Visvakarman. l’ange architecte
PKÉAS DIMÉ CIIÉADAK
m’enterrer vivant ici? Vous n’étes pas charitable. A ous dites que je suis cul-de-jatte, regardez donc mes bras et mes jambes. Est-ce ([u’on est comme je suis quand on a été cul-de-jatte. Voyez-moi. D’autre part vous dites que je suis muet ; comment un homme qui a été muet peut-il parler comme je parle? n’entendez-vous pas que les paroles que je vous adresse sont claires? O mon cher charretier! vous u’étes pas un homme charitable et votre cœur est mauvais.
Ces paroles du Bodhisattva surprennent beaucoup le charretier ; il pense :i part lui :
— Comment ! depuis sa naissance jusqu’à aujourd hui, il n’a jamais dit un seul mot, et voici maintenant qu’il parle et (ju’il s’exprime avec une grande exactitude. Quel est donc son visage? il faut que je le regarde.
Ayant ainsi pensé, il s’arrête de creuser la terre, regarde au-dessus de lui et, voyant le Bodhisattva, magnifique dans sa puissance et sa prospérité, il ne reconnaît pas le prince Dimé et pense en lui-même :
Celui-ci n’est pas du monde, c’est certainement un tévoda qui vient me parler. Je vais l’interroger afin de m’en assurer.
Alors, il prononça la stance suivante :
■ — Seigneur (pii êtes plein de prospérité et de puissance, quiétes-vous, tévoda, néak, yéak, kânthop ou asor-phop', ou bien êtes-vous Indra ? Si vous n’êtes point l’un de ceux-la, satisfaites mon désir de savoir et dites-moi de qui vous êtes le fils.
Le Bodhisattva répondit par cette stance :
— Ô cliarretier! je ne suis ni tévoda, ni néak, ni yéak, ni kânthop, ni asor-phop et je ne suis pas Indra, je suis le fils du roi Kasika, (pii vous a envoyé creuser cette fosse et que
1. DcKd (dieu), naija (dragon), //«/.s/ic (ogres), //o/ii/Aa/n.s- (autres êtres surnaturels), ou du inoutle des asnruH (géants).
VOUS avez toujours servi ; je suis le fils de eelui-lii. Mou cher charretier, ne serez-vous pas charitable? Cher charretier, (|uand une personne vivante est debout, assise ou couchée au pied d’un arbre', on défend d’écorcer cet arbre, d’en extraire la nioëlle, de casser ses branches, d’arracher ses feuilles. Celui (pd dégrade cet arbre pèche gravement et on le nomme ennemi. Or donc, le grand Kshatriya, c’est l’arbre; l’homme (pi’il abiâte sous son ombrage, c’est toi, et les branches, les feuilles et la moëlle, c’est moi, le fils [du Kshatriya]. Voilii pourquoi c’est gravement pécher que de me toucher. Cependant, je suis homme, as-tu à te plaindre de moi? ai-je des torts envers toi? non ! alors pourquoi m’as-tu amené dans cette forêt et veux-tu m’y enterrer vivant ? mon cher charretier, pourcpioi n’es-tu pas charitable envers moi ?
Pendant (pic le Bodhi.sattva lui parlait ainsi, le charretier affectait de ne pas l’écouter et de ne pas croire ses paroles. Le Bodhisattva, voyant que le charretier n’a pas confiance en lui, se dit en lui-même :
— Il faut que je prêche la Gâthâ en dix articles, afin que tous les tévodas de la forêt l’entendent avec terreur.
