‹ Les livres sacrés du CambodgeChapitre 3 sur 275 · LA VIE DU BUDDHA · texte numérisé non relu

LA VIE DU BUDDHA

d’après

Le Prrcis Patliama ASo/uyjAo/Aïo/î cambodgien

En 1895, le Préas sâmdach mâlia-sângkliréacli, qui est le chef siqDrème des religieux de la secte des Mâhanikay au Cambodge, et dont les titres peuvent se traduire par « le saint ràja de la grande sàngha royale », me remit une petite T7e du Buddha, à l’usage des novices et des jeunes moines. Son titre cambodgien, dérivé du pâli, est Précis Patliama Sâmphothian. C’est la traduction de ce petit manuscrit que je donne ici.

Il est loin d’être aussi complet que la vie du Buddha dont M. l’évêque Bigandet a donné la traduction, sous le titre Vie ou légende de Gautama, le Buddha des Birmans, que les manuscrits utilisés par Spence Hardy pour composer la Légende du Buddha qu’il a donnée dans son Manual oj Budhism. Cependant, tel qu’il est, le Préas Pathama Scunphothian est encore très intéressant et très curieux à étudier, malgré qu’il soit un abrégé et malgré ses lacunes graves ; d’abord parce qu’il contient un certain nombre de variantes qui permettront peut-être aux indianistes de découvrir à ciuelles sources les cambodgiens ont puisé, ensuite parce qu’il nous enseigne ce qu’est le livre principal de

l’éducation religieuse d’un peuple que sa destinée a placé sous notre protectorat.

J’ai cru devoir, en des notes souvent très étendues bien que substantielles, indiquer en quoi cette petite Vie du Budd/ia, leçon cambodgienne, ditierc :

1° Du Lcdita-Vistara de M. Foucaux, qui est une leçon népalaise et sanscrite de la vie du Buddha s’arrêtant à l’obtention de la Bodlii par le Saint. L’édition dont je me suis servi est celle des Annales du Musée Gui met qui a paru en 1884 (tome VI).

2“ De la Légende du Buddha que Spence Hardy a donnée, d’après les livres singlialais et pâlis dans son Manual qf Budhism. J’ai employé la seconde édition anglaise qui est de 1880.

3° De la Vie ou Légende de Gautama, le Buddha des Birmans, que M. P. Bigandet, évêque de Ramotha, vicaire apostolique d’Ava et Pégou, a donnée d’après un texte birman. Je me suis servi de l’édition française de M. Victor Gau vain, 1878'.

4" De la Life of Buddha d’après un ouvrage siamois, le Pathamma Sornpothgan, que M. Henry Alabaster a donnée dans son ^Vheel of the law Budhism, en 1871, qui, de même (jue le Lalita-Vistara, ne conduit pas plus loin que l’obtention de la Bodlii.

J’espère que ces notes, qui ne gêneront pas beaucoup le lecteur bénévole, rendront quelques services aux indianistes qui voudront apprécier la leçon cambodgienne et lui donner, dans la bibliothèque bouddhiste déjà volumineuse, la place qui lui appartient. J’ai suivi le texte d’aussi près que j’ai pu, en l’allégeant parfois des répétitions qui l’alour-

1. M. Bigandet, évêque français de la Société des Missions étrangères dont le siège est à Paris, a publié cet ouvrage en langue anglaise.

INTRODUCTION

dissent à chaque phrase au point d’en rendre la lecture très fatigante, très pénible ; je me suis bien gardé de l’arranger, de lui donner la grâce qu’il n’a point. Je lui ai laissé toute sa sécheresse originale qui le place bien audessous des leçons birmane, siamoise, singhalaise, où se trouvent de l’allure, du style même et de très belles pages. J’ai voulu être aussi exact dans cette traduction, aussi impersonnel que possible. J’espère y être parvenu.

Faut-il maintenant dire mon sentiment, je ne dis pas mon avis, sur la source où les cambodgiens ont puisé? Il me semble (pi’elle est pâlie, singhalaise, la même qui a inspiré les adaptateurs birman et siamois, mais que le traducteur cambodgien, — tout en abrégeant beaucoup, plus que le birman et le siamois, — a suivi l’original de plus près pour les faits, en mettant dans sa traduction le moins qu’il a pu de lui-même et rien de sa littérature. C’est ce que démontreront une certaine quantité de mes notes. Il y a de ces petits détails, qui se retrouvent dans le texte birman et pas ailleurs, qui démontrent une source commune. Mais quel est le texte pâli que les traducteurs birman, cambodgien et siamois ont adapté? C’est ce que je ne saurais dire. C’est à un spécialiste qu’il appartient d’indiquer les sources premières de cette vaste propagande cpii s’est étendue à toute rindo-Chine aryenne, après la défaite de l’église sanscrite, les livres qui ont été les points d’appui de cette propagande. Mes lumières et mon éloignement des bildiothèques ne me permettent pas de me prononcer sur ce point.

