‹ Les livres sacrés du CambodgeChapitre 261 sur 275 · Un hiciis · texte numérisé non relu

Un hiciis

PRÉAS DIMÊ CHÉADAK

— Mon cher tils du roi, quand ils nous verront ainsi, votre mère et votre père seront bien heureux, et tous les brahmanes, les richards^ les ministres, les conseillers, les dignitaires et les habitants de toutes les villes, de tous les villages du pays qui est sous vos ordres, seront si contents qu’ils accourront vous offrir beaucoup d’or et beaucoup d’argent. Alors votre puissance sera grande et votre renommée s’étendra au loin.

Le Bodhisattva répondit :

— Mon cher charretier ! mes saints précieux inèi^e et père, les conseillers, les ministres et tous les habitants m’ont condamné ou laissé condamner à mord. Pourquoi retournerai-je à eux? Je ne veux pas rentrer et je n’ai plus de cœur pour les aimer. Quand ma mère et mon père m’auront pardonné, je me ferai ermite en cette forêt.

Et le Bodhisattva, en parlant ainsi au charretier, songeait vraiment à se faire ermite. Continuant de s’adresser à cet homme, il lui dit :

— Mon cher charretier ! croyez-vous (juc mes mérites soient assez mûrs maintenant? Quand un homme quelconque a toujours obéi, quand il a obtenu le môha plias kam' , quand il continue de prier, quand il prie tous les jours et se soucie bien des observances, cet homme n'a rien à craindre et le malheur ne l’atteindra pas.

A ces paroles, le charretier répondit:

— Cher et précieux hls royal ! comment se fait-il que vous qui parlez avec une si grande douceur et une voix si mélodieuse, vous ayez refusé de parler à vos précieux père et mère en leur ville royale ?

— Mon cher charretier! répondit le Bodhisattva, vous remarquerez maintenant (jue je ne suis ni perclus, ni sourd,

1. Du pâli niuhâ p/iasii Icaranarh rparainitn ), la grande et désirable

üiulitiun de haute i)orfectiun de celui qui quitte le siècle-

ni idiot, ni muet, ^^on cher, mes oreilles et ma langue, mes jambes, mes bras étaient libres et, n’étant ni perclus, ni sourd, ni idiot, je faisais comme si j'avais été tout cela parce cpie je me rajipclle quelle a été ma vie dans le passé, tjr, j’ai déjà régné au pays de Hénarés, pendant vingt ans ; cette vie ble roi] étant écoulée, je suis tomlié en rp.sr////o/n ijoroli' et mes souiîrances en cet enfer ont duré 80,000 ans, j’en ai ra]iportéune grande peur et un grand clTroi. Or, un jour, j’ai entendu mon saint père donner, sans réfle.xion, l’ordre aux réaçli-amats d’emmener (piatre voleurs et de les punir. Alors j’ai pensé (jue c’était le pouvoir royal cpii faisait oublier l’enfer, et j’ai eu jicur ; je suis devenu triste, enuu\ é et, dans mon cœur, je n’ai jilus aimé le pouvoir royal. Telle est la raison (jui m’a déterminé à agir de manière à éviter le pouvoir royal. Si je nhournais, on voudrait me faire régner, or, mon cher, je ne veux pas régner.

Mn entendant ces paroles, le charretier songeait en luiméme :

— Puistjue le prince n’aime pas le pouvoir royal, ne veut pas être roi, mais désire se faire ermite dans cette forêt, j’ai bien envie de n’étre plus laupie et de me faire ermite avec lui.

Ayant ainsi réfléchi, il s'adressa au Bodhisattva et lui dit la gàthà suivante :

— Mon cher maitre et précieux prince royal! vous ave/ raison et ce (pie vous dites me jilait si fort que je vous prie de m’accepter comme religieux avec vous.

