LE
1. Il est du fer autochtone, traité dans des hauts fourneaux rudimentaires, particulièrement chez les Oulé. Rare et constammerit nécessaire, il est assez coûteux. Le cuivre est importé, soit par les colporteurs, soit par le commerce européen, soit par l'adininistration elle-même, qui met périodiquement en adjudication les douilles des cartouches brûlées par la troupe dans ses tirs d'exercice.
Les travaux de poterie sont du ressort des femmes. Elles tournent à la main sur le sable de larges vases de glaise, d’une contenance de un demi-litre à cent litres, pour tous les usages ménagers.
Les musiciens doivent être rangés parmi les spécialistes. Il arrive qu'ils soient infirmes, peu aptes aux travaux des champs. Un orchestre comporte généralement un balafon (xylophone) et des tambours de dimension variée. Il ne manque à aucune cérémonie et fait rage, chaque année, lors des danses et des réjouissances qui suivent la récolte.
Dans les régions aurifères, les femmes profitent des érosions causées au terrain par les pluies annuelles pour se spécialiser momentanément dans l’orpaillage. Elles traitent le sable précieux par la méthode de la batée. Le rendement est médiocre, en raison de la faible teneur en or et de l’imperfection du système employé. Le gramme d’or vaut 1.300 cauris, soit 13 francs au cours actuel. Les bénéfices vont grossir le pécule personnel de la femme.
Les sorciers, enfin, tirent des bénéfices appréciables du métier de devin et d’interprétateur des songes. Ils sont un peu rebouteux, et réellement adroits pour réduire une fracture. IÎs n’ont malheureusement aucune idée de l’asepsie.
C’est au marché que les indigènes, habituellement cantonnés dans leurs villages, trouvent le plus d’occasions de rapprochement. Là, les nouvelles se propagent; là, les relations se nouent ou se poursuivent. Seul lieu de réunion périodique, il tient lieu de place publique. On y commerce, On y cause, on y boit et on y danse.
Le marché a lieu tous les cinq jours, en un village particulièrement peuplé ou bien situé. Il a été fondé par un des premiers chefs de la Terre, et est généralement
aussi ancien que le village lui-même. Il est placé sous la protection d’un dieu particulier, dont l'effigie occupe le pied d’un arbre, au centre de la place. Le chef de la Terre, maître du marché, assure le culte. Les animaux destinés aux sacrifices sont achetés par lui sur les redevances qu’il fait verser par les marchands. Le fétiche veille à la prospérité du marché ; il étend sa protection sur les chalands, et les garantit des accidents en cours de route. Tout individu pourchassé, même à juste titre, peut venir se réfugier au pied de l'autel; l’attaquer serait alors un crime que le dieu châtierait infailliblement. Il y a là une coutume qui rappelle curieusement le droit d’asile médiéval. Tout crime, tout vol commis au marché provoque la colère du dieu, que l’offre d’un sacrifice sera le seul moyen d’apaiser. À n’en pas douter, les premiers chefs de Terre, en favorisant ces croyances, ont eu en vue d’assurer le calme et la sécurité. des transactions, par le moyen de la crainte religieuse. Le marché bat son plein de 10 à 14 heures. Les transactions portent en majorité sur Îes denrées vivrières. Les habitants du pays vendent le produit local, grains ou condiments, dont le paiement a lieu en nature ou en espèces. Sur des feux de plein vent, des femmes font frire à la graisse de karité des beignets de farine de maïs; elles boucanent des quartiers de viande qui, débités en menus morceaux, sont mangés comme des friandises par les badauds. On fait cercle autour des vases remplis de bière de mil, encore tiède de sa cuisson récente, dont certains boivent de telles quantités qu'il leur arrive de s’enivrer, malgré sa faible teneur en alcool, Les Dioula, colporteurs originaires de Kong, négocient les produits européens ou étrangers à la région : sel, verroterie, étoffes de traite, sucre, allumettes, voire bleu de lessive; très âpres au gain, ils ont de fréquentes disputes avec les Lobi qui ne les aiment pas, et chez qui ils ne pouvaient s’aventurer sans risque avant notre domination.
Bien que le troc soit encore admis pour l’échange de
certains produits déterminés par l’usage, les Lobi ont
leur monnaie, le cauris 1, petit coquillage marin qui paraît provenir des côtes de l'Arabie. Pratiquement le cauris sert d’étalon monétaire, Sa valeur, invariable au regard de celle du mil, denrée primordiale, est actuellement de un centime. Elle était de 1/8° de centime en 1914. Parmi les monnaies européennes, la seule véritablement appréciée est la pièce d’argent de cinq francs, qu’on a dû retirer de la circulation depuis la guerre, non sans
dommage pour notre crédit. L’indigène paraît aujour-
d’hui habitué au billet de cinq francs, mais il ne le recherche guère que pour payer ses impositions. Il admet la monnaie anglaise de la Côte de l’Or à des taux variables, mais toujours inférieurs au taux européen du change.
La valeur du cauris est faite, croyons-nous, de son pouvoir de fractionnement, qui permet les achats les plus minces. [1 ne pourra donc disparaître devant notre sou, plus propre et plus pratique, que lorsque leurs valeurs seront devenues égales.
On se trouve donc, au Lobi, en présence d’une société individualiste, agricole, à ‘peu près sédentaire, où la simplicité de la vie économique permet aux relations entre groupements de rester rares, |