Cette petite vie du Buddha que je donne ici est très connue au Cambodge. Deux fois, je l’ai entendu lire au Temple, en présence des fidèles assemblés et silencieux, par

un religieux assis dans la chaire à prêcher, les jambes croisées rituellement, le satra de feuilles de palmier posé sur les genoux. Sa voix s’élevait haute, claire, un peu chantante, comme celle de tous les religieux cpiand ils disent les gathas ou lisent les livres sacrés. Il prononçait bien les mots d’origine pâlie dont le texte est parsemé, mieux même (pie ne rindi([ue l’adaptation des caractères à la reproduction de cette langue. On sentait (pi’il savait que ces caractères ont une autre valeur quand ils reproduisent un mot de la langue sacrée, mais le plus souvent il confondait le d et le le b et le p; (pielquefois il prononçait m pour i, eg pour i ou /, surtout à la lin des mots. Presque toujours la vocalisation linale était peu sensible ou tout à fait nulle.

Cn fait (pli m’a siu’pris, c’est le silence (pie l’assemblée observait, l’attention que cluupie fidèle soutenait, nu'mie les enfants. On sentait que pour ce peuple très croyant, très religieux, très prati(piant, c’était bien la vie du Maître, du Professeur, du Dà-méan-bon ou Prédestiné, du Sauveur des êtres, qu’on entendait. Une vieille femme, à toutes les paroles du Saint, élevait les deux mains jointes au-dessus de sa tète et s’inclinait ; une autre appuyée à terre sur ses avant-bras, les mains jointes, restait immobile, le front posé sur ses poignets ; une jeune femme suivait la lecture et, de temps à autre, son regard allait du lecteur à l’énorme statue du Saint (pii, sur l’autel où brûlaient cent cierges entre des baguettes d’encens (pii fumaient, montrait le sourire du calme parfait. Je sentais ((u’elle vivait un peu de cette vie du Grand-Etre et ([ue, prise par sa foi, elle n’eût pas été étonnée de l’entendre parler, de voir s’agiter ses lèvres et ses yeux. L(; nom de Mâha-Maya, la mère du Buddha, faisait battre les paupières de plus d’une femme et j’ai vu les lèvres de l’une d’elles murmurer. Peut-être demandait-elle aussi, comme Mâha-Maya à l’ime de ses exis-

INTRODUCTION

tences antérieures, d’être un jour le Préas Kanlong Préas, le « saint passage du Saint », c’est-à-dire la mère d’un Buddha.

J’ai cru pouvoir diviser en trente-six paragraphes la longueur de cette vie du Buddha qui ne comporte aucune division dans le texte, et donner à ces paragraphes les titres qui paraissent le mieux leur convenir. Ceci dans le but seul de jeter un peu d’air dans un texte trop lourd et d’en rendre la lecture plus facile. La multiplication des alinéas a aussi cet objet jiour but.

J’ai traduit les mots Dâ-méan-bon par le « Prédestiné » ; j’aurais pu le traduire aussi par « celui (jui est doué ».

J’ai traduit le mot l^réan qui a le sens probable de « sacré », de « saint » par le « fSaint ». Dans mon Lirrc du Vésandâr, le roi charitable, — que j’ai donné en 1898 dans la Revue Normande et Percheronne, et, en tirage à part, en 1902, chez Leroux, — j’avais tiré ce mot du pâli vara, excellent. M. Finot, directeur de rKcolc française d’FAtrême-Orient, et M. Ajunonier, directeur de l’Ecole coloniale à Paris, ont critiqué cette étymologie. Malheureusement, M. Finot ne dit pas ce qu’il faut entendre par le mot Préas et M. Aymonier le fait dériver de brahma, car, si le mot braJtman adonné prêalunanen cambodgien, brahma donnerait régulièrement préahm et non préas. Préas n’est pas davantage le sanscrit parama, puisquq l’on trouve dans le Préas Pathama Sâmphothian, l’expression préas baromeij, dans laquelle baromey est le sanscrit parami. Il est vraisemblable que le mot cambodgien préas, siamois phra, dérive du mot sanscrit brhat « grand, élevé », de la racine brh, qui est berez dans les langues iraniennes et dont on retrouve dans le nom de l’Alborz, un dérivé adjectival, berezaût, identique comme formation au sanscrit brhat, brhant. L’s final de préas s’explique comme celui du nom

de la ville de Réarhéakns, qui vient du sanscrit Râjagiilia.

J'ai traduit les mots Précis chigk par « le Saint » après avoir hésité à les traduire par la « Sainte-Personne » et le {( Saint-Corps ». Cette dernière traduction eût été la plus littérale; je l’ai rejetée parce fiue ces deux mots, dans notre langue, conviennent mieux à un cadavre, au saint cadavre du Christ qu’à son être en vie. — M. Alabaster traduit ces mots par le « Grand-Etre ». On pouvait aussi le traduire par !’(( Etre sacré ». J’ai préféré le « Saint ».

PI5ÉAS PATllAMA SÂMPIIOTIIIAN

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