Le Bodhisattva, songeant à la demande (jue lui faisait le charretier, se disait en lui-méme :

— \’oici maintenant (pie le chaiTetier veut, comme moi, se faire religieux. Si je l’accepte, nous disjiaraitrons tous

1. Xüiii d'un petit caler. Nous avons vu plus liant osdthur, du s. UÿS(Ul(i.

PRÉAS DIMÈ CIIÉADAK

deux dans cette forêt et personne ne saura ()ue je suis avec le charretier ; la charrette et mes effets seront retrouvés et mes père et mère, puis les habitants diront (pie j’ai dévoré le charretier s’ils n’ont pas de ses nouvelles. 11 est préférable qu'il retourne [à la ville] avec la char rette et mes vêtements [afin qu’on les voie].

Ayant ainsi réfléchi, il dit au charretier:

— Mon chéri vous voulez vous faire l’eligieux, c’est très bien, mais avant, il convient (pre vous rendiez la charrette et les vêtements. Vous êtes un envoyé du M(')ha Kshatriya et vous devez l’enti’er avec la chari’ette et les vêtements. Vous reviendrez ensuite vous faille religieux avec moi. Celui qui veut se faire l’eligieux a l’aison, mais le saint Buddha a enseigné que cet homme ne peut se faire religieux s’il est débib'ur de rpielqu’un. 11 doitéti’e libre dans le monde.

Le charretier, ayant entendiices paroles, se disait : (( Quand je sei’ai là-bas, peut-être bien que le roi et la reine me renveiTont cheiTher leur fils. Si le Bodhisattva demein^e ici, ce sera bien, mais s’il va ailleurs, je ne pourrai pas le retrouver. Alors, le roi se fâchera contre moi et me fera couper le cou. 11 faut absolument (pie le prince promette de m’attendre ici afin (pie je retourne ».

Ayant ainsi décidé, il dit la stance suivante :

— Vous voulez (pie je retourne, je veux bien, mais il faut (pie vous me [iromettiez de m’attendre ici, de ne pas alhïr ailleurs, alin (jiic si je ramène vos mère et père, ils [)uis.sent vous rencontrer. Oh! (pi’ils .seront heureux (piand ils viendront et (pi’ils vous verront comme vous êtes.

Le Bodhisattva répondit :

— Je veux bien les voir, mais je ne crois pas que mes mère et père viendront jusqu’ici. Dites-lcur de ma part (juc je les salue et (pie je vais me faire religieux. Présentez-leur

mes vêtements et dites-leur ({u’ils ne soient pas inquiets à cause de moi.

Alors le charretier, ayant reçu ces ordres du Bodliisattva, le .salue, monte sur la voiture, fait trois fois le tour du prince et part pour la ville royale, dans la direction de la porte du palais.

Quand le charretier parait :i la porte et s’apprête à descendre de la voiture, nêang Chântêa ouvre la fenêtre. Elle voit (ju’il est seul et pleure. Elle pense ([ue cet liomme sans mérites a tuê son lils et l’interroge :

— Mon lils chau Dimê est donc resté sourd, idiot et muet (piand vous ave/, commencé à creirser .sa fosse. Alors, (piand cette fosse a été assez creusée, vous l'avez enterré et vous l’avez frappé à coup de jiioche conformément aux ordres du roi. Quand vous l’avez ainsi frappé, mon (ils a-t-il agité ses bras et ses jambes ? Racontez-moi ce cpii s’est passé, car je veux tout savoir.

Le charretier répondit :

— Pardonnez-moi, je vais vous raconter tout ce (jui concerne le prince.

Nêang Chântéa dit :

— .le vous pardonne, mais dites-moi très exactement ce (pie vous avez vu de mon lils.

Le charretier, adirés avoir salué, parla en ces termes :

— ^*otre lils n’est ni perclus, ni sourd, ni idiot, ni muet. 11 a parlé avec moi et ses paroles sont douces et mélodieuses. S'il a simulé [toutes ses inlirmités], c’est qu’il se rappelle cecpi'il a été avant d’être ce (lu’il est aujourd’hui. Il m’a dit (ju’il a été roi du royaume de Bénarès pendant vingt ans, puis(]u'il est rené au pays d’Osathom norok où il a cruellement soulîert pendant (juatre-vingt milleans. C’est pour cette raison qu’il redoute le pouvoir royal. (>iuand vous voudrez le l’evoir, je vous conduirai à l’endroit où il est.

