lui dit :
— Eh bien ! néang Simbali, n’avez-vous pas entendu les paroles de cette petite fille; elle me demande pourquoi, étant religieux, je suis accompagné de ma femme.
Néang Simliali-tévi répondit :
— Puisqu’il en est ainsi, prenez le chemin de droite, je prendrai celui de gauche.
Puis, s’étant prosternée pour le saluer, elle s’en alla. Mais ne pouvant demeurer calme, elle se mit à sangloter, et comme le Bodhisattva cheminait sur la grande route royale, elle revint sur ses pas.