Ayant ainsi décidé, il s’adres.sa au charretier et lui dit la gàthâ Mvéatha) suivante :
— O charretier ! ipiand un homme quelconque, qui n’a fait de mal à personne, (piitte son pays pour aller dans un autre pays, on lui apporte une portion des vivres les meilleurs et on le soigne bien. De même, quand un homme qui n’a jamais nui à personne, qui n’a jamais fait tort à ses amis, arrive dans un autre pays (jue le sien, dans un pays étranger, soit petit, soit grand, les tévodas et les notables de ce pays viennent lui offrir les meilleures choses. De même, mon cher charretier, (juand un homme cpii n’a jamais été méchant avec les autres hommes et ses amis, et ipie cet
l’HÉAS DIMÊ CHÉADAK
homme voyage dans un autre pays [([ue le sien], les voleurs et les autres malfaiteurs n’osent pas l’attacpier, et le roi du pays où il passe ne le traite pas mal ; un pareil homme n’a rien à craindre des ennemis. Cher charretier! quand un homme quelconque a toujours été bon avec tout le monde, patient, (piand il ne s’est jamais mis en colère contre quelqu’un, n’a jamais contredit personne, s’il reste au milieu de sa famille, il prospère plus que les autres hommes. Cher charretier! quand un homme quelcompie a toujours été bon avec les autres hommes et ses amis, (juand il a toujours été aimable et respectueux avec les autres, les autres sont aimables et respectueux avec lui. On satisfait toujours ses désirs. Cher charretier! quand un homme a toujours été bon avec les autres hommes, n’a nui ;i personne ; ((uand il a toujours été obligeant et reconnaissant, les autres sont avec lui obligeants et reconnaissants. Cher charretier! quand un homme a toujours été bon, il sera prospère et ne manquera jamais de biens. Alors, la langue de cet homme sera comme la flamme de feu (]ui consume au lieu nommé Vétarani’, et il sera toujours beau comme un tévoda, et ne manquera jamais d'être prospère. Cher charretier! ([uand un homme (juelconque a toujours été bon avec les autres, il a de nombreux esclaves, hommes et femmes, beaucoup d’éléphants, beaucoup de chevaux, des buffles et des bœufs en grand nombre, et les petits mâles et les petites femelles qu’il obtient de ses gens et de ses bêtes sont nombreux. Cet homme ne manquera jamais de fortune. Il sera toujours comme le paddy phuçh-sa}ey'’ (jui, semé dans les champs,
1. Le premier des seize petits enfers qui entoure eliacuii des huit grands X'oy. le Preas Niiiia jatakn.
2. Sateij, du p. sàli, riz en balle, le paddy; ce mot et le mot cambodgien svou «paddy », sont un doublet. — Le mot pliouçli est cambodgien et signifie « semence »,
donne une récolte abondante. Il sera toujours comme le paddy phuçli-saley. Cher charretier, quand un homme (pielconque n’a jamais nui à personne, et que cet homme manque de 1)iens ou (jibil se ruine, il aura toujours quelque chose de bon pour [l’aider ou] le recevoir. Cher charretier, quand un homme quelcompie n’a jamais nui à personne, les ennemis, les voleurs, les pirates, les assassins et les autres méchants ne viennent pas lui faire de mal. Une comparaison : l’arbre çhrey', en croissant, pousse un grand nombre de racines dans tous les sens et, quand la tempête arrive, elle ne peut le déraciner ; il en est de même de cet homme ; les mauvaises gens ne ])euvent rien contre lui.
Un entendant [ces paroles], le charretier était étonné, mais il ne voulait pas les écouter et se redisait en lui-même : « Qu’estce (|ue cet homme? » car il ne connaissait pas le prince Dimê. Pensant ainsi, il sortit de la fosse, s’en alla à la charrette pour y prendre le prince, et vit c[ue celui-ci avait disparu. Alors il revint, s'approcha de l’homme qui lui parlait et reconnut en lui le tils du Môha Kshatriya, son roi. Le reconnaissant, il s’inclina, s’agenouilla devant lui et le salua en lui serrant les jambes; puis il lui dit la stance suivante:
— Cb.er prince royal, fils du roi, revenez avec moi et rejoignons vos précieux mère et père. Ne restez pas davantage dans cette forêt.
A ces paroles du charretier (pii l’invitait à retourner [dans la ville royale], il répondit :
— Cher charretier! je n’aime ni le tr(5ne ni le pouvoir royal, et c’est parce (pie je ne les aime pas que j’ai été ce (pie vous savez. Pegardez-moi maintenant et dite.s-moi jiounpioi vous m’engagez à retourner, moi (pii n’aime ni le parasol étagé, ni les biens royaux.
Le Sundàr-sarthey insista en disant :