PRÉAS D!MÊ CHÉADAK

Arrêtons-nous là ; laissons le charretier parler du Bodhis'attva à ses mère et père et revenons au Rodhisattva.

10 — Le BoniiiSATTVA se fait ascète

Quand le charretier fut parti, le Bodhisattva songea à se faire ascète. Alors, dans son royaume de l’espace, par un effet de sa puissance et de ses mérites, Indra eut chaud, il se trouva inquiet ’ ; il réfléchit un instant et devina que le Bodhisattva avait résolu de se faire ascète. Alors, il appela le préas Visakam tévobot et lui dit :

— ■ Voici que le prince Dimé veut se faire ascète. Il faut venir miraculeusement à son aide. Prenez votre vol et descendez sur la terre ; construisez-y un sala et remettez au prince Dimé le vêtement d’ascète dont il a besoin. Ceci fait, vous reviendrez ici.

Visakam tévobot descendit immédiatement à l’endroit où se trouvait le Bodhisattva ; il y fit construire un ermitage de trois yuçh de tour, où se trouvaient des salles pour le jour et des chambres pour la nuit ; puis il fit creuser un bassin qui contenait un grand nombre de lotus aux fleurs bleues, noires, blanches et rouges mélangées. Il fit aussi construire un jardin superbe où les arbres et les autres plantes produiraient sans cesse toutes sortes de fruits. fSur les branches des arbres il plaça des vêtements d’ascète,

1. Indra est le chef du paradis des Trente-trois. Selon les Brahmanes, il a chaud, il est inquiet quand son pouvoir est menacé par un autre dieu; il combat pour défendre son pouvoir. Selon les Buddhistes, l’inquiétude qu’il éprouve l’avertit qu’un saint va accomplir un acte vortueu.v et, au lieu de le combattre, il vient l’aider, le soutenir, lui aplanir la route. C’est que, d’après les Buddhistes, Indra est en possession de son Irône pour un certain temps fi.xé par ses mérites ; il ne peut le perdre que lorsqu’il aura épuisé ses mérites. On peut lui succéder, mais on ne peut le détrôner.

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puis il écrivit ceci sur une ])l;inclio ([u’il y suspendit ; « Ceux (|ui veulent S(' faire ascètes, p/eu\ ent 'prendre ces vêteincnls et s’en vêtir. » Ceci fait, \'isakain lévohut retourna cluv. lui.

(Juand le Bodhisatlva vit tous ces objets, il devina (ju’lndra les avait fait placer là pour lui et il entra dans le sala pour s’habiller, et [jour rejeter son l iclie costume. 11 vêtit l’êtolfe faite d’êcorcc d’arbre ti.ssêe avec l’herbe ])lilnnfj' , puis il plaça sur ses (>panles la i)eau d’ours, conformément :i l’anti(pu! usage observé j)ar les ascètes, et se trouva un ascète parfait. Alors, il prit son chapelet, son bâton et sortit du sala (d commenra ;i marcher, allant et venant en c/tânf//irâin\ dans une p,romenadede imàlitation et de recueillement pieux. 11 se trouvait heureux d’être religieux ascète et, plein de joie, se disait :

— .l’ai trouvé la paix ('U me faisant religieux.

Puis il ])énélra dans le sala et s’assit sur h's feuilles ('u guise de tapis, (vluand il eut achev(Lses [)riéresaux ((uatre coins du monastèreet obtenu les huit a})li!ijhéaij mmabat rhhôair' , il sortit de la salle et se rendit à l’endroit où il avait marché ('Il méditant. Il ciu'illit des feuilles de nimplu'a et les mit dans un ^■ase d’or (jui lui avait étéc'uvoyé par Indra ; il y versa ensuite de l'c'au et lit bouillir le tout sur le feu, mais sans y mettre ni sel, ni iiiachou' , ni aucune autre ('pice. (,Iuand

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